Berlusconi s'en prend à Saviano

Depuis quelques jours, une nouvelle polémique agite la presse italienne. Silvio Berlusconi n'a rien trouvé de mieux, lors d'une conférence de presse récente, que de s'en prendre à Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra"

Depuis quelques jours, une nouvelle polémique agite la presse italienne. Silvio Berlusconi n'a rien trouvé de mieux, lors d'une conférence de presse récente, que de s'en prendre à Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra", pour l'accuser de promouvoir la mafia et de donner une image négative de l'Italie. Il faut préciser que Berlusconi est propriétaire du groupe éditorial Mondadori, dont sa fille Marina est présidente, et que Saviano est publié chez Mondadori, sans que sa liberté d'expression, jusque là, ait été mise en cause. Dans une lettre ouverte au quotidien "Repubblica", datée du 17 avril, Saviano réplique à Berlusconi en lui faisant remarquer que rien ne serait pire que le silence, et pose cette question : "Le pouvoir mafieux est-il déterminé par celui qui raconte le crime ou par celui qui commet le crime ?" Le chiffre d'affaires de la mafia est de cent milliards d'euros par an : comment est-il possible de passer ce scandale sous silence ? Il évoque (comme il le fait dans son dernier livre, "La beauté et l'enfer", qui sera le 19 avril en librairie et que j'ai eu l'honneur de traduire) ceux qui ont payé cher pour avoir résisté à la mafia : le juge Falcone, le prêtre don Peppino Diana, et tant d'autres. Il dit son respect pour l'équipe éditoriale de Mondadori, et souhaite qu'elle réponde à son inquiétude devant de tels propos.

C'est Marina Berlusconi qui a répondu, arguant que son père avait "le droit de critiquer" comme n'importe quel citoyen, et que ses propos ne constituaient pas une censure. Elle rappelle (avec une élégance douteuse) que Saviano, comme Mondadori, a tiré des profits consistants de sa collaboration avec la maison d'édition, dont elle souligne l'indépendance des choix, et rappelle les résultats extraordinaires de la lutte de son père contra la mafia.

Plusieurs hommes politiques italiens, ainsi que des écrivains, aussi bien italiens qu'étrangers (comme Salman Rushdie) ont exprimé leur indignation devant les propos de Berlusconi et leur solidarité avec Saviano.

Cette polémique rappelle un peu le "procès" intenté à Marie 'Ndiaye il y a quelques mois, et souligne à quel point les écrivains sont suspects dès lors qu'ils font preuve d'une véritable indépendance et ne font pas allégeance au pouvoir. Mais l'attitude du président du conseil italien est d'autant plus choquante que Saviano s'est toujours tenu au-dessus des partis, ne l'a jamais attaqué frontalement et a toujours reconnu les résultats de la lutte anti-mafia, dus aussi, à la qualité du travail de la magistrature italienne. Par ailleurs, l'attaque de Berlusconi, visant un écrivain qui est obligé de vivre dans la clandestinité pour avoir eu, tout simplement, le courage de dénoncer, et le talent, dénué de toute démagogie, pour le faire, dit le cynisme du chef du gouvernement italien. Et ce ne sont pas les distinguos jésuites de sa fille, entre "attaque" et "critique libre", qui peuvent justifier ce qui est un abus de parole, et de pouvoir, dont le "premier" italien est, hélas, tristement coutumier...

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