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Billet de blog 23 mars 2019

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Gilets Jaunes et violence

La violence a été utile, sinon vitale au mouvement des Gilets Jaunes, et elle le reste. Mais ceux-ci pourraient envisager maintenant de montrer qu'ils sont capables de maitriser acte par acte le niveau de violence en marge des manifestations, et se servir de cette maîtrise comme moyen d'action stratégique.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La violence a été utile, sinon vitale au mouvement des Gilets Jaunes, tout le monde s'accorde là-dessus. Sans violence, le mouvement se serait éteint de lui-même en quelques semaines. La violence (surtout sous l'aspect des dégradations) a amené une visibilité médiatique forcée, alors que des manifestations "normales" sont depuis une ou deux décennies, minorées au début puis ignorées si elles se répètent . La violence paroxystique ne peut subir le même traitement médiatique, pour diverses raisons; elle ne peut être occultée médiatiquement. La violence a aussi joué en faveur des Gilets Jaunes en ce que la réponse par la violence répressive a joué comme ciment (voire comme revendication supplémentaire).

C'est bien l'expression d'une violence répétée, continue, aveugle qui a affaibli le régime, notamment en l'obligeant à se retrancher derrière les attributs de ce qu'on appelle un "régime fort". En jouant au régime fort, le régime s'est affaibli et décrédibilisé, car ce n'est pas un "régime fort" que souhaite une grande partie des Français, ni le regard international. Le régime actuel est affaibli.

La violence est utile aux GJ, au passé, au présent et au futur pour toutes les mêmes raisons

Certains GJ commencent à prôner un infléchissement dans la stratégie car même si le délitement du régime auquel ils sont parvenus est une évidence pour tous, celui-ci peut très bien trouver un équilibre dans cet état de délitement, et continuer à jouer un pourrissement dont l'issue n'est pas gagnée d'avance pour les GJ . L'avocat F. Boulo, porte parole des GJ de Rouen propose une orientation vers la grève générale. Le problème, c'est que cela nécessite le passage par les syndicats, pas facile à opérer a froid, comme l'ont montré les deux "journées d'action". Cependant, l'Histoire montre qu'effectivement, la grève générale est le levier d'action le plus puissant à disposition d'un peuple mécontent. Seulement, le niveau de mécontentement doit être suffisant. Comme le disent F. Boulo et A. Lancelin dans leur récente vidéo, le soutien sur les revendications est très large, mais ces soutiens ne sont pas prêts à passer à une forme d'action dans les conditions actuelles.

On en arrive donc à l'objet de la thèse soutenue dans ce billet. A un certain stade d'affaiblissement du régime, un type de manifestions non violentes mais massives, à l'algérienne, peut devenir une stratégie intéressante. Elle permet à une large partie des soutiens de rejoindre le mouvement par une action, et l'on sait que c'est l'action qui soude. Le pouvoir est dé-ligitimé, et ne survit qu'en prétendant que les revendications n'existent plus et que le mouvement ne représente qu'un infime partie de la population. Si la situation tourne à l'algérienne, ce mensonge éclate aux yeux de tous c'est encore une défaite cinglante. De plus le ciment créé par l'action peut devenir le ferment de l'émergence souhaitée de la grève générale. 

Attention, cette stratégie ne suppose pas que les GJ abandonnent la violence comme moyen d'action. La réémergence de la violence subsiste toujours comme potentialité, comme soutien en arrière plan. Nous voyons que les GJ en sont arrivés à un stade de structuration informelle tellement puissant, que la simple annonce d'une "acte fort" suffit(*) à ce qu'il se réalise (après choix d'une date qui fait consensus, et après amplification par la caisse de résonance des réseaux sociaux, jusqu'à l'étranger). Dans une stratégie à l'algérienne soutenue par la potentialité d'un retour à la violence toujours possible, le régime n'aurait plus beaucoup d'armes à sa disposition.

Les GJ pourraient même dans ces conditions séparer des actes "accessibles aux familles" et des "actes forts". Personnellement, je suis absolument convaincu que les BB sont parfaitement gouvernables et sont parfaitement prêts à laisser certaines manifestations ouvertes aux familles. Posons-nous la question de savoir pourquoi les manifs climat, pourtant plus massives que celles des GJ, n'ont pas de BB. La présence et le degré d'action des BB dans une manifestation n'est absolument pas une inconnue, quoi qu'en disent certains (mais c'est un autre sujet de débat).

(*) par contre on peut douter de l'efficacité d'actes fort annoncés ailleurs qu'a Paris. Bourges a été un échec. Seule Paris possède la charge symbolique nécessaire à des actes forts. L'expérience d'un acte fort prévu à Toulouse, excentrée, loin de tout, sera intéressante. Un échec est relativement probable toutefois. Cela permettra de caler ce point de tactique pour les GJ.

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