La politique belge, encore mieux qu'un poisson d'avril !

Le poisson semblait énorme. La blague trop monumentale pour qu'on l'avale. Le 1er avril, donc, le PS belge, parti membre du gouvernement Leterme, annonce qu'il va créer un "cabinet fantôme" pour surveiller... le gouvernement. Hein ? Des membres d'un gouvernement qui créent un bout de gouvernement dans le gouvernement pour surveiller le gouvernement ... ?

Le poisson semblait énorme. La blague trop monumentale pour qu'on l'avale. Le 1er avril, donc, le PS belge, parti membre du gouvernement Leterme, annonce qu'il va créer un "cabinet fantôme" pour surveiller... le gouvernement. Hein ? Des membres d'un gouvernement qui créent un bout de gouvernement dans le gouvernement pour surveiller le gouvernement ... ?

 

Ah la bonne blague ! D'accord la formation Leterme a tout d'un pouvoir de pacotille, incapable de régler les divisions du pays (lire post du 23 mars). Bien-sûr la Belgique pratique avec brio le surréalisme politique. Mais quand même.

 

Sur le site du Soir, qui publie la nouvelle, quelques petits malins se dépêchent de poster leurs commentaires, pour montrer que eux au moins, ne sont pas tombés dans ce vulgaire poisson d'avril. Toute la journée, le doute plane. A tel point que le lendemain, 2 avril, le quotidien publie un encart : non, ce n'est pas un poisson d'avril.

 

Mais de quoi s'agit-il alors? Les socialistes se disent inquiets de voir que les relations extérieures et tous les départements d'autorité soient des fonctions détenues par les seuls néerlandophones ou libéraux dans ce gouvernement. Chaque jeudi matin, le PS tiendra donc un cabinet fantôme qui passera au crible les décisions gouvernementales en matière d'Affaires étrangères, de Défense et de coopération. Cet organe sera piloté par le socialiste André Flahaut, ancien ministre de la Défense, et Laurette Onkelinx, vice-Première ministre. Et se réunira en coordination avec le SPA (parti socialiste flamand) et le PS (Parti socialiste européen).

 

Cette création intervient pile au moment de l'entrée du Premier ministre Yves Leterme sur la scène internationale, pour le sommet de l'Otan. Dans une interview donnée au Soir, André Flahaut affirme craindre une poussée atlantiste de Leterme et appelle la Belgique à annoncer clairement, à l'Otan, sa volonté de se désengager militairement d'Afghanistan.

 

Sur le fond, cette initiative de "cabinet fantôme" n'est pas une grande surprise. Elle s'inscrit dans une stratégie typique d'opposition, menée par un PS avide de squatter les devants de la scène. De plus, l'impact que pourrait avoir ce cabinet sur le gouvernement semble difficile à appréhender. Reste que l'attitude d'opposition d'un parti pourtant présent au gouvernement en dit long sur le fossé qui sépare encore les hommes politiques, surtout néerlandophones et francophones. Et sur l'état de santé du gouvernement Leterme Ier.

 

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André Flahaut, PS, ancien ministre de la Défense

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