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Billet de blog 20 janv. 2009

Planète financière et incitations : le grand déséquilibre

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Revenant sur la réunion à laquelle il a participé début janvier à Paris avec d'autres économistes et quelques chefs d'Etat et de gouvernement, Joseph Stiglitz a souligné que, si la nécessité de réguler la sphère financière faisait aujourd'hui consensus, tous n'ont pas partagé son propre constat: c'est le modèle capitaliste tel qu'il s'est développé depuis l'ère Reagan/Thatcher qui est remis en cause aujourd'hui. Selon lui, le modèle de capitalisme qui domine les économies aujourd'hui présente une déformation fondamentale à l'origine de ses maux: il repose sur une privatisation des gains et une mutualisation des pertes (le contribuable en a fait la douloureuse expérience lorsqu'il s'est agit de recapitaliser les banques avec son propre argent).

Ce déséquilibre constitutif est à l'origine d'une déformation des mécanismes d'incitation (rappelons ici que dans le système capitaliste, la recherche du profit, basée sur un calcul d'arbitrage entre prise de risque et gain escompté, étant le moteur de la croissance car il pousse les entrepreneurs à innover et à chercher des moyens de produire plus efficacement): les acteurs opérant sur les marchés financiers ont été poussés, par l'appât du gain, à prendre des risques déraisonnables qu'ils ne pouvaient assumer, car ils avaient une double assurance: d'une part, celle d'être protégés de ces risques par des outils financiers élaborés et jugés infaillibles. D'autre part, l'interdépendance généralisée des économies a contribué à créer un "aléas moral" énorme (l'aléas moral est le phénomène par lequel un agent est incité à prendre plus de risques s'il sait qu'il est assuré contre celui ci), car les acteurs financiers ayant un poids suffisant dans l'économie sont considérés comme "too big to fail", leur faillite ne peut être tolérée car elle contaminerai inévitablement tout le reste de l'économie. Les grandes banques savaient donc que les Etats seraient, en cas de problème grave, contraints à intervenir pour éviter un effet boule de neige dévastateur. Elles ont donc pris des risques inconsidérés et accumulé les profits astronomiques.

La croissance américaine depuis le début des années 2000 était totalement artificielle car elle a donné lieu à un afflux de liquidités disproportionné par rapport à la richesse réellement produite. Maintenant que la bulle a éclaté, deux solutions sont envisageables: créer une autre bulle spéculative (on parle déjà d'une bulle sur les obligations d'Etat) pour recommencer les mêmes erreurs, ou bien revenir à une situation de croissance faible en essayant de restructurer l'économie et de modifier les mécanismes biaisés d'incitation. Cette situation serait en quelques sortes similaire à celle du Japon lors de sa "décennie perdue" (années 90), et tout espoir de retrouver une croissance "normale" d'ici 2010 est dans ce cas inenvisageable.

Un système où ceux qui produisent la plus grande partie de la richesse (Chine, Inde, etc...) ne sont pas ceux qui consomment (US, Europe...) peut-il réellement survivre durablement?? Le problème, souligne stiglitz, c'est que nous ne possédons pas vraiment de système de rechange immédiatement disponible...

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