Charlotte Entote (avatar)

Charlotte Entote

Etre animée de bonnes intentions ne me suffit pas...

Abonné·e de Mediapart

72 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 février 2014

Charlotte Entote (avatar)

Charlotte Entote

Etre animée de bonnes intentions ne me suffit pas...

Abonné·e de Mediapart

Il était une fois un vieux couple heureux

Charlotte Entote (avatar)

Charlotte Entote

Etre animée de bonnes intentions ne me suffit pas...

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une femme lit… « Il était une fois un vieux couple heureux » de Mohammed Khaïr-Eddine[1]. Cet auteur qui a écrit dans Soleil Arachnide : «Le dernier mot n’existe pas. La dynamite du premier mot suffit. »…


Sur un rythme tranquille, c'est l'histoire d'un vieux couple, qui termine son chemin, dans un compagnonnage serein, quelque part dans le sud marocain. Ils s’aiment. Chaque jour est ponctué de l'immuable. Que ce soit la prière ou le tagine. Le vieux, Bouchaïb, est poète, alors il écrit la vie d'un Saint inconnu, il l'écrit dans sa langue ancienne, dans la langue des Touaregs, que ceux du nord, qui reviennent en nouveaux riches, ne connaissent déjà plus.

C'est aussi l'histoire du progrès, de ce que nous appelons « le progrès », qui, peu à peu, change les habitudes, les rapports humains, modifie les valeurs.

Alors, le vieux et la vieille dissertent, le soir, autour d'un thé fumant, et pèsent à la mesure de leur grande humanité, à l'ombre de leur longue existence, ces bouleversements qui condamneront le monde qu'ils ont connu, inévitablement.

Lire ce roman a été une rencontre avec l'apaisement que l'on doit sans doute ressentir au soir d'une vie bien remplie, et remplie justement. C'est comme la chanson d'un alizée que l'on écoute, les yeux fermés, couché dans le sable au crépuscule brûlant d’un été. Sous l’olivier, l’arbre d’un soleil donne l’ombre aux pages chaudes.

J’ai respiré le Maroc, celui que j’aime, qui bat en dehors des sentiers surpeuplés où le folklore touristique remplace l’authenticité.

Mise en bouche, un extrait...

Ils étaient une fois de plus sur la terrasse. L'été tirait presque à sa fin. Les moissons avaient été bonnes, la récolte des olives et des amandes aussi. Comme toujours, la vieille préparait son tagine pendant que le Vieux fumait et sirotait du thé. Et, comme toujours en été, l'espace était splendide. Des milliards d'étoiles illuminaient le firmament. De temps à autre, une météorite fendait l'atmosphère en un trait rouge qui s'évanouissait rapidement. « Dieu est en train de lapider le Diable... », disaient les Anciens à la vue de ces phénomènes cosmiques. Bouchaïb ne croyait pas à cela. Il connaissait bien l'astronomie. Il avait lu tant et tant de livres qu'il eût écrit lui-même si le sort ne s'en était mêlé... Mais il ne regrettait rien. Ses poésies berbères qu'on lirait peut-être un jour étaient son unique plaisir. Mais qui s'occupait de la poésie berbère ?

____________________

[1] Poche, Points, 2004

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet