Sécurité sociale: une institution réactionnaire?

Le fait d'avoir un enfant change votre rapport à la Sécurité sociale. Si j'avais une image plutôt positive de cette institution malgré divers problèmes, je dois dire que j'observe avec consternation son développement réactionnaire. Deux exemples.

Le fait d'avoir un enfant change votre rapport à la Sécurité sociale. Si j'avais une image plutôt positive de cette institution malgré divers problèmes, je dois dire que j'observe avec consternation son développement réactionnaire. Deux exemples.

Vous avez peut-être aperçu vous aussi en vous rendant sur le site ameli, une annonce vantant 10 rendez vous intégralement pris en charge par la Sécurité sociale pour les enfants entre le 4eme mois et les deux ans de l'enfant. Annonce faite dans la catégorie « prévention ». Une telle nouvelle devrait nous donner envie de sauter dans les bras de l’État qui s'occupe de nos petites têtes.

Devrait, si on prend pour mesure le nombre de fois où en tant qu'adulte on se rend chez le médecin. Mais 10 fois ramenées à un enfant, c'est tout simplement ridicule.

Déjà quand il avait trois mois, ma petite loutre s'était rendue deux fois chez la pédiatre en 15 jours pour son vaccin puis pour une langue blanche. La seconde fois, la pédiatre nous avait regardés gênée : « je dois vous facturer celle-là, c'est qu'une prise en charge sans avance de frais par mois ». Ici s'arrête l'égalité entre ceux qui ont une mutuelle et ceux qui n'en ont pas. Ceux pour qui 25 euros ça change rien et ceux pour qui ça compte.

C'est une expérience récente qui m'a fait sauter aux yeux le caractère mensonger d'une telle annonce. Mon fils a attrapé un rhume pour ses 9 mois. Un bébé de cet âge étant incapable de se moucher, son rhume est devenu une laryngite. Pris en pleine douleur dimanche, quelqu'un nous a conseillé de nous rendre chez un kiné respiratoire. Bien obligé d'avancer les frais. Le kiné a vidé mon petit bout - et il en avait besoin - puis nous a dit d'aller chez le pédiatre. Un rendez vous. Le pédiatre nous a demandé d'aller aux urgences, seul lieu où existe un inhalateur pour bébé. Pas d'avance de frais. Deux jours plus tard, le bébé avait développé une toux grasse. Nous revoici chez la pédiatre. Il a une bronchiolite. Deux rendez-vous. Elle nous envoie sur une kiné pour 5 séances. Ouf, pas besoin d'avance chez elle. Sur 10 rendez-vous, deux rendez-vous sont donc déjà utilisés. Sans compter que la médecin nous a conseillés de le faire vacciner contre une méningite qui n'est pas dans les 11 vaccins obligatoires, car elle observe des recrudescences de cette maladie du côté du nord-ouest du 93. Ce vaccin coûte 80 euros et n'est pas pris en charge DU TOUT. Si on le fait, on ajoutera un troisième rendez-vous et 80 euros de frais. Vous connaissez la capacité des médecins à culpabiliser les gens ? « Oui, ça coûte cher, mais si vous le faites pas, votre enfant peut attraper une grave maladie, voire... »

Donc on le refait, entre les avances, les choses non remboursées, les ajouts, elle est où la bonne nouvelle de la sécurité sociale ? Elle est où la prévention ?

Pendant que je me débattais avec tout ça, j'ai reçu une autre annonce qui cette fois ne laisse aucun doute sur la situation réactionnaire de cette institution.

« Vous êtes future mère ou maman de jeunes enfants ? » Soit c'est une annonce très en avance sur une société du futur sans homme, soit c'est une annonce sortie des années 50. Vous allez dire que j'exagère et que peut-être s'agit-il d'une prise en charge des femmes particulière pour leur donner leurs droits, vérifier qu'elles sont bien traitées… Vous êtes encore naïve, car vous n'avez peut-être pas encore connu les rendez-vous autour du congé de maternité de la sécurité sociale (si je peux, je vous les raconterai un jour). Le contenu de l'annonce ne laisse aucun doute sur le caractère sexiste de celle-ci :

« prestation d'accueil du jeune enfant (prime à la naissance- prestation partagée d'éducation de l'enfant...) le compte ameli, le calendrier de suivi, les congés maternité et paternité, la préparation à la naissance.

Et concernant la santé : l'alimentation, la prévention des accidents domestiques chez l'enfant avant la marche, la relation mère/enfant... »

A l'exception du dernier élément, aucun des autres ne peut concerner uniquement la mère. Aucun ! Sans compter que visiblement c'est à la mère de prendre les informations sur le congé de paternité.

 

Nota Bene pour des institutions révolutionnaires :

- la prévention n'est pas individuelle, c'est une aventure collective ! Si on veut prévenir, on prend tout en charge. Le gouvernement fait suffisamment la morale sur les cigarettes ou les vaccins pour le savoir.

- l'égalité femme / homme n'existera que quand les institutions l'appliqueront. Quand y a deux parents, les deux sont autant concernés. La charge mentale commence là où les institutions ne considèrent pas le père comme un interlocuteur sur les questions d'éducation.

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