L'incertain

La nuit parle (Louis Guillaume)

       Jamais je ne descends jusqu'au fond de moi-même où

sommeillent les sources. Je reste en surface. Seul, le regret

de ce que je ne puis atteindre m'inspire quelque désir.

Toujours à la poursuite du temps, comment verrais-je

fleurir mes rêves ?

 

       L'oasis dont je garde le souvenir, fuit devant mes yeux.

Lorsqu'il m'arrive d'entrevoir sa lisière, la nuit tombe

trop vite. Altéré de mirages, il me faut dormir, dormir,

pesant de fatigue, et ne ramener au jour qu'un peu plus

de lassitude éblouie pour recommencer.

 

       Parfois, pourtant, un point précis m'attire : une couleur

saisonnière, un arbre rencontré, un parfum fugace, un coup

d'aile. Symbole, appel, abcès de fixation ? Voilà que s'éveil-

lent mes pensées, qu'elles convergent vers ce lieu...

 

       Hélas ! Le puits serait-il tari ? Le seau remonte vide au

bout de la corde. Je reste sur ma soif, je retombe dans

l'oubli ! Dites-moi : sous tant de feuilles mortes, la graine

germera-t-elle ?

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