Ode et déclin des PMIs

Ce vendredi, j'ai reçu un coup de fil de la PMI (protection maternelle et infantile), qui m'a annoncé qu'elle ne reçoit plus d'enfants pendant 4 mois parce que les médecins ne sont pas formés au nouveau logiciel que le département a acheté !

Ce vendredi, j'ai reçu un coup de fil de la PMI (protection maternelle et infantile), qui m'a annoncé qu'elle ne reçoit plus d'enfants pendant 4 mois parce que les médecins ne sont pas formés au nouveau logiciel que le département a acheté ! (les PMI dépendent du département). Merci le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis pour les parents d'Aubervilliers – en tout cas de la PMI rue Bernard et Mazoyer.

Puisque le gouvernement fait semblant de se préoccuper de la petite enfance, de mon côté, suite à ce nouvel événement surréaliste, j'ai décidé de raconter publiquement la gestion publique de la très petite enfance : son manque de moyens, son archaïsme, son sexisme mais aussi racisme et rapports de classe au rendez-vous. Ça permettra de me défouler et de laisser un témoignage à tous ceux et toutes celles que ça peut intéresser.

Autant vous dire que j'ai assez mal reçu l'employée de la PMI qui m'a annoncé cette nouvelle. En effet, malgré différents soucis avec la PMI sur lesquels j'aurai l'occasion de revenir, ce lieu est le paradis des parents qui comme moi n'ont pas l'intention de devenir des spécialistes de la gestion des enfants. A mon avis, l'existence de professionnels de la petite enfance est une bonne chose. Une fois cette remarque préliminaire importante, deux constatations : 1/ la tendance est plutôt à faire peser sur les parents l'accompagnement de leur enfant et ce au grand bonheur d'une certaine classe sociale qui critique les accueils collectifs (bonjour aux crèches parentales et autres fans de tout maîtriser pour son enfant) 2/ Ce mouvement s'accompagne pourtant d'une forte tendance à la culpabilisation des mères et dans une moindre mesure des pères.

Qu'implique une fermeture de PMI ? Cela signifie qu'il revient aux parents de trouver un médecin, de suivre les détails du calendrier des vaccins de leur gamin, mais aussi que l'interlocuteur en cas de questions / petits soucis... devient le médecin et non pas un simple passage en PMI. Par exemple la PMI permet de peser son bébé ou d'accompagner l'évolution en termes de nourriture. On vous apprend à moucher l'enfant (opération assez délicate et complexe) ou encore des jeux que seul-e vous auriez du mal à deviner. Autre élément important : la PMI est gratuite totalement ! Parce qu'un passage chez le pédiatre ou chez le médecin, ben c'est comme un passage chez le médecin, il faut avancer les frais et on est remboursé par sécurité sociale + mutuelle (si on en a une). Autre avantage de la PMI, la diversité des interlocuteurs, enfin interlocutrices.

En plus d'un aspect politique central, l'annulation du rendez-vous et le renvoi vers le privé me laisse particulièrement énervée quand on sait comment la PMI accueille les parents :

- Si vous ratez un rendez-vous, vous serez désinscrit !

- Vous devez arriver à l'heure, sinon vous perdrez votre place dans la queue (sachant qu'on est pris très en retard en général et j'ai jamais vu de queue).

Bref la PMI infantilise et culpabilise beaucoup les parents alors même qu'elle est supposée être précisément le lieu qui sait le mieux à quel point avoir un enfant change la vie de toute personne. Comme souvent, les services publics se permettent des choses vis-à-vis des usager-e-s qu'ils ne respectent pas pour eux-mêmes.

Cette situation s'explique simplement : la PMI n'a pas les moyens de fonctionner correctement, en tout cas en Seine-Saint-Denis. Les horaires sont particulièrement faibles : 10h-16h30 (oui, que font les parents qui travaillent? Ben on leur explique que c'est mieux s'ils s'inscrivent en PMI). Les médecins peu nombreux. On renvoie ainsi les parents qui paraissent le plus aisé vers le privé. Et en cas de fermeture, on ne vous envoie pas vers une autre PMI (Ont-elles toutes fermé sur la ville ?) mais vers le privé encore une fois. En lieu et place d'un accompagnement général de tous les parents, la PMI devient ainsi un lieu de contrôle des plus pauvres, essentiellement dévolu à la gestion des vaccins dans un département où on soupçonne les parents d'être anti-vaccins et irresponsables. Adieu donc la mixité sociale, mais adieu aussi l'accompagnement rêvé dont je parlais tout à l'heure. Adieu plus largement le suivi sérieux des enfants. Vous connaissez le nombre de médecins et de pédiatres sur Aubervilliers et alentours ? Le chiffre ne va pas vous faire rêver, il se compte sur les doigts des deux mains.

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