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Billet de blog 18 mars 2020

Chronique syndicale et sociale du confinement

Il y a les stratégies individuelles et la question des solidarités collectives. Si le gouvernement a parlé des entreprises, aucune information pour les individus en difficulté et si peu pour ceux et celles qu’on oblige à continuer de travailler.

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Chronique syndicale et sociale du confinement.

J’ai l’impression de voir les arbres pousser. On s’envoie des photos avec Tom de ce qu’il se passe à nos fenêtres. Le confinement a commencé. On le voyait venir depuis plusieurs jours, mais réaliser ce que ça veut dire a pris quelques temps. J’avais pris un peu d’avance, seule chez moi tout ce week-end, j’en ai eu un aperçu ; on avait annulé notre café avec Tom parce qu’il se sentait mal. Jour après jour, chacun-e réalise. Il y a ceux qui le prennent très mal et ceux que ça a l’air de réjouir. Passer la journée au lit avec des livres, le bonheur, dit ma belle-mère. Une belle vue sur Franprix pendant 30 jours, génial, plaisante jaune une amie.  

Les discussions vont bon train sur quelle stratégie de confinement ? Rester seul ? Se regrouper entre amis ? En famille ou entre familles ? Garder ses enfants ? Un mois, certains parlent de deux mois, c’est long, très long et la majorité d’entre nous n’habite pas Versailles. « Quelques ballades au parc, ça va le faire. », « qu’est-ce qui te dit que les parcs seront ouverts ? » Chacun-e pare au pire. Partir à la campagne quand on a des enfants, c’est se confiner dans des conditions moins pire. Trouver un endroit seul si on ne supporte pas le monde. « Je suis depuis trois semaines avec ce gars, je prends le risque ? » « Je suis depuis 15 ans avec mon compagnon, je ne prends pas le risque. » Quel ami choisir ? Soudainement le foyer devient révélateur des défauts de chacun, dans le pire des cas des violences de chacun. On a entendu les leçons de moral de ceux qui disent qu’il faut rester chez soi, ne pas donner aux grands-parents, ne pas aller vers une autre ville ou à la campagne mais organiser son confinement, c’est prévenir les violences à la maison, les dépressions et j’en passe.

En réalité, c’est aussi la question des classes sociales qui revient en force. Un copain note qu’à Alfortville, il y a pas mal de gens dehors, la ville d’Aubervilliers avait d’abord décidé d’accueillir les enfants dans les parcs pour les « occuper ». Tu m’étonnes, ils savent ce que c’est les pouvoirs publics que d’être confiné à 5, 6, 7 dans des 3 pièces ? Ou parfois juste avec un enfant hyperactif habitué à la rue ? Confiner alors qu’on a un couple déficient ou encore qu’on vît avec un mari violent ? Comment faire pour ceux-celles dont les appartements sont insalubres, remplis de punaise de lits ? Corollaire de ça : le départ à la campagne a ça de paradoxal, qu’il serait plus adéquat aux familles nombreuses entassées, mais la majorité de ceux et celles qui vont en profiter sont des classes moyennes voire aisés qui ont des maisons secondaires. Il faut aussi avoir les moyens de partir. En attendant, le confinement est révélateur de l’état de délabrement de la société et des écarts sociaux qui nous séparent.

La question des enfants et l'école préoccupent beaucoup. Une mère interpelle quant à un contrôle donné par un enseignant. L'égalité face à l'apprentissage est tout sauf garantie à la maison. L’école à la maison sans ordi ? Une camarade propose de retaper des ordis pour en filer aux jeunes qui n’en ont pas.

Il y a les stratégies individuelles et la question des solidarités collectives. Si le gouvernement a parlé des entreprises, aucune information pour les individus en difficulté et si peu pour ceux et celles qu’on oblige à continuer de travailler. A Pierrefitte-sur-Seine, un appel passe sur tous les groupes WhatsApp pour confectionner des masques pour le personnel soignant de l’EPAHD. Sur les listes syndicales et associatives affluent aussi les inquiétudes pour les plus précaires : des jeunes en hôtel d’urgence à Bondy n’ont plus eu de repas livré à partir de lundi, que va-t-il en être ? Quid des sans-abris ?  De chômeurs ? Chronique d’une société qui ne doit pas s’arrêter.

On compile des informations sur le télétravail. Est-ce légal qu’on vous l’impose quand on vit à trois aux horaires décalés dans un appartement de 50 m² ? Est-ce normal qu’on vous l’impose quand vous avez-vous-mêmes des enfants à vous occuper ? Est-ce normal qu’on vous demande de continuer de travailler alors que votre travail n’est pas utile à la survie de la société ? Chronique d’une société qui n’arrive pas à s’arrêter.

Et ça fait que 24 heures officiellement.

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