Les européennes ? Quelles européennes ?

Dans deux mois, le 7 juin, les Français, et l'ensemble des Européens voteront. Mais tout le monde s'en moque. Les médias en parlent très peu, et les élections ne sont pas un grand sujet de discussion aux cafés du coin. Mais comment les citoyens peuvent ils s’intéresser à cette élection quand la majorité des partis n’en ont strictement rien à faire ?

 

Car à l'exception du rassemblement Europe écologie (Les Verts, Cohn Bendit, José Bové, Eva Joly, associatifs, etc...) qui s'est lancé dès l'automne et publit aujourd'hui son programme, du Front de Gauche (PCF et PG) qui souhaite refaire la campagne du NON au TCE et de l'alliance Libertas De Villiers-CPNT (qui marque la fin de l'apolitisme des chasseurs) toujours aussi remonté contre Bruxelles et la Turquie, tout le monde se moque de ces élections.

 

Ainsi, l’UMP n'a toujours pas de programme et n'a pas bouclé ces listes. Seul Michel Barnier fait campagne dans son coin. Le reste du parti a les yeux fixés sur les régionales. La perspective de gagner trois eurodéputés est moins interessante que celle de regagner une dizaine de régions. L'UMP connaît ainsi déjà ses têtes de listes pour les régionales de mars 2010, sans avoir l'ensemble des candidats éligibles aux européennes de juin 2009 ! Ces élections serviront encore à recaser des préretraités comme Gaston Franco, deuxième de liste Sud-Est dont l'unique mérite est d'avoir laissé sa place à Christian Estrosi. Nicolas Sarkozy songe même donner la quatrième place de l'Ile de France à la députée de Neuilly/Puteaux l'héritière Joëlle Ceccaldi Raynaud pour qu'elle laisse sa circonscription à l'héritier Jean Sarkozy (voir le Canard enchaîné d'aujourd'hui).

 

Le FN a comme d'hab nommé ses hauts cadres (le mandat européen est pour eux l'un des rares moyens de toucher une indemnité correcte) mais ne fait pas campagne.

 

Au PS, on fait mine d'être un peu plus intéressé. Martine Aubry a compris qu'une victoire en juin lui permettrait de disposer enfin d'un semblant de légitimité. Pourtant l'Europe est absente des grands discours : aucune proposition européenne n’a été avancée à deux mois de l’élection. Tout juste s’interroge-t-on sur une timide velléité de ne pas reconduire le catastrophique José Manuel Barroso… pourtant nommé avec le soutien des socialistes européens. Comme si le PS était toujours le seul parti malade du TCE. Comme si elle n'en avait rien à faire de l'Europe. Là aussi les plus mauvais et absentéistes des députés français (Peillon, Hamont, Le Foll, Henri Weber) ont été reconduits au dépens de leurs collègues les plus actifs (Marie-Noëlle Lienman, Marie-Arlette Carlotti). Là aussi être député est soit un recasage soit un pis-aller, une place confortable en attendant une circonscription éligible ou un maroquin en 2012.

 

Le Modem à la même gêne face à Barroso soutenu par les libéraux du Parlement européen. L'Europe semble d'ailleurs peu passionner ce parti pourtant historiquement européen. François Bayrou porte peu d'energie à défendre ses propositionset ne cache pas sa volonté de faire des européennes surtout un galop d’essaie pour 2012 (voir son lapsus révélateur). Jean-François Kahn, tête de liste dans l’Est a même avoué vouloir démissionner s’il était le seul élu dans sa région.

 

Au NPA, qui a tant tenu a faire des listes autonomes pour son premier grand bain électoral, on ne parle que de convergence de luttes franco-françaises, de référendum anti-Sarko,.... Olivier Besancenot a jugé plus rentable médiatiquement son statut de facteur qu'un poste d'euro-député, qui lui aurait pourtant permis de mieux défendre ses opinions et ses camarades.

 

Ce désintérêt est navrant et honteux. Un vrai débat sur l'Europe est pourtant plus que jamais nécessaire. Les cinq ans à venir seront cruciaux pour tous les Européens. Les enjeux auxquels l'Europe doit faire face nécessitent des politiques audacieuces et transnationales. Il faut également réveiller une Europe que le processus constitutant et la commission ultra libéral de Barrroso ont englué. De plus, les parlementaires européens disposeront de plus de pouvoirs renforcés lorsque le Traité de Lisbonne sera adopté à l'automne.

 

Il est irresponsable que la majorité des partis français ne proposent pas un débat à la hauteur des enjeux européens. La nationalisation des européennes serait une occasion manquée supplémentaire pour débattre et choisir l'Europe que les Français et les européennes veulent vraiment. Ce n'est pas tant l'Europe qu'il faut rapprocher des citoyens. Ce sont d'abords les hommes politiques qui doivent se rapprocher de l'Europe.

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