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Billet de blog 23 juin 2022

Chloé Oudin-Gasquet
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Pour la liberté d'instruire nos enfants en famille, quoiqu'il en coûte

L'étau se resserre sur nos libertés les plus fondamentales... comme celle d'instruire nos enfants en famille. Il apparaît aujourd'hui nécessaire de communiquer autour du bien-fondé de ce mode éducatif, respectueux de leur développement et de ce qu'ils sont.

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Alors que l'instruction en famille était soumise à déclaration suivie de contrôles, le 13 août 2021 le Conseil constitutionnel a validé le principe que ce mode d'éducation serait accessible sur autorisation et justifiant de certains motifs.
Les possibilités de pratiquer l'IEF à compter de septembre 2022 sont donc drastiquement réduites bien que soit là bafoué l'un des principes fondamentaux énoncé dans l'article 26-3 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme : 'Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.'
À nous qui choisissons de placer au centre de nos préoccupations l'intérêt supérieur de nos enfants et leur épanouissement au cœur des apprentissages, laissez-nous continuer à les instruire en famille. Par ce véritable projet de vie, nous souhaitons partager ensemble du temps de qualité et leur permettre de grandir sereinement, avec pour port d'attache l'amour inconditionnel que nous leur portons. 

Si nous faisons ce choix de nous consacrer pleinement à leur éducation, avec l'investissement en temps, en énergie et l'organisation ajustée de nos temps de travail que cela requiert, c'est avant tout pour respecter leurs rythmes biologiques et d'apprentissage ainsi que leurs intérêts propres.
L'instruction en famille offre la possibilité d'être au plus près des besoins de son enfant notamment en ce qui concerne les besoins physiologiques comme le sommeil, élément constitutif majeur d'un bon développement cognitif. Le cadre de l'IEF offre une plus grande liberté en n'étant plus tributaires de contraintes diverses qui obligeraient à réveiller nos enfants à des heures arbitraires ou d'être privés de siestes pourtant tout à fait profitables à leur maturation cérébrale.
C'est aussi faire le choix d'offrir un rythme quotidien fait de 'mouvement doux' (slowlife) : profiter des êtres qui nous sont chers, évoluer dans le calme, prendre le temps de terminer une activité sans empressement, faire une pause quand on en ressent le besoin, ne pas être dérangé et s'épargner moult situations génératrices de stress.

Harcèlement et violence, phobie scolaire, troubles anxieux, VEO (violences éducatives ordinaires), manque de personnel et donc d'accompagnement, classe surchargée... Les derniers chiffres publiés par l'UNSA (23 mai 2022) sont d'ailleurs éloquents : 58% du personnel éducatif se dit fatigué au travail et les arrêts pour burn-out ne cessent de croître. L'Éducation Nationale en l'état actuel des choses n'est plus garante du bien-être de nos enfants, loin s'en faut. 

En tant que professionnelle de santé j'ai pu prendre la mesure des naufrages psychologiques résultant du cadre aliénant imposé à nos enfants dès le plus jeune âge, une collectivité faite d'agisme et d'évaluation détruisant aux racines tout sentiment d'identité propre, nourrissant comparaison et compétition tout au long du parcours scolaire français.
Se pressent alors en consultation psy des jeunes et des moins jeunes en perte de repères identitaires et de sens, n'ayant jamais eu la possibilité d'apprendre à partir de leurs aspirations personnelles, contraints au barbarisme du 'par cœur' absurde, source de non-sens et n'offrant à aucun moment la possibilité de découvrir qui ils sont et ce qu'ils aiment.
Pourtant à la lumière de ce que nous apprennent les recherches en neurosciences, nous ne pouvons plus nier le rôle primordial des émotions et de l'enthousiasme dans les processus d'apprentissage. Les informations ne s'impriment dans la mémoire que lorsque notre système émotionnel est engagé : là où il y a de la joie nous apprenons sans même le savoir alors que ce qui ne nous touche pas ne s'intègrera jamais ou bien très difficilement et dans la douleur.

Un parent présent physiquement et psychiquement à l'écoute de l'enfant a cette possibilité de soutenir sa soif innée de connaissances et son élan naturel pour les apprentissages en mettant en sens son univers au moment où il est prêt à recevoir l'information et dans des domaines d'une diversité infinie. Cet accordage est précieux. Il permet de satisfaire les appétences présentes pour certains sujets en se saisissant de tout ce qui suscitera l'intérêt de l'enfant et donc son attention. Lorsque l'énergie déclenchée par un esprit enthousiaste est mobilisée, l'apprentissage en découle naturellement et sa mémorisation est pérenne.
Parce qu'un enfant ne pourra apprendre que ce qui pour lui a du sens et le met en joie, nous comprenons les limites d'un enseignement de masse fait d'attentes et de résultats dans certaines matières et à un instant T.
La vie quotidienne est un terrain riche et fertile pour apprendre et comprendre qu'il n'existe pas de hiérarchie entre chacune des disciplines : la musique ou le sport n'ont pas moins d'importance que le français et il est même possible de faire des mathématiques en cuisine ou au jardin. 

Au-delà des apprentissages, l'IEF permet de consacrer du temps à la transmission des valeurs qui nous sont chères : une consommation consciente, responsable et l'ouverture à une rencontre authentique avec l'Autre.
Car non 'l'école à la maison' ne se passe pas entre quatre murs ni à huis clos et les résultats des études concernant ce mode éducatif contredisent ce préjugé sans fondement et tristement populaire selon lequel les enfants ne seraient pas 'socialisés'. 
À défaut de faire de notre progéniture des petits sauvageons, la recherche souligne, en plus de leur très bon niveau, une diminution des troubles comportementaux et davantage de maturité chez les enfants instruits en famille en comparaison avec des enfants scolarisés, si tant est qu'il faille en passer par là pour prouver la justesse de ce choix.

'L'enfant n'est pas un vase que l'on remplit mais une source que l'on laisse jaillir' nous apprenait Maria Montessori au siècle dernier.
L'IEF permet le développement naturel de la confiance en soi puisqu'elle offre cette possibilité de respecter l'enfant dans son individualité, dans ce qui lui appartient véritablement. En partant à la rencontre de son être profond et en observant avec tendresse ce qui en émane, on accompagne l'évolution de son âme naturellement appelée à s'élever, au rythme qui est le sien.
Soutenir dès le plus jeune âge la curiosité d'un enfant, lui faire découvrir la vie depuis la quiétude d'un climat affectif positif favorise l'émergence et la solidité de son identité. C'est depuis l'ancrage fort d'un attachement sécure que l'enfant pourra s'ouvrir, armé de confiance, au vaste monde et sa diversité. Ce chemin que nous traçons pour eux et avec eux constitue pour nous la preuve vivante d'un large champ des possibles où ne devrait exister ni voie ni pensée unique.

Laissez-nous continuer d'instruire nos enfants pour leur permettre d'être et devenir des esprits libres et critiques, des consciences éclairées, des citoyens de demain équilibrés, qui savent qui ils sont et ce qu'ils veulent accomplir en ce monde.

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