Pour schématiser à l'extrême on entend au sein des forums traitant des GJ deux grands types de discours au sujet de la crise en elle-même. En gros:
1- le régime gère la crise et balade les GJ depuis le début
2- Le régime est constamment dépassé par les événements et panique.
Dans le type 1, par exemple, il y a de façon récurrente l'idée que le régime "envoie les BB", ou au moins "tolère et utilise les BB" pour discréditer le mouvement, et les GJ tombent dans le panneau. Il y a aussi l'idée que le régime s'est offert un "acte-à-casse" pour justifier un durcissement de la répression fatal au mouvement. Il y a encore beaucoup de variantes sur d'autres sujets particuliers. Ces discours sont difficiles à contrer au moment où ils sont émis, car ils mettent en jeu des intentions cachées, et ne pourront être vérifiés que bien plus tard. Ces discours voisinent donc avec un certain complotisme. Néanmoins ils peuvent être confrontés aux faits passés qui eux, sont indiscutables.
Contre l'hypothèse 1, il y a déjà une remarque simple: si le régime "gérait", notamment en recourant ces moyens déloyaux, complotistes, il y a longtemps que cette crise serait terminée. Il n'y a pas dans l'Histoire de France de soulèvements populaires ayant duré ainsi quatre mois sans discontinuer. Le régime ne se paie pas une crise de plus de quatre mois "pour s'amuser", en gardant tout sous contrôle...
Pour rester réaliste, il faut donc infléchir un discours de type 1 en quelque chose comme : "le régime tolère et utilise les BB pour tenter de discréditer le mouvement". Ce qui n'est déjà pas du tout la même chose. Car selon le discours original, il faut immédiatement se grouper et crier haro sur les BB qui sont parmi les GJ; mais dans le discours infléchi, le sujet est déjà beaucoup moins évident et peut se soupeser, notamment à l'aune des faits passés.
Globalement, les BB ont-ils jusqu'ici joué un rôle en faveur ou en défaveur des GJ ? Si oui, est-ce que leur rôle est encore bénéfique aujourd'hui ? (en tenant compte, de surcroît du fait que la situation n'est plus tout à fait la même qu'au début, et ce, des deux côtés de la barricade).
Voilà le type de questions que devraient, en bonne logique, se poser les GJ, face à ces discours.
Le sentiment partagé par la grande majorité des GJ est, me semble-t-il, que les casseurs ont été bénéfiques (voir au soir de l'acte 18 le micro-trottoir d'une dame enflammée proclamant sans détours "merci les casseurs!"). L'objectivité incite à reconnaître que cette vision des choses n'est pas tout à fait infondée, cela a déjà été débattu longuement, et relativement bien acté. Il est possible que ce bénéfice cesse à un stade donné de l'évolution, mais ce n'est pas au régime de décider cela, c'est aux GJ eux-mêmes.
Concernant les durcissement répressifs fatals, l'évolution de la crise montre qu'à chaque montée en niveau de la répression, les effectifs de manifestations GJ ont diminué mais elles se sont maintenues. Simplement, elles sont devenues plus prudentes, comme si les GJ et les BB observaient l'effet concret, effectif, du changement de doctrine et qu'ils cherchaient en tatônnant les stratégies leur permettant de contrer ce changement. Peu à peu, ces stratégies se mettaient en place, et le mouvement repartait. Là aussi, il est objectivement difficile d'affirmer que le régime mène le jeu et se paie des actes-à-casse en toute tranquillité, sûr de son résultat. Non, le passé montre que, au mieux, c'est une tentative.
Pour les GJ, comprendre si le fait d'accepter un nouvel acte-à-casse de la part des BB, c'est tomber dans un piège ou au contraire marquer un point dans une guerre d'usure, doit se soupeser, sereinement.
A mon sens, ce que nous voyons de l'histoire de ce mouvement montre que l'hypothèse 2 est infiniment plus probable, sur
presque tous les sujets où des discours de type 1 sont exprimés. Ce qui par ailleurs ne présume en rien du côté où se trouvera la victoire, si victoire il y a. La situation est éminemment instable, et le moindre incident grave et imprévisible peut faire basculer la victoire, y compris dans le camp qui n'avait pas l'avantage juste avant.