Notes de lecture : Histoire d'un Allemand

Jusqu'où nous mènera le covidisme et sa doctrine sanitaire enfermiste, avec son ennemi intérieur tout désigné le Cas contact ou le Cas positif ? Comparaison n'est pas raison mais certains ingrédients de l'Allemagne des années 20 s'y retrouvent.

Ce texte est inspiré par la lecture du livre de Sebastien Haffner, Histoire d'un Allemand, récit de souvenirs retrouvé et publié pour la première fois dans les années 2000 plus de 60 ans après sa rédaction [1]. Ce récit constitue un témoignage vécu de l'intérieur sur la montée du nazisme en Allemagne entre les deux guerres.

Notre époque est bien différente, mais les passions, les névroses humaines et les puissances capitalistes sont encore à la manoeuvre pour nous imposer des doctrines et des comportements de masse au nom d'une science majoritaire qui voudrait faire taire les dissonances. Depuis l'année écoulée depuis le mois de janvier 2020 plusieurs ingrédients font étrangement échos aux années 20 de Sebastien Haffner.

Premièrement, comme dans les années 20, mais pour d'autres raisons (pas d'hyperinflation galopante malgré une injection massive monétaire), la crise sanitaire et la montée du covidisme au printemps et à l'automne 2020 s'accompagne d'une euphorie boursière : "Les jeunes et les petits malins se portaient bien. D'un jour à l'autre ils se retrouvaient libres, riches, indépendants." (p90).

Profitant de la crise du Covid les patrons de laboratoire vendent leur actions [2], le cours de Gilead fait le yoyo au gré des péripéties Remdesivir vs. Hydroxychloroquine au printemps et durant l'été. Albert Bourla, PDG de Pfizer depuis 2019, a cédé environ 60 % de ses actions dans la société le jour où son groupe a annoncé de bons résultats préliminaires sur l'efficacité de leur vaccin contre le Covid-19 le 9 novembre 2020 [3]. Le PDG de Moderna, Stephane Bancel, a vendu près de 2 millions de dollars en actions avant le dépôt de l’autorisation d’utilisation d’urgence de la société pour son vaccin COVID-19 [4] entre le 18 et le 19 novembre.

Evolution du cours en bourse de l'action Gilead au printemps et à l'été 2020 © copie écran auteur Evolution du cours en bourse de l'action Gilead au printemps et à l'été 2020 © copie écran auteur

Deuxièmement, l'indifférence voir l'absence totale des oppositions rappelle "le dégout provoqué par la lâcheté et la traîtrise des chefs de l'opposition [...]" (p 201). Haffner s'interroge sur les raisons pour lesquelles des centaines de milliers d'ouvriers quittèrent leur organisations sociales-démocrates ou communistes pour s'inscrire dans les "cellules " nazies ou les SA. Il en conclu que "La raison la plus simple, qui s'avérait presque toujours, quand on creusait, la plus intime, c'était la peur. Frapper avec les bourreaux, pour ne pas être frappé. Ensuite, une ivresse mal définie, ivresse de l'unité, magnétisme de la masse. Puis chez beaucoup, dégoût et ressentiment envers ceux qui les avaient laissés tomber." [...] puis après une analyse de la psychologie des foules, de conclure "les Allemands, comme un seul homme, se sont effondrés ; ils ont molli, cédé, capitulé - bref : ils ont sombré par millions dans la dépression. Le résultat de cette dépression généralisée fut le peuple uni, prêt à tout, qui est ajourd'hui le cauchemar du monde entier".

Il semble qu'aujourd'hui face à la situation inédite causée par la crise sanitaire, la molle opposition voir l'absence d'opposition des corps constitués et intermédiaires aux mesures de privation de liberté est surprenante (voir à ce titre le tract de Barbara Stiegler [5]). Le matraquage et l'angoisse permanente diffusée dans les medias de masse n'ont d'autre résultat que d'aboutir également à la peur, et une foule apeurée comme l'on voit dans le récit de Haffner est prête à accepter n'importe quel leader.

Finalement, un dialogue inséré dans le récit de Haffner raisonne étrangement (p 318 - 319). Il s'agit d'un dialogue avec un ami étudiant à propos du début de la politique de boycott des commerçants juifs : 

"Cependant que Holtz me démontrait calmement qu'on ne pouvait pas parler de "massacre" si les commerçants juifs étaient boycottés dans le calme et la discipline.

- Comment cela, pas un massacre ? m'écriai-je avec emportement. Quand on ruine systématiquement quelqu'un, quand on lui ôt son gagne-pain, il finira pas mourir de faim, non ? Acculer quelqu'un à mourir de faim, j'appelle cela un massacre. Pas vous ?

- Du calme, du calme, dit Holtz. Personne ne meurt de faim en Allemagne. Au cas où les commerçants juifs seraient véritablement ruinés, ils bénéficieraient de l'aide sociale.

Le pire est qu'il disait cela fort sérieusement sans vouloir se moquer."

Toute proportion gardée, l'on peut s'interroger aujourd'hui sur l'extinction programmée de toute une catégorie de professions indépendantes dont les activités ont cessées. Jusqu'à quand l'aide sociale contiendra-t-elle la paix sociale et l'illusion de normalité ? Et à quel prix (dans notre époque penser traitement futur de la dette et Troika) ?

[1] Histoire d'un Allemand - Souvenirs (1914-1933) - Sebastian Haffner, Actes Sud, https://www.actes-sud.fr/catalogue/histoire-moderne-et-contemporaine/histoire-dun-allemand

[2] Course au vaccin : l'enrichissement des patrons de laboratoires en question, Entre le 15 mai et le 31 août, les dirigeants de cinq compagnies pharmaceutiques avaient encaissé plus de 145 millions de dollars en vendant leurs actions, https://www.capital.fr/entreprises-marches/course-au-vaccin-lenrichissement-des-patrons-de-laboratoires-en-question-1385916, 15/11/2020

[3] Covid : le PDG de Pfizer a vendu 5,6 millions de dollars d'actions le jour de l'annonce de l'efficacité de son vaccin, https://www.lesechos.fr/industrie-services/pharmacie-sante/covid-le-pdg-de-pfizer-a-vendu-56-millions-de-dollars-dactions-le-jour-de-lannonce-de-lefficacite-de-son-vaccin-1264205, 2 nov. 2020

[4] Le PDG de Moderna a vendu près de 2 millions de dollars de ses actions avant le dépôt de vaccins d’urgence de l’entreprise.
https://www.fr24news.com/fr/a/2020/11/le-pdg-de-moderna-a-vendu-pres-de-2-millions-de-dollars-de-ses-actions-avant-le-depot-de-vaccins-durgence-de-lentreprise-il-vaut-maintenant-3-milliards-de-dollars.html, 23 novembre 2020

[5] De la démocratie en Pandémie. Santé, recherche, éducation, Collection Tracts (n° 23), Gallimard
Parution : 14-01-2021, http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tracts/De-la-democratie-en-Pandemie

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