Durant son exil du Chili, Pablo Néruda a traversé de nombreux pays.
Voici le poème que lui inspira la Grèce :
Grèce
(Le sang grec
descend à cette heure. Le jour se lève
sur les collines.
C'est un simple
ruisseau parmi la poussière et les pierres :
les bergers piétinent le sang
d'autres bergers :
oui, c'est un simple
et mince filet qui descend
des montagnes jusqu'à la mer
jusqu'à la mer qui sait et chante.)
... Tourne les yeux vers ta terre, ta mer
regarde la clarté sur les eaux et les neiges
australes, le soleil y construit le raisin,
le désert brille, la mer du Chili
surgit avec sa ligne battue, rebattue...
A Lota, il y a les puits
du bas charbon : c'est un port froid
du grave hiver austral, la pluie
tombe et tombe sur les toits, ailes
de mouettes couleur de brouillard,
et l'homme, sous la mer lugubre
creuse et creuse le sombre enclos.
La vie de l'homme est aussi noire
que le charbon, nuit haillonneuse,
pain misérable, jour pénible.
J'ai beaucoup marché par le monde,
pourtant jamais dans les chemins
ou dans les villes, je n'ai vu
l'homme et les siens plus maltraités.
Ils sont douze dans une chambre
pour dormir. Et leurs abris ont
des toits faits de restes sans nom :
bouts découpés dans du fer blanc,
pierres, cartons, papiers mouillés.
Enfants et chiens, dans le halo
humide de la saison froide,
se groupent pour s'offrir le feu
de la pauvre vie qui un jour
redeviendra faim et ténèbres.
Pablo Néruda (chant général)