Discriminations : Leterme l'ouvre, mais pas trop

On le connaissait fuyant, vague, prudent. Surtout sur les questions de tensions communautaires. Mais, jeudi, à la Chambre, le premier ministre Yves Leterme l'a ouverte.

On le connaissait fuyant, vague, prudent. Surtout sur les questions de tensions communautaires. Mais, jeudi, à la Chambre, le premier ministre Yves Leterme l'a ouverte. Pas pour hurler à la discrimination, non. Mais quand même. "A la Région flamande, je voudrais demander de veiller à ce que les mesures qu’elle prend, sur son territoire, pour favoriser l’intégration et la cohabitation harmonieuse, soient à l’avenir moins perçues, par les francophones, comme des tracasseries ou des formes d’exclusion. » Se tournant, ensuite, vers le Sud du pays, il prie la Communauté française de ne pas toujours considérer lesdites mesures comme « visant à l’exclusion d’une grande communauté linguistique ». Et de conclure : « L’avenir du pays passe par une coexistence pacifique des grandes communautés dans un système fédéral adapté. Avec de la bonne volonté de part et d’autre, nous pouvons arriver très loin. »

 

Il faut dire que ces dernières semaines, les communes de la périphérie bruxelloise ont enchaîné des décisions plus qu'irritantes, voire carément discriminantes, contre les francophones. Il y avait déjà, entre autres, Zaventem, qui réservait la vente de ses logements aux habitants qui s'engageaient à apprendre le flamand. Mais la semaine dernière, Overijse a décidé d'ouvrir un bureau de plaintes linguistique, pour inciter les "volontaires" à dénoncer les enseignes qui osaient installer des inscriptions dans une autre langue que le néerlandais. Vilvorde, elle, vient de décider d'octroyer une quinzaine de logements bon marché aux seuls candidats capables de démontrer leur bonne connaissance du néerlandais. Autrement dit, pas question d'accepter les candidats de bonne volonté, prêts à bucher dur pour apprendre la langue de Vondel, mais uniquement ceux qui la connaissent déjà. Et jeudi dernier, ce fut le coup de massue côté francophone: Grammont conditionne - depuis un an déjà, mais ces temps de crispation ont fait remonter l'info - l'attribution du minimex (RMI) à la connaissance élémentaire du néerlandais.

 

Face à cette averse de discriminations, le premier ministre, donc, a élevé (un peu) la voix. Pas pour dénoncer, mais plutôt pour pacifier. Une réaction peut être explicable, en partie, par le récent revirement d'une partie de l'opinion flamande. Car à lire la presse flamande, ce jeudi, on sent poindre une critique, face à ce genre de mesures. Au Standaard, le rédacteur en chef lui-même titre "Les examens linguistiques nous font du tort". Ajoutant que si l’objectif officiel consiste à favoriser l’intégration sociale, "tout le monde sait que ce règlement est en première instance destiné à lutter contre une francisation accrue de la périphérie". Ce qu'il s'empresse de qualifier "d'illusion". Du côté du Morgen, même exaspération.

Alors quoi? la presse flamande serait-elle devenue unanimement critique? Pas vraiment. Dans la Gazet van Antwerpen, on peut lire que compte tenu de la conjoncture particulière en région bruxelloise, ces mesures sont compréhensibles. Et l'éditorialiste continue en indiquant qu'il faudrait utiliser plus d'énergie pour expliquer l'histoire.

Quant à Yves Leterme, certes il l'a ouverte. Légèrement. Mais en attendant, le gouvernement est suspendu aux réformes institutionnelles, censées aboutir dans quinze petits jours. Et rien n'est réglé .

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