Pourquoi faut-il an finir avec le rapport de domination française en Afrique ?

Dominations économique, financière, commerciale, militaire ou sociale, pourquoi faut-il en finir ?

Constats

L'Afrique concentre 60 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté

L'Afrique enregistre 25000 morts de faim par jours et ce chiffre va augmenter

Depuis la crise de la covid, 25 millions d'emplois ont été perdus. L'évolution du PIB, qui était en hausse en 2019, est passé à une baisse de 1.6% en 2020 à cause de la pandémie. 

Les pays de l'Afrique de l'Ouest ont un IDH parmi les plus bas

124000 migrants illégaux sont arrivés en Europe en 2020 de tous pays, certes en baisse de 13% sur 2019 mais les 22 600 arrivés d’Afrique de l’Ouest ont été huit fois plus nombreux, même si cela ne représente qu'environ 15 % des migrants d'Afrique.

Des explications par les différents systèmes de domination

Domination économique.

Un des outils efficaces de domination sur les pays en Afrique est la dette. A son départ dans les années 70, la France a laissé une dette colossale aux pays décolonisés, faisant d'eux des débiteurs. Ainsi, les pays se sont retrouvés dans l'incapacité de mettre en place des politiques de relance puisque le poids de la charge de la dette était trop lourd dans le budget national. Or, tous les pays qui qui construisent leur économie doivent passer par une phase expansionniste et protectionniste (Ex : les EU,la Chine, l'Inde…). A partir des années 80, une partie de la dette est entrée dans les mains du FMI. A ce jour, environ 40 % de la dette en Afrique est multilatérale. En réaction au danger de cessation de paiement, le FMI et la BM ont proposé des allègements de dettes (qui avaient pour effet de la rendre soutenable) mais en échange d'application des PAS : libéralisation de l'économie, ouverture des frontières…

Conséquence la plupart des Etats n'ont jamais pu mettre en place des politiques économiques adaptées à leur besoin de développement.

Domination financière.

Le FCFA est aussi un outil de domination. Même si Le franc CFA sera remplacé en Afrique de l’Ouest par l’Eco (décision conjointe Macron et Outtara en Décembre 2019) et que la réserve d’argent des Etats africains sur un compte du Trésor français sera supprimée, deux réalités restent en vigueur :

- La monnaie reste arrimée à l'euro. Or, la BCE a pour objectif principal de maitriser l'inflation. Il en va donc de même avec les pays de la zone CFA. Mais cette monnaie trop forte nuit aux exportations, favorise les importations de produits manufacturés, et freine le crédit productif (crédits octroyés aux entreprises ou aux ménages) car les taux d'intérêts réels sont supérieurs aux taux de croissance du fait du faible niveau de l'inflation.

- La garantie de change entre le FCFA et l'euro conduit les plus riches africains à placer leur épargne dans la zone euro qui offre des placements intéressants. Or cette épargne pourrait servir à financer des investissements publics, ou octroyer des crédits à des entreprises locales qui n'arrivent pas à financer leurs projets, ou alors à des taux qui peuvent avoisiner les 10%.

Et parmi les plus riches, on trouve l'élite corrompue, les bien mal acquis…

Domination commerciale

Les APE (accords de partenariats économiques) sont des accords conclus entre les pays et l'UE donc aussi la France. Ils exigent une liberté de circulation des produits (pas de frais de douane) et une réciprocité des échanges : si un pays d'Afrique exporte ses matières premières vers l’UE, dont la France, il devra lui acheter ses produits (souvent manufacturés…) avec des droits de douane réduits de 80%, ce qui aura le double effet négatif de réduire beaucoup les recettes douanières des Etats et la compétitivité des produits locaux, donc de fortes pertes d’emplois.

Les PAS ont également soumis les procédures d'allègement de dettes à la production intensive de certains produits agricoles, conduisant au phénomène de monoculture et en plus, à l'utilisation d'engrais chimiques type Monsanto. Conséquences : pas d'autosuffisance alimentaire, phénomènes de malnutrition, dépendance alimentaire...

Enfin, les différents sommets, depuis 1973, font mine de trouver des remèdes aux maux que traverse l'Afrique mais en réalité ces remèdes sont toujours soumis à des conditions soit de libéralisation de l'économie au profit des grandes multinationales, soit au profit des intérêts français.

Domination militaire.

5700 soldats français sont présents dans la zone Sahel. Je cite Macron « dans les prochains mois, j'aurai des décisions à prendre pour faire évoluer Barkhane. Mais j'ai besoin d'une réitération claire du souhait de nos partenaires de voir la France rester à nos côtés ». L'armée française au Sahel est de plus en plus contestée par les populations. Et le présidents a besoin de soutien pour légitimer sa présence.

Domination sociale

En faisant croire que les migrants sont un danger et en rendant toujours plus difficiles les conditions d'accès au droit d'asile.

Quelques exemples

Au Tchad, où le soutien d'E. Macron au fils d'I Déby, soutenu par les militaires à la succession de son père bafoue la démocratie en cela qu'elle renie la constitution du pays. Les déclarations du chef de l'armée, le général AZEM, qui appelle le Niger à la « coopération » pour lutter contre les rebelles va dans le sens des intérêts militaires français de voir la présence des troupes légitimées et renouvelées.

Au Mali où la population est en proie aux violences commises par l'armée malienne, et où l'armée française ne réagit pas.

Sur le terrain commercial, l'exemple de Total au Mozambique est pertinent : Total a quitté le projet gazier, et mis fin aux contrats de sous-traitance qui prévoyaient la construction d'un village pour reloger la population déplacées ou la construction d'un aéroport. La confédération des associations économiques du Mozambique demande à Total de payer ses factures et se heurte à une fin de non recevoir. Le gouvernement français n'agit pas.

Par contre, il recevra le 18 Mai les représentants de gouvernements au sujet de la « relance des économies post-covid » en présence des bailleurs de fonds, de la Chine et des EU.

Nous pensons que ces échanges, à l'instar de ce qui se renouvelle depuis la fin des colonies, ou plus particulièrement depuis les années 90, se feront aux bénéfices des multinationales du Nord, et au détriment des populations africaines

Notes :

La plupart des chiffres énoncées sont tirés du livre "Résistances africaines à la domination néocoloniale"

https://editions-croquant.org/actualite-politique-et-sociale/710-resistances-africaines.html

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.