Belgique: qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

Cela n'a -malheureusement- rien d'une surprise. La Belgique vient de s'enfoncer encore un peu plus dans la crise. Yves Leterme, Premier ministre, n'a pas réussi à faire aboutir un accord gouvernemental sur la réforme de l'Etat avant la date butoir du 15 juillet. Il a donc présenté sa démission au Roi, le soir du 14 juillet. Mais rien n'est encore décidé. Albert II reçoit les forces politiques du pays, avant de prendre une décision, qui devrait survenir en fin de semaine.

Que risque la Belgique, à ce stade de la crise ? A-t-on franchi la ligne rouge ? Quelles sont les perspectives pour sortir de l'impasse?

 

Premier constat, ce nouvel échec signe une énième victoire des autonomistes, qui depuis juin 2007, ont su s'imposer dans les négociations.

Yves Leterme, depuis treize mois, a clairement été victime de l'alliance de son parti, le CD&V (démocrates chrétiens), avec les indépendantistes N-VA. Cette coalition unique dans l'histoire du pays avait permis le triomphe électoral du parti d'Yves Leterme aux élections fédérales de juin 2007. Un pacte dangereux, qui a oligé le CD&V à répondre aux exigences d'un parti (N-VA) dont l'objectif, à terme, est la disparition de la Belgique.

Cette fois, Yves Leterme avait proposé, après plusieurs scénarios, l'organisation d'une conférence institutionnelle, au sein de laquelle les régions auraient étaient aux premières loges des négociations sur l'avenir fédéral du pays. Et c'est le CD&V-N.VA qui a refusé la proposition.

 

Deuxième constat, la piste d'un confédéralisme à la belge n'est plus taboue. (Il ne s'agirait pas d'un confédéralisme au sens juridique du terme, puisque pour cela il faudrait que plusieurs Etats indépendants s'associent. Mais d'un système où l'Etat fédéral serait amaigri et où les communautés décideraient entre elles de leurs compétences).

Cette direction est l'objectif affiché depuis 1999 par la plupart des partis flamands. Mais jusqu'ici, les francophones l'avaient toujours rejetée en bloc. Reste que des voix s'élèvent pour appeler à accepeter le confédéralisme, dans les rangs francophones, depuis quelques mois. Comme si ces treize mois de crise avaient fait comprendre aux francophones, que la nouvelle génération politique flamande était davantage déterminée et radicalisée qu'auparavant. Et qu'il fallait faire avec. Des ténors politiques comme Didier Reynders (MR) ou Philippe Moureaux (PS) ont ainsi déjà appelé les francophones à arrêter de faire l'autruche et plaider pour un confédéralisme choisi, avant qu'il ne soit trop tard. Lire l'appel de Philippe Moureaux, le premier en date, publié en janvier dernier, par l'hebdomadaire Le Vif.

Depuis ces deux derniers jours, le Roi reçoit les différents acteurs politiques pour tenter de dénouer la crise et les rumeurs enflent sur la possibilité de reconduire un gouvernement Leterme, qui ne s'occuperait plus de la réforme de l'Etat. Cette dernière serait confiée au dialogue direct de communauté à communauté. Un premier pas tangible vers le confédéralisme?

 

Reste que pour l'instant, le pays est sous le choc. La presse, unanime, voit la Belgique au bord du gouffre. Et tente de décrypter les multiples scénarios possibles. Avec une crainte, celle de voir échouer la formation d'un nouveau gouvernement et pire, de devoir penser à organiser de nouvelles élections. Une opération qui serait plus que risquée, en pleine crise communautaire, car elle pourrait voir le vote autonomiste gonfler encore un peu plus.

 

 

 

 

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