Lorsque le pouvoir politique se heurte à celui des marchés financiers...

Lorsque le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars a été adopté par le Congrès des Etats Unis, les concepteurs du plan nourrissaient l’espoir fou qu’en recapitalisant les banques et en rétablissant la circulation du crédit sur le marché interbancaire, les banques allaient à leur tour stimuler l’économie et aider les ménages en difficulté en leur accordant davantage de crédit. C’était une grave erreur.

Lorsque le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars a été adopté par le Congrès des Etats Unis, les concepteurs du plan nourrissaient l’espoir fou qu’en recapitalisant les banques et en rétablissant la circulation du crédit sur le marché interbancaire, les banques allaient à leur tour stimuler l’économie et aider les ménages en difficulté en leur accordant davantage de crédit. C’était une grave erreur. La grande majorité des banques ayant reçu des fonds publics (ou une aide publique quelle qu’en soit la nature) se montrent très réticentes à accorder des crédits, par peur que leur position ne se détériore davantage si les nouveaux emprunteurs font défaut ou si l’état de l’économie empire.

 

D’un surplus de crédit et d’une prise de risque excessive, nous avons donc, en quelques mois, basculé dans l’excès inverse. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le TARP (plan Paulson, dont la première partie, d’un montant de 350 milliards de dollars, a déjà été distribuée) n’impose aucunement aux banques ayant bénéficié de l’aide et des fonds publics de rendre compte au gouvernement américain de la façon dont cet argent a été employé. Une étude révélée le New York Times révèle d’ailleurs que fournir des crédits à l’économie ne compte pas parmi les priorités actuelles des banques. En plus de reconstituer leurs fonds propres, certaines (dont on espère qu’elles ne sont que des cas isolés) en seraient même à élaborer des stratégies pour étendre leurs activités à la faveur de la crise… Les milliers de personnes surendettées et menacées d’expropriation peuvent attendre.

 

En France, les banquiers, bien qu’ayant finalement renoncé à accorder des primes exorbitantes à leurs dirigeants, ne paraissent pas plus enclins à se laisser dicter leur politique de crédit par l’Etat. La gesticulation médiatique de Nicolas Sarkozy ne semble pas non plus les empêcher de réaliser des marges confortables sur les découverts et les crédits à la consommation (Article du Canard enchaîné, mercredi 21 janvier).

 

Lundi dernier, les parlementaires membres du « Treasury Select comittee » anglais ont demandé au gouvernement britannique de rendre compte de la façon dont l’argent destiné à recapitaliser les banques a été employé. Partout, la pression politique exercée sur les banquiers s’accentue à mesure que les économies s’enfoncent dans la récession. Coincés entre une opinion publique révoltée par l’irresponsabilité de certains banquiers et la nécessité de limiter leur implication dans le fonctionnement des marchés, les politiques louvoient entre les exigences contradictoires et tentent de ménager la chèvre et le chou. Certains, comme Nicolas Sarkozy, communiquent à tout va pour envoyer des signaux forts à l’opinion publique et tenter de contenir la révolte qui gronde en montrant leur détermination. Mais pousser les dirigeants des grandes banques à renoncer à leur bonus ne les encouragera malheureusement pas pour autant à prêter davantage. Le pouvoir politique se heurte quotidiennement à ses propres limites : celles qui délimitent un marché qu’il a été incapable de réguler et dont il n’a pas su maîtriser les dérives.

 

Voir le tableau du New York Times où sont répertoriées toutes les banques ayant reçu des fonds du plan Paulson: http://projects.nytimes.com/creditcrisis/recipients/table

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