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Billet de blog 27 janv. 2009

Pourquoi Nicolas Sarkozy devrait-il s'inquiéter?

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Pourquoi Nicolas Sarkozy peut-il et doit-il s’inquiéter de la crise économique et sociale actuelle plus que ses homologues européens ?

On ne peut, en effet, le considérer comme responsable des dérives du capitalisme. Au contraire, il a pris soin de se détacher rapidement, à travers des attaques virulentes et largement relayées par les médias, des banquiers et dirigeants d’entreprise dont il semblait pourtant si proche aux débuts de son mandat. Il a mis en place une stratégie de communication assez remarquable pour effacer des mémoires la proximité intellectuelle qu’il a toujours entretenue avec les tenants du capitalisme libéral. Il a même presque fait oublier son plaidoyer de 2006 pour l’importation en France du modèle hypothécaire d’acquisition de logements américains, dont on connaît aujourd’hui les dégâts qu’il a provoqué sur l’économie mondiale…

Non, on ne peut pas reprocher à notre président la crise économique actuelle. En revanche, on peut le tenir pour responsable des choix politiques qu’il a effectués depuis le début de son mandat. On peut également lui reprocher les conséquences sociales de la politique menée par les gouvernements dont il a fait partie sous la présidence de Jacques Chirac. Or ces conséquences, quelles sont elles ?

L’activisme présidentiel, en cherchant constamment à étendre la sphère d’influence du politique au détriment des structures sociales traditionnelles d’encadrement (notamment des syndicats, mais également de tous les échelons administratifs intermédiaires, etc.), en voulant faire croire que l’élu du peuple peut et doit intervenir sur tous les sujets, nie l’autonomie de l’individu en lui retirant les pouvoirs politiques et économiques qui lui permettent de trouver sa place dans la société.

L’exécutif a procédé à une destruction et une décrédibilisation systématique de ce qui pouvait, en période de crise sociale, le protéger d’un peuple révolté (à commencer par son propre gouvernement): la régulation des conflits ne peut alors plus s’effectuer, en l’absence de structures médiatrices crédibles, que par une confrontation verticale directe entre les détenteurs du pouvoir et les individus.

En cherchant à reconquérir une légitimité que le politique semblait avoir perdue, Nicolas Sarkozy a voulu établir un lien direct, non pas entre pouvoir politique et électeur, mais entre le Palais de l’Elysée et le « sondé ». Il a constamment cherché à contenter les groupes d’intérêts corporatifs (aux revendications contradictoires) au détriment du citoyen et de ses droits. Cela n’a entraîné qu’une fuite en avant : restreignant les libertés (notamment grâce à sa politique sécuritaire) tout en multipliant les concessions pour satisfaire tout le monde et désamorcer la violence, il a enchaîné les sorties médiatiques et trop joué des effets d’annonce en proposant toujours plus de lois inutiles et bavardes.

Comment un président qui se vante qu’ « aujourd’hui, quand il y a une grève, on ne s’en aperçoit même pas » peut-il ne pas avoir peur quand les syndicats qu’il a soigneusement contournés, instrumentalisés et décrédibilisés, appellent à une journée de protestation commune contre sa politique ? Aujourd’hui, les conflits sociaux se transposent directement dans le champ politique simplement parce que les mécontents ne voient pas d’alternative pour être entendus du pouvoir. Et notre président, soucieux d’incarner le pouvoir, semble dès lors l’interlocuteur direct naturel en période de crise.

Les échecs du système économique se traduisent directement par un désaveu du politique parce que le politique s’est comporté comme un dirigeant d’entreprise, revendiquant l’autorité au-delà de ce que sa légitimité électorale lui apporte. Un Etat qui se veut paternaliste, autoritaire, omniscient et omnipotent ne peut pourtant ignorer éternellement ses propres limites. Hors, les limites à l’extension du pouvoir politique ne se trouvent pas dans la sphère sociale, mais bien dans le domaine économique : quand les possibilités de recours à l’endettement seront épuisées, quelle marge de manœuvre restera-il au politique ? Le politique ne peut pas tout, il doit faire des choix. Justifier de mauvais choix en prétendant à l’omnipotence (donc à l’inutilité de l’arbitrage entre les différentes possibilités qui lui sont offertes) conduit sans doute, à terme, à affaiblir davantage le pouvoir politique et exacerber la crise sociale qu’il est seul à pouvoir gérer.

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