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Billet de blog 16 mars 2021

Lettre ouverte au monde de «l’insertion», de la part d'un «artiste»

Lettre ouverte sur la condition des jeunes créateurs qui ne sont pas issus du milieu bourgeois, lassés des "parcours d'insertion" et autres "accompagnements" vecteurs de violence structurelle ; cibles du mépris envers les acteurs du milieu associatif et culturel, réduits à leur fonction de médiation ; Finalement dégoutés que le travail ne soit toujours valorisé que par son rapport au capital.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Lettre ouverte au monde de “l’insertion”.

J'accuse réception d'un nouveau courrier de votre part : « Vous êtes bénéficiaire du RSA et à ce titre, vous êtes tenu de vous engager dans un parcours d'insertion. Pour vous accompagner dans ce parcours, (…) vous n'avez pas respecté l'obligation d'établir ou de renouveler votre contrat d'insertion ».

Vous continuez par la menace d'une réduction de mon allocation RSA, réitérée en fin de courrier par la possibilité d'une suspension définitive. Vous poursuivez en me signifiant que je peux demander à être reçu par l'équipe pluridisciplinaire en m'imposant une date. N'y a-t-il pas ici, déjà lieu de s'interroger sur les termes :

« Parcours d'insertion », « contrat d'insertion » ?

Laissez-moi donc me présenter, puisque vraisemblablement, vous ne savez pas qui je suis. Je ne suis pas un ancien détenu ; je suis ce que vous appelez un « jeune artiste ».

Le terme adéquat est plasticien, c'est à dire que je pratique les arts-plastiques. Je ne sors pas de prison, non, mais de l'une des grandes écoles d'art françaises. Une école, semble-t-il réputée dans le milieu bourgeois (et donc normatif), puisque lors de mon passage j'en étais cerné, ou plus précisément, j'étais cerné par leurs enfants.

Très cher monde de “l'insertion”, savez-vous bien ce que renferme ce mot ?

Parce qu'en ce qui me concerne, je pense pouvoir répondre que oui ; je ne viens pas d'un milieu particulièrement aisé, bien au contraire. Je vous passerai les détails, les petits boulots à 15 ans déjà (illustrateur au Courrier picard s’il faut le prouver, comme je semble être incriminé) pour remplir le frigo, car ma mère, moins bien payée que ses collègues masculins, ne supportait plus cette discrimination et avait préféré une rupture à l’amiable avec son entreprise de l’époque.

Je vous passerai la myriade des petites galères financières d’alors et de celles qui leur ont succédé jusqu’à aujourd’hui, le fait de devoir se lever aux aurores pour aller vendre des broutilles sur des brocantes chaque week-end et espérer “tenir” quelques jours de plus, par exemple. Il ne fait pas bon vivre sur le marché du travail lorsque l’on est une femme de 40 ans, quand bien même (sur)qualifiée !

Je ne doute pas de vos connaissances en sociologie (il me semble que cela incombe au bon fonctionnement de votre monde), disons alors, pour faire court, qu'il ne m'a pas été évident de parvenir à intégrer cette “grande” école, en effet, le déterminisme social ne jouait pas en ma faveur…

Une fois “intégré” dans cette école, il me fallut financer mes études, et ainsi enchaîner les petits boulots ; des boulots minables, médiocres et bien évidemment fort mal payés. Oh certes, je n'étais pas le seul à devoir travailler pour vivre, disons qu'il y avait aussi quelques enfants de privilégiés qui s'adonnaient à cette tâche (qualifions cela d'exotisme social, car il faut bien, quand on a tout, s’en sentir légitime).

Précisons tout de même, qu'eux n'avaient pas à craindre de finir à la rue s’ils n’exécutaient pas leur somme quotidienne de “Bullshit job” (cf. David Graeber), ou de ne pouvoir aider leurs parents en difficulté financière. Et oui, contrairement aux facultés, il n’y a pas tant d’enfants de la classe laborieuse dans les “grandes” écoles.

J'ai ainsi travaillé jusqu'à 30 heures par semaine en parallèle des cours que je suivais, afin d’être financièrement apte à passer mon bac+3.

Ceci, c’est ce que vous appelez de l’insertion, et ce que moi j’appelle, de la discrimination.

Pourtant, je ne m’en suis pas (trop) plaint.

Je suis dorénavant plasticien, et ce depuis 2015, date à laquelle j'ai obtenu mon diplôme (DNSEP, bac+5). Je possède un numéro de Siret, depuis 2016, qui me permet de mener une activité qui a engendré quelques rémunérations. J'ai également obtenu entre 2018 et 2019, des subventions à hauteur de 11 500 euros (vraiment, quel parasite je suis !).

Je n'ai certes pas souhaité me rémunérer avec ces subventions, grand mal m'en a pris, je vous le concède.

J'ai effectivement préféré me donner les moyens de produire un évènement ambitieux, qualitatif et de rémunérer les personnes avec qui je souhaitais travailler, quelle idée me direz-vous !

J'ai ainsi réussi à organiser, seul, une exposition collective regroupant dix plasticiens (provenant de plusieurs agglomérations françaises) et plus de 200 de leurs œuvres, sur 600m2 de surface, et ce, à la date du 6 mars 2020. Cette date ne vous dit-elle rien ? Je vous passerai également le détail des individus qui ont pu se rémunérer grâce à mon travail, traiteurs, régisseurs, techniciens, et j’en passe.

Ce projet maturé durant plus de deux années (à côté bien évidemment d’une multitude d’autres activités dont je ferai la liste ci-après, rassurez-vous), fut brutalement stoppé, la conjoncture sanitaire l'obligeant à être, à peine installé, fermé au public, me coupant ainsi de toute vente ou opportunités professionnelles ayant pu entrainer de quelconques rémunérations.

Aucune aide, aucun palliatif à cette perte sèche, aussi bien financière, que morale ou statutaire, rien.

Une fois encore, je ne m’en suis pas plaint.

En cinq années d'activité, j’ai dispensé des cours gratuits dans des milieux associatifs, participé à divers événements culturels, expositions collectives ou individuelles, transmis un dossier de candidature vacataire au rectorat, déposé des portfolios dans chaque centre d’art socio-culturel de la région, été rémunéré pour des cours en remplacement ou des interventions, effectué trois résidences artistiques dans diverses structures, j’ai également été recontacté par le rectorat pour un entretien et ce deux ans (!) après mes sollicitations, créé un site web et mené des “opérations de communication”, je me suis formé au métier de tatoueur, produit une somme de textes théoriques conséquente (environ 200 pages et leurs recherches affiliées) afin de rentrer en doctorat d’ici septembre 2021, présenté mon travail lors d’interviews, je reçois actuellement en stage une étudiante de l’université Panthéon Sorbonne pour une durée d’un mois, prépare également une intervention sur le thème “globalisation mondialisation” à l’université, aide bénévolement un vidéaste dans la réalisation du storyboard de son prochain court-métrage, etc.

Tout cela effectué de front, en complément de mon activité de plasticien qui, il faut le rappeler, nécessite un investissement horaire largement supérieur aux conventions salariales (10h/jour, 6jours/7), les joies de cette fameuse société “par projet”.

Voilà donc le parasite que je suis. Celui qui se cache derrière les “charges sociales”.

Vous évoquez ainsi un “accompagnement”, parlons-en.

De toutes ces activités, je n’ai été aidé, accompagné, aiguillé, conseillé, nulle part et par personne, ni pôle emploi, ni la mission locale, ni aucune autre structure soi-disant spécialisée dans la mission de “l’insertion”. Et ce n’est pas faute de leur avoir accordé du temps et de l’importances, à ces structures.

Lors de mes entretiens, j’avais au mieux le droit à de truculents “Désolé monsieur mais je ne suis pas apte à vous renseigner” (ce qui avait le bon goût d’être honnête et préférable à ce qui suit), et, au pire (ce qui semblait être la norme), des propos moralisateurs, politiques et idéologiques proprement inacceptables dans ces contextes. En voici des extraits non-exhaustifs :

“Vous voulez vivre de votre passion là, c’est bien hein, mais…” (j’ai un Bac +5 en passion donc)

“il faut remettre les gens en activité, on ne peut plus les payer à rien faire…”

Après avoir expliqué des facettes de mon travail et de mon activité : “vous avez des pièces là pour justifier ce que vous racontez ?”

En échangeant avec une responsable, considérant une demande de subvention : “...t’as fait un truc avec tes p’tits doigts boudinés là…” puis, “Il va falloir se réveiller, t’es pas concentré !”

Lorsque j’énonce mes objectifs de carrière on éclate de rire, littéralement, je proteste “oh ça va, j’ai le droit de rire…”

On me refuse le caractère humiliant de la situation “non ça ne l’est pas, je ne suis pas d’accord”, alors que c’est bien moi qui suis du mauvais côté du bureau.

etc.

Je vous passe le détail complet, il est une prolongation du vocable que j’ai eu loisirs à entendre à mon encontre depuis le système scolaire de mon enfance.

J’ai dû, lors de ces entretiens, étaler et détailler le contenu de ma vie, à de parfaits inconnus, toujours incapables, même après de nombreux rendez-vous, d’écrire mon nom correctement.

J’ai également eu le plaisir de profiter de dispositifs novateurs : Un “contrôle à la recherche d’emploi” par l’un des 200 contrôleurs de l’époque (aujourd’hui ayant dépassé le millier, un métier porteur semble-t-il), ainsi qu’un contrôle de la CAF, où l’on vient regarder vos comptes en banque, chez vous, et vous n’avez rien à redire.

Permettez-moi de faire une courte parenthèse afin de citer ici le site service-public.fr, sur le sujet du harcèlement :

Le harcèlement moral se manifeste par des agissements répétés susceptibles d'entraîner, pour la personne qui les subit, une dégradation de ses conditions de travail pouvant aboutir à :

  • une atteinte à ses droits et à sa dignité,

  • une altération de sa santé physique ou mentale,

  • ou une menace pour son évolution professionnelle.

Si vous êtes victime de harcèlement moral dans le secteur public, vous pouvez bénéficier de la protection de la loi, que vous soyez fonctionnaire titulaire, contractuel ou stagiaire.

Ces agissements sont interdits, même en l'absence de lien hiérarchique avec l'auteur des faits.” (cf. Service-public.fr)

Je suis un parasite, voilà ce que l’on me dit, et ceux qui me le disent, inconsciemment ou par un vocable à peine tempéré, ne savent même pas ce qu’est un “artiste-auteur” (code APE 9003 A au répertoire SIREN). Aucun “conseiller” Pôle emploi, aucune “assistante” sociale, aucun contrôleur, aucun inquisiteur… Aucun d’eux ne sait en quoi consiste mon métier.

Je commence à en avoir l’habitude, malheureusement. Pour tout vous dire, je ne suis même plus étonné de ce que j’entends dans la bouche de ces “référents de parcours” que l’on m’oblige à rencontrer. Ils n’ont bien souvent rien à envier aux éditorialistes de nos chaînes d’information.

La violence structurelle a été théorisée par Johan Galtung (1969) et est définit comme toute forme de contrainte pesant sur le potentiel d’un individu du fait des structures politiques et économiques (« any constraint on human potential due to economic and political structures »).

Avez-vous une infime idée du temps total que me coûtent les interactions avec ces services “d’insertion à l’emploi” depuis 2015 ? avez-vous une infime idée du temps pris dans la rédaction de ces courriers, de la charge mentale provoquée par chaque interaction avec ces services, les nuits blanches passées à se demander si l’on va réussir à rester calme, à ne pas “déraper” ?

Il me semble primordial que vous saisissiez convenablement le caractère profondément méprisant, humiliant et insultant qu’engendre vos paroles et vos actions, très cher monde de “l’insertion”.

Cette fois, je l’admets, je me plains.

Comprenez-moi bien, j’écris ici en tant que citoyen, ma parole n’est donc représentative que de ma propre personne, aussi modeste soit elle. En revanche, lorsque vous écrivez un courrier tel que celui envoyé, avec l'en-tête du conseil départemental, votre parole devient celle du conseil, certes, mais aussi, par extension, de notre république et donc de notre société. Ainsi, cette parole participe, contrairement à la mienne, à un air du temps, pire, elle fait système.

Comprenez-vous donc que cette parole se doit d’être impeccable ?

On ne lutte pas contre la précarité en faisant la chasse aux pauvres.

Votre courrier est une sommation, vous m’ordonnez de justifier la raison pour laquelle je ne me soumets pas servilement à vos contrôles, à votre chasse. Non content de cela, vous me menacez de me mettre à la rue “je serai dans l’obligation de suspendre votre allocation RSA”, pour finir par “je vous prie d’agréer, monsieur, l’expression de ma considération distinguée.” Votre considération distinguée, vraiment ?

Très cher monde de l’insertion, j’envisage de me lancer dans la formation. La formation des élus et “responsables” administratifs. Des formations de sensibilisation à la violence structurelle, a des notions de sociologies aussi simple que le déterminisme social, etc.

Mon dernier référent RSA m’a été arbitrairement attribué, malgré ma contestation par courrier recommandé.

Au téléphone, on a pu me dire “vous avez votre opinion sur le sujet, c’est bien…”

Je me suis soumis aux trois rendez-vous successifs qui m’ont été imposés en plein confinement de novembre, et alors même que je réalisais une résidence artistique dans un atelier temporaire (seul, bien évidemment).

Je répète : on maintient fermée mon exposition collective, fruit de deux années de travail (et dépositaire de l’avancée de ma carrière), pour raison sanitaire et ce même après la levée de confinement (alors que les salles de sports étaient réouvertes, elles (mois de juin 2020)), et de l’autre main, on m’oblige à aller à des entretiens avilissants (à trois reprises), en plein confinement de novembre alors que je mène un nouveau projet ambitieux sur un temps court.

Effectivement, je ne me suis pas rendu au rendez-vous du 12 janvier 2021 afin d’y renouveler mon “contrat d’insertion”.

Non, je n’ai plus de temps à consacrer au ton paternaliste de vos contrôleurs, à vos “matons de l’emploi” comme je les appelle.

Je n’ai plus de temps à consacrer à des gens payés à ne rien faire, car oui, les individus de mon genre se contrôlent très bien eux-mêmes, entrainés qu’ils sont par ce système, à se haïr soi-même, à se culpabiliser même d’exister…

Non, je n’ai pas de temps à consacrer aux pseudos leçons de morale de sbires dont on peut se demander s’ils ont un jour véritablement essayé de penser le monde qui les entoure.

Non je n’ai pas à rendre de compte a des bureaucrates ne possédant pas une once de conscience éthique, de notions techniques ou théoriques… Non, je n’ai pas de comptes à vous rendre, je suis, voyez-vous, un bourreau bien plus sévère.

Je me refuse dorénavant à m’astreindre à ces vulgaires contrôles vecteur de violence structurelle, se déguisant maladroitement en “accompagnement à l’insertion”. Je ne suis pas plus un enfant que je ne suis un parasite. Je suis un travailleur, et j’entends que l’on me respecte en tant que tel.

Enfin, pour être tout à fait clair, je ne suis pas contre un accompagnement dans mon début de carrière, bien au contraire !

Je serai absolument ravi d’avoir un interlocuteur capable de m’expliquer le fonctionnement du statut d’artistes/auteurs, des démarches liées à la déclaration d’activité, des fonctionnements juridiques liés aux différentes formes de ventes, des réseaux professionnels auxquels il est possible de se rapprocher dans la région et ailleurs, de formulaires types à remplir pour créer ses propres factures, etc.

J’ai bien évidemment appris tout cela, mais SEUL.

Alors je vous pose cette question, monde de l’insertion : les structures d’accompagnement sont-elles bien pertinentes, efficientes, légitimes même ? Sont-elles correctement construites, équipées, “armées”, pour un accompagnement ? Ou ne font elle que formater des individus à un marché de l’emploi moribond et archaïque ? Ne serait-il pas temps de dynamiser nos territoires par l’élaboration de structures propres à repenser le vivre ensemble et, surtout, la notion de travail ? (cf. Franck Lepage)

Que faites-vous pour favoriser le développement de l'activité dans ce département ? Etes-vous réellement légitime à exister ?

Questions bien évidemment rhétoriques car je suis convaincu que vous faites tout votre possible !

Vraiment ! N’est-ce pas ?

Si un individu tel que moi se retrouve au RSA, cinq années après l'obtention de son diplôme, il serait, peut-être de bon aloi, que vous autres, « directeurs » et autres « responsables », en preniez la bonne mesure.

Je le répète, on ne lutte pas contre la précarité en faisant la chasse aux pauvres. A bien y réfléchir, il semblerait que vos connaissances en sociologie soient lacunaires.

Il est difficile de pointer du doigt toutes les violences structurelles en un bloc.

Tout comme, par ailleurs, il serait difficile d'oublier le geste désespéré mais militant d'un étudiant s'immolant par le feu devant un bâtiment du Crous de Lyon en novembre 2019, le fait que 150 auteurs de BD sur 200 soient au RSA à Angoulême (cf. Charentelibre.fr) ou encore, plus récemment, l'assassinat regrettable d'une conseillère du Pôle Emploi.

Nous traversons une crise séparatiste. Nous renvoyons les individus les uns contre les autres en les flagellants de morales idéologiques, sans tenir compte de leurs réalités. Les structures qui devraient être vectrices de lien social ne sont plus que des outils normatifs. Le plein emploi est-il véritablement souhaitable ? Et de quel emploi parle-t-on ? Fait-il sens, a-t-il une véritable pertinence sociétale ?

Nous traversons une crise d’hégémonie culturelle. Une rupture s’opère au sein d’un ordre vieillissant. Quelle place occuperez-vous dans cet échiquier ?

Je fais partie de cette masse qui a intériorisé l’illégitimité que ce système lui renvoie, qui bien trop souvent se cache servilement, lâchement, de peur qu’on ne la laisse pas mourir en paix.

Cette masse invisible qui donne un sens à la vie dans ce monde, sans nous rien, rien que des murs, des usines, des hôpitaux (pour combien de temps encore ?), sans nous, c’est vous qui êtes en prison.

Par votre courrier, vous sommez, vous exigez. En contrepartie de quoi ? 500€ par mois ? C’est parfaitement pathétique et ridicule.

Ne savez-vous pas que des gens de mon métier, plus âgés et depuis longtemps “insérés”, (re)tombent également dans la précarité du fait du contexte que nous traversons ?

Quelle est votre réponse face à cette situation, Monde de “l’insertion” ?

Et qu’en est-il de la réforme du régime social des artistes-auteurs entamée il y a presque deux ans ?

Qu'est-il arrivé au rapport RACINE ?

Je vois bien votre désarroi, vraiment. Une bien trop lourde responsabilité vous incombe avec, surement, trop peu de moyens pour parvenir à produire des réponses viables.

Je me lance donc à vous tendre la main : Au lieu de revendre les bâtiments publics au privé, comme beaucoup de municipalités en ont l’habitude, au lieu de créer de nouveaux postes de contrôleurs de la précarité, pourquoi ne pas créer des lieux fédérateur des espaces culturels régionaux, dédié aux professionnels de ce secteur en demande de soutien et à ceux qui démarrent leur activité ?

La plupart des moyennes/grandes agglomérations disposent de facultés des arts, d’écoles supérieures, etc., mais de peu, voir d’aucune structure permettant d’accompagner le début d’activité des jeunes diplômés. Aucun bureau syndical où être reçu, entendu et défendu (caap.asso.fr/), aucun endroit où continuer à se former, à s’informer, où être accompagné dans ses démarches administratives. Trop peu de matériel, d’espace et d’équipement mis à disposition de la création locale. Comment donc s’étonner que beaucoup préfèrent partir dans de plus grandes agglomérations (ou l'étranger) afin d’entamer leur carrière ou de se tourner vers des activités serviles et pécunières ?

Rien n’est fait pour engager les potentiels et les savoir-faire à se développer, et trop peu pour ceux qui ont fait le choix audacieux de persévérer. Il faut soi-même apprendre à “bricoler”.

Pourtant, de nombreux centres d’art existent, entre autres structures tels que Maisons de la Culture, FRAC, salles dédiées aux arts “vivants”, lieux associatifs, Musées, galeries, etc.

Une demande et un marché existent bel et bien.

Faire la jonction entre nos écoles et nos milieux professionnels ne serait-il pas plus pertinent ?

Bien qu'ils soient très largement perfectibles, les modèles ne manquent pas, en voici un exemple :

Depuis 2003, la Ville de Strasbourg met à la disposition des artistes plasticiens de l’Eurométropole une vingtaine d’ateliers au Bastion 14, localisé rue du Rempart (derrière la gare centrale). Un jury d’experts, composé de représentants de la Ville et de professionnels des arts visuels à l’échelle locale, nationale et internationale, est chargé annuellement d’examiner les demandes individuelles.

La Ville de Strasbourg lance un appel à candidatures en vue de l’attribution d’une dizaine de places dans les ateliers d’artistes de la collectivité pour une installation au printemps 2021. La mise à disposition de ces espaces sous forme de convention est d’une durée de deux ans. Une participation mensuelle au loyer et aux charges est demandée à chaque artiste (en 2020 : 50 euros).” (cf. DNA.fr)

Ceci est une proposition de forme, parmi tant d’autres possibles, que je serai heureux de vous détailler, car voyez-vous, moi aussi je commence à devenir un spécialiste de “l’insertion”.

Sachez que je suis tout à fait disposé à libérer mon calendrier d’activité pour vous accompagner dans les démarches de création d’une telle structure. Mon expérience et mon expertise seront sans aucun doute employés à leur juste valeur dans une telle activité. Je pourrai y occuper le poste d’intervenant, de conseiller, de référent…

J'ose espérer que vous aurez compris le message que je vous adresse de la manière la plus diplomate possible car je ne demande pourtant rien, si ce n’est que l’on me laisse faire ce que j’ai à faire, dans les conditions les “moins pires”.

Je vous prie d'agréer, très chère “insertion”, l’expression de ma considération distinguée.

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