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Billet de blog 22 mars 2020

C’est pour qui au juste l’Unité Nationale ?

Le site de Pôle Emploi est rempli d’alerte sur la question du Covid, mais tout est fait pour faire comme si de rien n’était. C’est le genre de choses qui me fait rigoler quand j’entends parler d’unité nationale. Parce que l’unité sociale, la Grande Réconciliation, si ce n’est pas pour les chômeurs et les précaires, c’est pour qui en fait ?

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Chronique Syndicale et Sociale du confinement 3 : c’est pour qui au juste l’Unité Nationale ?

J’ai reçu, sûrement comme toutes celles qui sont inscrites à Pôle emploi, un message de l’institution dès mardi m’indiquant que l’offre était adaptée et que les conseillers étaient disponibles. Pôle emploi nous rappelle à ce titre qu’il ne faudra pas oublier son actualisation. Pour les novices, l’actualisation, c’est ce moment qui arrive une fois par mois, où il faut déclarer à Pôle emploi qu’on est toujours en recherche d’emploi. La font à la fois les gens qui n’ont aucun emploi, ceux qui en ont un mais ce n’est pas un CDI et qui ne veulent pas perdre leurs droits à la fin du CDD, ceux qui ont un emploi mais dont le revenu est inférieur à ce qu’ils toucheraient au chômage, ceux en formation… Bref un paquet de monde. Du coup, ce message d’offre adaptée implique-t-il qu’il faille continuer à chercher du travail ? Que dit Pôle emploi sur le fait que tous mes contrats – et sûrement ceux de nombre de personnes - ont été annulés pour la période à venir ? Aucune case « entretien d’embauche » ou « rencontre de recruteur » n’apparait sur l’autorisation de sortie.

Le site de Pôle Emploi est rempli d’alerte sur la question du Covid, mais tout est fait pour faire comme si de rien n’était. C’est le genre de choses qui me fait rigoler quand j’entends parler d’unité nationale. Parce que l’unité sociale, la Grande Réconciliation, si ce n’est pas pour les chômeurs et les précaires, c’est pour qui en fait ? Pourquoi les entreprises ont-elles le droit à un report de cotisation ? Au recours au chômage partiel ? Et nombre d’autres mesures… Et les chômeurs et précaires n’auraient pas le droit au prolongement automatique de leur indemnisation ? A la suspension de leurs loyers et de leurs charges d’électricité, d’eau et de gaz ?

Ce sont des questions rhétoriques. On le sait, l’unité nationale c’est un vieux concept qui sert quand les classes supérieures se sentent en danger et qu’elles ont besoin des travailleurs et des pauvres. Elle veut faire faire la sale besogne aux premiers. Et elle veut s’assurer que les seconds ne s’énervent pas. On le sait, mais ça n’empêche qu’ils osent encore le sortir et qu’il nous faut encore le combattre.

L’unité nationale s’accompagne toujours d’une hypocrisie mielleuse. En annonçant le report de la réforme de l’assurance chômage du 1er avril au 1er septembre, le gouvernement a fait croire qu’il s’intéressait aux chômeurs et précaires, mais il a juste admis par là que sa réforme était une catastrophe sociale comme l’ont souligné associations de chômeurs et syndicats, trop peu repris par la presse. Au cas où, ce qui devait passer le 1er avril est le fait que désormais la division du calcul de l’allocation est faite sur tous les jours du mois et non uniquement les jours travaillés. Dans une période où l’économie est à l’arrêt, vous imaginez la catastrophe ? Alors que les travailleurs / chômeurs ne peuvent se rendre au travail et ne peuvent pas en chercher, ces journées sont tout de même prises en compte dans le calcul de leur allocation. Si ça ce n’est pas de l’injustice…

Une autre mesure relève du même enfumage : la facilitation de l’accès à l’Allocation de Solidarité Spécifique mise en avant sur le site de Pôle Emploi. Cette alloc’, qui existe depuis 1984, vient prendre la place des allocations chômage quant celles-ci sont épuisées. Ici encore, pourquoi ne pas avoir tout simplement envisagé le prolongement des droits au chômage ?

Il n’est pas assez clair que nous ne devons pas nous confiner parce que l’Etat le dit ou pour l’unité nationale, nous le faisons parce que ce sont les nôtres qui vont prendre cher si on ne le fait pas. Notre problème c’est que pour s’assurer du bon confinement de chacun et chacune, il faut que chacune et chacun soit défait des questions économiques de base. Or c’est à l’Etat de s’assurer que chacun ait tout de même de quoi vivre, surtout en ces temps difficiles, mais aussi que l’après ne sera pas un enfer supplémentaire pour nombre de gens. Actuellement c’est entre voisin-e-ss que les choses s’organisent, ce sont des associations sans moyen qui se préoccupent de tout ça. La question des logements est encore plus difficile à régler, vu l’empilement de logements indécents que comptent les villes. Pour l’instant, ce sont surtout les solidarités individuelles qui jouent : regroupement dans les maisons ou appartements avec balcon, utilisation collective et organisée des cours ou petits jardinets. Les solidarités locales sont nécessaires mais elles ne suffiront pas. D’ores et déjà, il faut le dire et le répéter : nous voulons la suspension des loyers ! Nous voulons la prise en charge publique des plus pauvres. Nous voulons l’automatisation des revenus minimaux et aides sociales durant la période de confinement. Nous voulons le prolongement des indemnités chômage. Nous voulons des dispositifs de chômage partiel avec prise en charge à 100% du salaire.

C’est drôle d’ailleurs de voir qu’à une autre époque où certains en appelaient à l’unité nationale, fin mars 1871, quand la Commune fut proclamée contre l’avis des puissants, l’une des premières mesures qui fut prise fut la remise des loyers qui couraient depuis le siège de Paris. La Commune écrivait alors : « Considérant que le travail, l’industrie et le commerce ont supporté toutes les charges de la guerre, qu’il est juste que la propriété fasse sa part de sacrifices ». Pour que la propriété et les puissants fassent leur part de sacrifice, nous devons l’exiger, le revendiquer.

On me dit que des grèves de loyers s’organiseraient. Tant mieux ce n’est pas aux pauvres, travailleurs ou chômeurs, aux intermittents et femmes au foyer de payer les errements des capitalistes. Ce n’est pas aux fonctionnaires de rappeler constamment l’esprit de service et de bien public qui devrait présider en haut de l’État… Cette « crise » démontre qu’ils n’ont aucune limite dans leur indécence. Nous n’avons donc aucune limite à avoir dans nos revendications et nos actions.

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