Le suffixe « isme » est-il un nouvel humanisme ?

Voilà que, à l’instar d’un ouragan tropical le « isme » déferle sur la planète langue, jusqu’à fabriquer un sociolecte (nom savant du dialecte). On devient tous le « isme » d’un autre qui, au premier mot, au premier avis, vous colle un substantif de la forme « dogme/qualité/comportement » + le fameux suffixe.

J’en donne quelques exemples…

… Vous voilà, tranquilou à baguenauder sur la toile, et poser çà et là quelques mots tous de votre cru, que vous êtes déjà, avant même d’en avoir fini, un suppôt de l’interventionnisme. Surtout si vos remarques déplaisent.

… Vous n’êtes pas de ceux qui se réjouissent de la mort d’un homme, fut-il un nazillon, vous êtes perdu pour la nation et mis au bénéfice du fascisme.

… Vous pestez contre la prédation de la finance, derechef on vous case dans l’infâme du gauchisme.

… Vous buvez une coupette avec quelques amis, vous voilà, le foie montré au doigt, taxé d’alcoolisme, voire d’absinthisme.

Je trouve que tout ça manque quand même de créativité. On pourrait, en somme, si on n'en connait pas la signification, prendre la liste de tous ces mots-ismes et leur inventer une sémantique.

  • Adelphisme : catégorie de ceux qui vont en voyage à Delphes.
  • Barbisme : catégorie de ceux qui vous barbent.
  • Fouriérisme : catégorie des camions qui envoient les autos à la fourrière.
  • Pascalisme ou Pélagisme : groupes socio-parentaux qui sont adeptes des prénoms associés.

Il y a bien le conisme, mais l’explication que j’imaginais s’avère être la définition initiale. Trivial ! (Et n’allez pas me donner les définitions de mes exemples… je les connais, je souffre de connaissancisme, surtout qu’en se fendant d’un peu de googuelisme on a vite fait d’accroître son bagage en lexicographisme).

Voilà, j’en ai fini dans l’immédiat avec mes quelques notes liées au langage. Il est tant que la sagesse devienne « sagisme ». Et qu’entre « magouillisme » des théories fumeuses, et hygiénisme des vertueux de la lutte des classes, se cachent les adeptes de l’aplaventrisme et de l’aquabonisme, histoire de faire dans l’attentisme. Mais à force de ce tartarinisme qui veut qu’on utilise le « isme » comme meuble de métier, genre mercerie (de mercerisme, dogme consistant à déterminer comment on range des boutons, surtout quand on considère que son contradicteur est une urticaire purulente), on va forcément sombrer en connerisme, ah ! Zut ! En conisme. Et je me pose donc la question : le suffixe « isme » est-il un nouvel humanisme ? En considérant que l’humanisme, pour certains, revient à classer, trier, catégoriser, archiver l’autre en fonction de ses propres truismes... Au pays des « isme », les truismes sont rois.


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