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Billet de blog 20 janv. 2009

L’élection d’un président peut-elle renverser la conjoncture économique ?

Alors que le 44e président des Etats-Unis vient de prendre officiellement ses fonctions (qui apparaissent déjà comme un fardeau politique, économique et social extrêmement lourd à assumer et que peu doivent lui envier en ce moment même), les scènes de liesse populaire et l’emphase avec laquelle les médias nous décrivent la force extraordinaire du sentiment d’union nationale qui semble submerger le peuple américain nous feraient presque espérer que l’élection d’un homme peut renverser le cours des choses.

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Alors que le 44e président des Etats-Unis vient de prendre officiellement ses fonctions (qui apparaissent déjà comme un fardeau politique, économique et social extrêmement lourd à assumer et que peu doivent lui envier en ce moment même), les scènes de liesse populaire et l’emphase avec laquelle les médias nous décrivent la force extraordinaire du sentiment d’union nationale qui semble submerger le peuple américain nous feraient presque espérer que l’élection d’un homme peut renverser le cours des choses. La situation économique américaine ne cesse de se détériorer, et rien ne semble pouvoir enrayer ce processus d’autodestruction du système financier. Des milliers de nouveaux chômeurs viennent chaque jour s’ajouter à la longue liste des victimes « collatérales » de la crise financière, la peur de perdre leur logement s’ajoute au sentiment d’impuissance ressenti par des millions d’américains devant la cruauté inhumaine du monstre froid qu’est devenu le Marché.

Combien de temps l’espoir porté par Obama bien au delà des frontières de son pays va-t-il contenir une révolte sociale qui se nourrit chaque jour de la misère, de l’échec et de la frustration des peuples? Quel impact auront les mesures attendues du nouveau président sur l’économie ? Les experts eux-mêmes ne se risquent plus à prévoir l’avenir, tant leurs prévisions passées se sont révélées en dessous de la réalité.

Un président peut-il avoir, par la politique qu’il mène et par les idées et les valeurs qu’il véhicule, un impact réel sur l’économie ? Ou doit-on se ranger derrière les libéraux cyniques qui pensent qu’il est illusoire de croire que le politique puisse encore avoir une emprise quelconque sur le fonctionnement des marchés ? Une étude publiée aujourd’hui par le New York Times peut peut-être nous éclairer quelque peu : elle recense l’évolution de 7 indicateurs économiques au cours des mandats des présidents qui se sont succédés à la tête des Etats-Unis depuis Harry Truman. Il est, au vu des résultats, difficile de trouver des corrélations évidentes entre personnalité ou bord politique du président en exercice et bonne santé économique du pays, mais on peut tout de même constater trois choses.

D’abord, que la période Carter/Reagan est celle où le budget fédéral, les revenus réels, les prix de l’immobilier et les chiffres du chômage ont été les moins bons, alors que dans le même temps l’épargne se portait très bien.

Le deuxième constat est que la présidence Bush a été une période noire pour le niveau du salaire minimum et du revenu réel (c’est à dire tenant compte de l’inflation), ainsi que pour l’augmentation de l’inégalité de la répartition des richesses au sein de la population américaine.

Enfin, aucun président ne semble avoir été en mesure de renverser la tendance générale à un accroissement dramatique des inégalités de revenus entre les 1% des américains les plus riches et les autres 99% de la population. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, 1% de la population américaine s’accapare plus de 22% du montant total des salaires, le salaire minimum réel se situe à un niveau historiquement bas (5,85 dollars/heure), et la plupart des autres indicateurs économiques sont également dans le rouge. Il existe donc une marge de manœuvre énorme pour améliorer la situation en adoptant les mesures adaptées. Des réformes profondes et radicales sont nécessaires, aux Etats-Unis comme ailleurs, et la chance de Barack Obama aujourd’hui est de disposer du consensus politique nécessaire pour imposer un plan de relance massif et cohérent, en faisant un minimum de concessions à l’opposition.

Ceux qui croient à un « New New Deal » seront cependant certainement déçus : au temps de Roosevelt, l’Etat fédéral était un appareil administratif réduit, encore à l’état quasi « embryonnaire », ses compétences étaient extrêmement restreintes du fait de la réticence des Etats à se voir confisquer leurs prérogatives par le pouvoir central. Roosevelt possédait donc de très nombreuses possibilités jusqu’alors inexploitées pour accroître les compétences de l’Etat fédéral et son intervention dans le fonctionnement de l’économie. Ce n’est plus le cas de nos jours : l’Etat fédéral croule sous le poids d’une dette déjà très lourde, son appareil administratif est une force d’inertie non négligeable, et sa marge de manoeuvre est d’autant plus réduite que le marché américain est très intégré à l’économie mondiale et subit donc de multiples contraintes extérieures sur lesquelles le Président des Etat-unis n’a aucune prise.

Si Barack Obama ne pourra certainement pas redresser l’économie mondiale (ni, d’ailleurs, l’économie américaine) à lui seul, il est certain que son élection, et l’espoir qu’elle a fait revivre dans le cœur de nombreux américains après 8 années de Bushisme, ont eu un impact positif non négligeable et salutaire sur le moral en berne d’un peuple désenchanté.

Voir l'étude publiée dans le New York Times: http://www.nytimes.com/interactive/2008/10/18/business/20081019-metrics-graphic.html

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