chloe.morin
Etudiante (SciencesPo. / London school of economics)
Abonné·e de Mediapart

27 Billets

0 Édition

Billet de blog 24 janv. 2009

Lorsque le pouvoir politique se heurte à celui des marchés financiers...

Lorsque le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars a été adopté par le Congrès des Etats Unis, les concepteurs du plan nourrissaient l’espoir fou qu’en recapitalisant les banques et en rétablissant la circulation du crédit sur le marché interbancaire, les banques allaient à leur tour stimuler l’économie et aider les ménages en difficulté en leur accordant davantage de crédit. C’était une grave erreur.

chloe.morin
Etudiante (SciencesPo. / London school of economics)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Lorsque le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars a été adopté par le Congrès des Etats Unis, les concepteurs du plan nourrissaient l’espoir fou qu’en recapitalisant les banques et en rétablissant la circulation du crédit sur le marché interbancaire, les banques allaient à leur tour stimuler l’économie et aider les ménages en difficulté en leur accordant davantage de crédit. C’était une grave erreur. La grande majorité des banques ayant reçu des fonds publics (ou une aide publique quelle qu’en soit la nature) se montrent très réticentes à accorder des crédits, par peur que leur position ne se détériore davantage si les nouveaux emprunteurs font défaut ou si l’état de l’économie empire.

D’un surplus de crédit et d’une prise de risque excessive, nous avons donc, en quelques mois, basculé dans l’excès inverse. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le TARP (plan Paulson, dont la première partie, d’un montant de 350 milliards de dollars, a déjà été distribuée) n’impose aucunement aux banques ayant bénéficié de l’aide et des fonds publics de rendre compte au gouvernement américain de la façon dont cet argent a été employé. Une étude révélée le New York Times révèle d’ailleurs que fournir des crédits à l’économie ne compte pas parmi les priorités actuelles des banques. En plus de reconstituer leurs fonds propres, certaines (dont on espère qu’elles ne sont que des cas isolés) en seraient même à élaborer des stratégies pour étendre leurs activités à la faveur de la crise… Les milliers de personnes surendettées et menacées d’expropriation peuvent attendre.

En France, les banquiers, bien qu’ayant finalement renoncé à accorder des primes exorbitantes à leurs dirigeants, ne paraissent pas plus enclins à se laisser dicter leur politique de crédit par l’Etat. La gesticulation médiatique de Nicolas Sarkozy ne semble pas non plus les empêcher de réaliser des marges confortables sur les découverts et les crédits à la consommation (Article du Canard enchaîné, mercredi 21 janvier).

Lundi dernier, les parlementaires membres du « Treasury Select comittee » anglais ont demandé au gouvernement britannique de rendre compte de la façon dont l’argent destiné à recapitaliser les banques a été employé. Partout, la pression politique exercée sur les banquiers s’accentue à mesure que les économies s’enfoncent dans la récession. Coincés entre une opinion publique révoltée par l’irresponsabilité de certains banquiers et la nécessité de limiter leur implication dans le fonctionnement des marchés, les politiques louvoient entre les exigences contradictoires et tentent de ménager la chèvre et le chou. Certains, comme Nicolas Sarkozy, communiquent à tout va pour envoyer des signaux forts à l’opinion publique et tenter de contenir la révolte qui gronde en montrant leur détermination. Mais pousser les dirigeants des grandes banques à renoncer à leur bonus ne les encouragera malheureusement pas pour autant à prêter davantage. Le pouvoir politique se heurte quotidiennement à ses propres limites : celles qui délimitent un marché qu’il a été incapable de réguler et dont il n’a pas su maîtriser les dérives.

Voir le tableau du New York Times où sont répertoriées toutes les banques ayant reçu des fonds du plan Paulson: http://projects.nytimes.com/creditcrisis/recipients/table

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Livres
Le dernier secret des manuscrits retrouvés de Louis-Ferdinand Céline
Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. « Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés.
par Sabrina Kassa
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — Politique économique
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin
Journal
Climat : un été aux airs d’apocalypse
Record de sécheresse sur toute la France, feux gigantesques en Gironde, dans le sud de l’Europe et en Californie, mercure dépassant la normale partout sur le globe… Mediapart raconte en images le désastre climatique qui frappe le monde de plein fouet. Ce portfolio sera mis à jour tout au long de l’été.
par La rédaction de Mediapart

La sélection du Club

Billet de blog
L’eau dans une France bientôt subaride
La France subaride ? Nos ancêtres auraient évoqué l’Algérie. Aujourd’hui, le Sud de la France vit avec une aridité et des températures qui sont celles du Sahara. Heureusement, quelques jours par an. Mais demain ? Le gouvernement en fait-il assez ? (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Décret GPS, hypocrisie et renoncements d'une mesurette pour le climat
Au cœur d'un été marqué par une sécheresse, des chaleurs et des incendies historiques, le gouvernement publie un décret feignant de contraindre les entreprises du numérique dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais ce n'est là qu'une vaste hypocrisie cachant mal les renoncements à prendre des mesures contraignantes.
par Helloat Sylvain
Billet d’édition
Canicula, étoile chien
Si la canicule n’a aucun rapport avec les canidés, ce mot vient du latin Canicula, petite chienne. Canicula, autre nom que les astronomes donnaient à Sirius, étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien. Pour les Grecs, le temps le plus chaud de l’année commençait au lever de Sirius, l’étoile chien qui, au solstice d’été, poursuit la course du soleil .
par vent d'autan
Billet d’édition
Les guerriers de l'ombre
« Je crois que la planète va pas tenir longtemps, en fait. Que le dérèglement climatique ne me permettra pas de finir ma vie comme elle aurait dû. J’espère juste que je pourrai avoir un p’tit bout de vie normale, comme les autres avant ». Alors lorsque j'entends prononcer ces paroles de ma fille, une énorme, incroyable, faramineuse rage me terrasse. « Au moins, j’aurais vécu des trucs bien. J’ai réussi à vaincre ma maladie, c’est énorme déjà ».
par Andreleo1871