Les Belges sont priés de mettre la tête dans le sable

Mieux vaut en rire qu'en pleurer. Alors disons qu'au moins, les Belges pourront toujours festoyer le 21 juillet prochain, jour de la fête nationale. Ou, à défaut de se sentir prêts à célébrer l'existence d'un Etat moribond, qu'ils pourront au moins profiter d'un jour ferié.

Car la Belgique n'est pas (encore) morte. Leterme rempile. Le Roi a refusé, jeudi soir, la démission du gouvernement mené par le Premier ministre. Et a nommé trois médiateurs chargés de sortir le pays de la crise institutionnelle en 15 petits jours.

 

Bah tiens. On se croirait retournés huit mois en arrière, lorsque Leterme, mis à mal par les siens, avait une première fois jeté l'éponge et qu'Albert II était venu à sa rescousse en nommant deux médiateurs flamands, le président du Sénat et celui de la Chambre.

Cette fois, ce sont trois francophones qui s'attèlent à la tâche. Le Bruxellois libéral (MR) François-Xavier Donnea, le Wallon démocrate chrétien et ancien président de la Chambre des députés Raymond Langendries, et le président de la communauté germanophone, le socialiste Karl-Heinz Lamertz . Car le parti du Premier ministre a exigé que cette fois, les francophones "prennent leurs responsabilités" et se mouillent .

 

Dans deux petites semaines, ces sages feront un rapport. Dans un tel contexte de crispation, ce nouveau scénario de médiation semble le moins risqué et peut-être même le seul possible, les risques de franchir définitivement la ligne rouge étant extrêmement élevés. Mais quelles sont ses chances de réussite, alors que les positions ne cessent de se radicaliser ? Le CD&V a même désormais indiqué clairement que dans le cadre d'un dialogue entre les régions sur l'avenir institutionnel du pays, il ne considérait pas Bruxelles comme une entité de pouvoir à part entière. De quoi hérisser un peu plus encore les francophones.

 

 

La presse flamande comme francophone semblait sceptique ce matin, presque blasée. Le Soir allait même jusqu'à rapporter les propos désabusés d'un observateur de ces tractations politiques : « On joue la montre. On va négocier quelques mois ; ça ne fonctionnera pas, et il y aura une nouvelle crise. A temps pour tomber et aller aux élections (régionales) en juin 2009. »

 

Alors, comme d'habitude, les Belges sont priés d'oublier pour quelques semaines que la crise est bien là, le temps d'aller faire la fête. Après, on verra bien. De toute façon, il y aura bien un prochain épisode...

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