A Bruxelles, arrestation massive de sans-papiers

Des sans-papiers enfournés par dizaines, à la chaîne, dans des fourgons de police. C'est le genre de scène qu'on pouvait voir, mardi dernier vers 17h, devant l'Office des étrangers à Bruxelles.

Des sans-papiers enfournés par dizaines, à la chaîne, dans des fourgons de police. C'est le genre de scène qu'on pouvait voir, mardi dernier vers 17h, devant l'Office des étrangers à Bruxelles. Comme chaque semaine, près de 150 manifestants s'étaient rassemblés en début d'après midi sur les lieux, pour une manifestation de soutien aux sans-papiers. Peu avant 14h, les dépêches annoncent le début de la manifestation. Comme d'habitude.

 

Sauf que quelques heures plus tard, c'est la panique. Des fourgons de police bondés de manifestants traversent la ville en trombe. En moins de deux heures, la police aura embarqué 130 personnes, dont 90 sans papiers, parmi lesquels plusieurs enfants, 10 étudiants de l'ULB (université libre de Bruxelles) et 30 autres personnes en situation irrégulière.

 

Mais quelle mouche a piqué la police, qui n'intervient jamais d'habitude...? Serait-ce la ville de Bruxelles qui aurait interdit la manifestation? A la commune (PS), on indique qu' "aucune demande d'autorisation n'a été déposée au préalable en vue du rassemblement et que les conditions sécuritaires et sanitaires n'étaient pas réunies pour permettre la tenue de l'événement". Car les manifestants avaient planté des tentes et indiqué leur intention de squatter le pavé pendant 24h. La police, en accord avec la commune, a donc sommé le groupe de se disperser avant 16. Puis a procédé aux arrestations, de façon musclée.

 

De leur côté, les associations soutiennent mordicus avoir présenté une demande d'autorisation à la commune et à la police. Et dénoncent une rafle de manifestants pacifiques.

 

Quoi qu'il en soit, tous les interpellés ont ensuite été emmenés dans des cellules du Palais de Justice. Une fois là-bas, les étudiants ont rapidement été relâchés, mais pas les sans-papiers. Un conseiller communal Ecolo d'Ixelles (commune de Bruxelles), Alain Adriaens, faisait partie des manifestants arrêtés. En cellule il affirme avoir assisté à un "tri en règle effectué entre ceux qui avaient des papiers et pouvaient sortir, et les autres. " L'élu, qui tentait d'alerter d'autres politiques sur la situation, a ensuite appris que "la commune de Bruxelles, après avoir promis la libération de tous les manifestants, se serait brutalement ravisée, indiquant qu'elle n'avait plus les manettes et que l'Office des étrangers avait pris le relais". L'Office des étrangers, chargé de statuer sur les dossiers des sans-papiers, se veut rassurant. Et indique qu'il ne s'agit que d'arrestations administratives. Sauf que...pour les personnes contrôlées qui seraient sans-papiers, l'Office indique qu'il traitera les dossiers, au cas par cas. Ce matin, il a d'ailleurs annoncé que douze sans-papiers, pour la plupart d’origine africaine, ont été conduits en centres fermés.

 

Dans la soirée de mardi, une centaine de personnes se sont rassemblées devant le Palais de Justice. Deux avocats, venus avec l'autorisation de la commune pour rencontrer les sans-papiers placés en cellule, affirment avoir été malmenés violemment par la police.

 

Aujourd'hui, la mobilisation continue. Ce mercredi , des manifestants se sont rassemblés devant les locaux du PS, pour demander des comptes aux élus sur l'attitude du bourgmestre (maire) PS dans cette affaire.

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