C'est la question que je me suis posée la nuit dernière alors que je faisais une insomnie. Tous les jours se ressemblent, on se réveille, on (télé)travaille , on regarde les actualités puis on se noie dans le divertissement et les réseaux sociaux. Quand les médias accusent les jeunes d'être responsable de la seconde vague de covid-19 , les jeunes se sentent en colère puis une fois de plus déconnectés.
Et c'est justement là le vrai problème, c'est que dans un monde où l'on passe l'intégralité de la journée connecté à travers un écran, je ne me suis jamais autant senti déconnecté de la réalité.
Quand on regarde l'actualité, entre les cas de covid qui explosent, les hôpitaux surchargés au bout du rouleau, les violences policières toujours plus nombreuses avec des projets de lois toujours plus liberticides , les plus précaires face à une crise sans précédent , le gouvernement qui nous rassure en disant que la situation est sous contrôle alors que de toute évidence non ( dites-nous la vérité, nous sommes fatigué.es, si vous êtes perdus, dites le nous ! ) ...
On devrait être en colère et ce qui me fait peur, c'est que je ne suis plus en colère. Le problème c'est que je m'en fiche. Et face à ça, ma première réaction c'est de penser que j'ai le luxe d'en avoir rien à faire, je vis dans une belle maison dans une banlieue aisée avec une mère adorable. En bref je n'ai pas à me plaindre, je ne me sens pas légitime.
Mais plus j'y réfléchis, plus je me dis, peut-être, que cette indifférence vient du fait que c'est le dernier rempart mental qu'il me reste. Je mets de la distance pour me protéger. Avoir la vingtaine en 2020 , c'est réaliser que le marché de l'emploi sera inexistant, que le réchauffement climatique nous guette, que l'on va devoir réparer les erreurs de nos prédécesseurs. Ce qui en soi représente une pression monumentale et on cherche à l'évacuer, donc on sort, on va au cinéma, au musée, au restaurant, on fait la fête mais désormais, on doit évacuer cette pression autrement.
Si l'on regarde les chiffres, la consommation d'anxiolytiques a augmenté de 20% avec le re-confinement. Et plutôt que de sortir et en parler avec un contact humain, (faire un appel Skype ou Discord n'est pas humain.), on s'isole et on devient indifférent à tout.
Et je parlais de cette indifférence que je ressens avec mon père, (que je n'ai pas vu depuis janvier 2020 et que je ne reverrai pas tant que les frontières seront fermés, une petite pensée pour les familles séparées) et il me disait " tu sais n'en avoir rien à faire à ce point, c'est souvent un symptôme de dépression"
Je n'ose plus me plaindre tant d'autres personnes souffrent énormément plus que moi, je reste confiné, je travaille, je consomme et je reste muet. Toute façon personne ne nous donne la parole. Je reste solidaire mais est-ce que cette détresse psychologique dans laquelle cette situation nous place nous prive pas de l'humanité qu'il nous reste ?