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Billet de blog 2 avr. 2020

Chronique syndicale et sociale : Et les corps trinquent...

Bouger est nécessaire, mais c’est un réflexe bourgeois qui fait que le 1er ministre se doit de le préciser. Dans les classes populaires, le matériel on ne l’a que si on est très sportif, chez les bourges, on l’a parce que c’est fait partie du package et parce qu’on a plus de places. Bruno Lemaire l’a même ajouté pour les animaux de compagnie, qui doivent aussi faire leur petit exercice.

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CSS 4 : Et les corps trinquent…

Répondons aux injonctions nombreuses, nous voici donc, la petite loutre dans la poussette, nous dans le jardin de la voisine, qui nous a laissé un bout et reste à distance dans un autre bout, à faire de la boxe. L. fait remonter ses souvenirs d’antan, d’adolescents soumis au hurlement du maitre de boxe française, il a un bon souvenir des exercices, des conseils et surtout de la pratique de la corde à sauter. On suit, durant une demi-heure, on sue. La petite loutre regarde intriguée.

C’est le même jour que Clara me dit qu’elle pratique la corde à sauter dans son parking. L’appartement n’étant pas assez grand pour qu’ils puissent en faire dedans. C’est drôle parce qu’on aurait pu croire qu’en période de confinement, les corps se mettraient au repos. Il n’en est rien. Tout le monde cherche à bouger. Même confinés, nos corps sont toujours sollicités. Le repos ne signifie jamais leur arrêt et de toute façon le confinement n’est pas - pour la plupart d’entre nous - un repos. Je pense quotidiennement à la reprise de la crèche et salue plus que jamais le savoir-faire des auxiliaires de puériculture. Observer nos corps et saisir comment le pouvoir en parle, devenir attentive à la façon dont ils vivent le confinement est révélateur des classes auxquelles nous appartenons. Ils sont sollicités pour ceux et celles qui doivent continuer à travailler et à sortir mais aussi pour celles et ceux qui peuvent ou doivent se confiner.

Plus les jours passent, plus la chose devient évidente, qu’on soit ou pas sportif, le corps doit se déplacer, se mouvoir. Tout de suite dans la communication, Edouard Philippe avait précisé qu’il serait possible d’aller faire son jogging et son petit exercice physique, règle qui reste de mise. Combien ont été rassuré par cette précision ? Fait est là. Des copains profs d’EPS conseille des exercices : « 3*100 petits sauts de corde à sauter (sans la corde). 3*100 pompes à genoux. 3*10abdos. 2*30 secondes gainage. » Le Landy Sauvage, un grand squatt dyonisien maintient ses cours de yoga via des vidéos en ligne. Et chacun-e témoigne de ça : bouger pour ne pas se sentir mou, faire des exercices pour garder le moral, danser comme des folles le soir avant de manger. Rien de nouveau dans tout cela, le mouvement et le sport même basique ont toujours eu des effets positifs sur le moral. C’est d’ailleurs pour ça que certains ont continué à sortir, à faire leur foot, leur basket… comme en attestent les trois jeunes qui se retrouvent en haut du village du Comminges où vit ma sœur et qu’elle croise alors qu’elle va courir.

Bouger est nécessaire, mais c’est un réflexe bourgeois qui fait que le 1er ministre se doit de préciser cela, il le précise pour lui et sa classe, qui pourtant est plus à même d’avoir à domicile de quoi faire du sport. Dans les classes populaires, le matériel on ne l’a que si on est très sportif, chez les bourges, on l’a parce que c’est fait partie du package et parce qu’on a plus de places. Bruno Lemaire l’a même ajouté pour les animaux de compagnie, qui doivent eux aussi faire leur petit exercice.

En revanche, aucun d’entre eux n’a parlé des corps qui continuent à travailler et qui s’épuisent à cause de leurs bêtises. Ils n’ont rien dit pour les soignant-e-s, qui disent être entrés dans une santé de guerre. Une copine chef de service dans un grand hôpital dit qu’il faut manger pour tenir. Tenir face à l’angoisse de la situation ; tenir les 12 heures de travail de suite. Ils n’ont rien dit des corps de ces caissières qu’on isole derrière du plexiglas, dans une grande surface de Saint-Gaudens, du boulanger derrière une vitre à Saint-Denis. Ils n’ont rien dit de ces corps qui craquent comme ces Postiers qui s’effondrent en pleur au moment de sortir faire leur tournée, tétanisés par la situation. Ils n’ont tellement rien dit qu’ils ont décidé qu’ils pouvaient solliciter les corps jusque 60 h dans certains secteurs essentiels dont feraient partie à la logistique et l’agroalimentaire. Ils n’ont rien dit parce qu’ils s’en fichent d’habitude des corps et de savoir nous avons la possibilité de faire notre petit exercice quotidien.  

Ils n’ont rien dit non plus des corps qui souffrent de la pauvreté enfantée par ce monde et des corps mutilés engendrés par les violences policières qui cherchent à contenir les énervés. Pas de réactions face à cette jeune fille à Aubervilliers tasée par la police parce que partie recharger la nourriture pour bébé – un corps qui criait faim. Ils n’ont rien dit de ces deux hommes en bas de chez Clara qui ont été embarqués violemment parce qu’ils étaient assis par terre dans une rue de Saint-Denis. Ils n’ont rien dit de la communauté gitane de Perpignan, qui, nous alerte un travailleur social syndicaliste prend cher, parce que leurs corps sont déjà touchés par la pauvreté et les maladies qui l’accompagnent comme l’obésité et le diabète. D’ailleurs ils n’ont jamais dit que parmi les facteurs aggravants, se trouvaient les maladies des pauvres et le système de santé qui accompagnent leurs corps.

Alors merci de nous avoir conseillé d’aller faire notre petit exercice… A l’avenir quand on en aura marre d’être debout devant une caisse ou sur une chaîne de montage ou le cul sur une chaise devant un ordinateur, on saura quoi dire au patron qui s’étonne de nous voir aller faire un petit tour…

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