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Billet de blog 26 mars 2009

Sarkozy et la « moralisation du capitalisme » : Une savante mise en scène de l’action en vue de la campagne présidentielle 2012

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L’effondrement de la cote de popularité du président de la république semble favoriser la prolifération des absurdités populistes dans ses discours. A coup de dénonciations indignées de la cupidité des grands patrons, le président ne tente pas seulement d’utiliser la frustration de l’opinion publique pour tenter de se remettre en selle : il semblerait qu’il soit en train d’opérer, de façon imperceptible, un revirement idéologique dont les semaines à venir nous permettront sans doute de mesurer l’ampleur (j’aurai l’occasion d’y revenir dans un prochain billet). Cela ne saurait surprendre un observateur averti, qui aura tôt fait de répliquer que le président n’est pas un idéologue, et que s’il méprise les idées, il ne manque pas de s’en servir lorsque la nécessité s’en fait sentir. Peu importe l’idéologie, pourvu qu’elle soit compatible avec les intérêts immédiats du pouvoir. Mais justement : celui qu’on présentait comme l’ami des grands patrons, cet admirateur du modèle américain de l’entrepreneur, éternel promoteur des valeurs du travail et de la juste rémunération de la prise de risques, semble poursuivre l’imperceptible glissement idéologique entamé à Toulon au début de la crise. En témoigne le discours prononcé mardi soir devant un parterre de partisans disciplinés sur le ton d’un général remotivant ses troupes avant la bataille.

Ce qui nous intéressera ici, ce n’est pas le contenu idéologique dudit discours, car nous l’analyserons plus tard, mais sa forme, et le contexte dans lequel il a été organisé.

La méthode, elle, ne change pas : désigner l’ennemi, les boucs émissaires (patrons et banquiers cupides, manifestants « qui, eux, peuvent se permettre de faire grève », bandes organisées…), puis faire des concessions

Le discours présidentiel, faute de contenu, a révélé toute son importance dans sa forme : cette gesticulation savamment orchestrée et généreusement applaudie s’est voulue un symbole du volontarisme présidentiel, nouveau jalon posé en vue des prochaines élections présidentielles, que le président ne manquera pas de rappeler au bon souvenir de son électorat le moment venu. Un symbole de volontarisme, peut-être, mais certainement pas de « courage » : s’il avait réellement voulu conférer à son discours une vraie valeur symbolique, ce serait dans une usine, devant les ouvriers qui sont les premiers à contester sa politique économique et sociale, que Nicolas Sarkozy serait allé justifier sa politique, au lieu de se confronter à un public acquis à sa cause.

Il apparaît donc que ce discours constitue un exercice de communication davantage tourné vers l’avenir, dans le sens où il se destine à forger une sorte de mythe sur lequel le président et certainement futur candidat à sa propre succession en 2012 espère pouvoir s’appuyer pour sa campagne. C’est tantôt David contre Goliath, le petit nicolas contre le grand méchant capitalisme, tantôt le « capitaine du navire qui reste à son poste et doit recevoir la première vague », le patron dont la bienveillance et la fermeté rappellent étrangement un paternalisme social dont on n’aurait pas cru qu’il ressurgirait sous le règne du président Sarkozy. Loin de faire partie de l’action présidentielle, ce discours est la mise en scène, en vue de son utilisation future, de l’image qu’il souhaitera donner à la France de cette action. Nicolas Sarkozy est peut être le premier président à avoir compris à la fois l’importance des images et des discours (et ce, quel que soit le contexte, puisque les médias de masse ont de moins en moins le temps, l’envie et les moyens de procéder à une remise en contexte appropriée et systématique des actes et des mots dont ils nous assomment à longueur de journée), mais également à avoir mesuré l’ampleur de l’amnésie politique des citoyens français qui, s’ils pardonnent rarement, oublient souvent (c’est peut-être pourquoi tant d’hommes politiques français ont une carrière extrêmement longue, et ce d’autant plus que leurs côtes de popularité sont volatiles).

Nicolas Sarkozy a compris que le pire, en politique, c’est de ne susciter que l’indifférence : il ne s’inquiète pas outre mesure de l’effondrement de la confiance que les français lui accordent et mise donc habilement sur un plan de relance à minima (à peine 10 milliards d’euros en réalité, donc bien moins que ce que recommande le FMI), sachant le peu de marge de manœuvre dont il dispose face à une crise mondiale dont personne ne sait quand et comment nous allons en sortir, afin de maximiser les bénéfices qu’il pourra tirer en termes de popularité si, par miracle, la conjoncture économique s’améliorait dans les mois à venir. Il est d’autant plus probable que cette méthode fonctionne qu’en cas de reprise de la croissance économique, l’absence totale d’instruments et d’études sérieuses mesurant l’effet économique du plan de relance facilitera grandement l’appropriation de l’embellie économique par le président à des fins politiques et électoralistes.

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