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Billet de blog 29 janv. 2009

Banquiers et républicains : un suicide politique et économique collectif ?

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Barack Obama n'a pas caché son indignation, hier, à l'annonce des bonus exhorbitants distribués pour l'année 2008 dans nombre de banques américaines. "C'est le summum de l'irresponsabilité" a-t-il souligné.

Alors que les analystes estiment que le PIB américain a baissé, au dernier trimestre, de 5%, et que près de 2 millions d’emplois ont été détruits aux Etats Unis entre septembre et décembre 2008, le monde de la finance semble résolu à ne pas changer ses (mauvaises) habitudes.

Le New York Times révèlait le 29 janvier que les bonus accordés par les banques américaines à leurs employés pour l’année 2008 (sans compter les stock-options) s’élèvent à 18,4 milliards de dollars. Merrill, malgré ses énormes difficultés financières qui vont certainement forcer Bank of America (qui l’a rachetée) à demander de nouvelles aides de l’Etat Federal, a ainsi décidé de distribuer pas moins de 4 à 5 milliards de bonus pour cette année 2008. Au delà du secteur bancaire, la démesure ne semble pas moindre: les dirigeants de grandes entreprises recevront probablement des bonus supérieurs à ceux de l’an dernier.

Pendant ce temps, le gouvernement Obama cherche désespérément des solutions rapides et efficaces pour faire face à la crise. Malgré tous les efforts déployés par le nouveau Président américain pour rallier les parlementaires républicains à son plan de relance de 819 milliards de dollars, aucun n’a voté en faveur de celui-ci. C’est donc à 244 voix contre 188 que le plan a été adopté hier, avec seulement 11 abstentions démocrates.

Par leur vote, les républicains expriment une opposition principalement idéologique au principe même de la relance par l’investissement (qui représente environ 2/3 du montant total, pour 1/3 consacré aux réductions d’impôts), et font preuve d’une hypocrisie incroyable. En effet, comme s’en est étonnée la démocrate Rosa DeLauro, « aucun de ces élus n’a-t-il donc besoin de cette aide pour sa circonscription ? ». En refusant de cautionner la politique économique de Barack Obama, les républicains ont fait preuve d’une irresponsabilité qui pourrait bien passer aux yeux des électeurs pour une approbation implicite des comportements révoltants des banquiers.

(Nous ne reviendrons pas ici sur le débat portant sur l'évaluation des mérites respectifs d'une politique budgétaire de relance par l'investissement ou par la baisse de la fiscalité, car nous l'avons fait dans un précédent billet. Contentons nous de garder à l'esprit les leçons tirées de la crise japonaise et de sa "décennie perdue", à défaut de nous livrer à une comparaison hasardeuse et périlleuse entre la situation actuelle et celle des années 1930.)

Sans aller jusqu'à espérer une « union nationale » peu probable, on aurait pu s’attendre à ce que la gravité de la crise actuelle pousse certains républicains à faire quelques pas en direction du camp démocrate. Rappelons que les mesures prises jusqu’ici pour endiguer la crise financière ont eu peu d’effets. Après avoir nationalisé plusieurs institutions importantes (AIG, Fannie Mae et Freddie Mac), acquis des « titres pourris » de Bear Sterns pour un montant de 29 milliards de dollars et s’être porté garant de plus de 300 milliards de titres détenus par Citigroup, les options offertes aux autorités monétaires et budgétaires américaines semblent s’amenuiser de jour en jour.

Savoir à quelles institutions et sous quelles conditions étendre ces mesures est un problème difficile à résoudre, et ce n’est pas le moindre des soucis du gouvernement actuel. D’autre part, il semblerait que 50 à 100 milliards de dollars issus du plan Paulson puissent être débloqués pour empêcher les expropriations massives, ce qui laisserait 250 milliards pour racheter davantage de titre bancaires pourris. Mercredi, le directeur du Congressional Budget office a estimé que plusieurs centaines de milliards supplémentaires seront certainement nécessaires pour sauver le système bancaire. Des membres de l’administration Obama sont même allés jusqu’à avancer un chiffre plus proche du millier de dollars : c’est bien au-delà des fonds officiellement prévus pour le moment.

En réalité, le principal problème des pompiers de l’économie est que personne n’est capable d’évaluer le montant des pertes totales des banques : tant que les titres pourris ne sont pas vendus, les pertes restent virtuelles. Mais pour qu’on puisse en fixer le prix exact et qu’ils soient vendus, il faudrait qu’il existe un marché pour ces titres. Or les acquéreurs potentiels ne se bousculent pas. Certains analystes (démocrates) parlent de 3 à 4000 milliards de dollars. Il est évident que de tels montants ne pourraient être absorbés sans déstabiliser considérablement l’économie américaine, et monsieur Summers a exprimé de vives inquiétudes à ce sujet. Selon lui, acheter trop de titres pourris pourrait finir par causer un effondrement du dollar face aux autres monnaies.

Reste l’idée de séparer les « bonnes banques » des « mauvaises » : là encore, on se heurte au problème de la valorisation des titres « toxiques ». On ne sait pas vraiment non plus comment choisir les critères de sélection des titres candidats à un rachat par l’Etat…

Les choix qui vont devoir être faits dans les semaines à venir sont extrêmement complexes, et auront certainement leur lot de conséquences néfastes pour l’économie mondiale. Car il n’existe, dans cette crise, pas de solution miracle. Il faudra donc choisir la voie la moins mauvaise. Le plus important reste doncde minimiser les dégats (qui sont déjà extrêmement lourds) et surtout d’agir rapidement. Si le poids du plan de relance adopté se révélait ne pas être à la hauteur des besoins de l’économie, alors les américains pourraient considérer qu’ils ont simplement jeté des centaines de milliards par les fenêtres et se préparer, au mieux, à une phase de récession puis une période de stagnation très longue (comme ce fut le cas aux japon dans les années 1990, faute d’action forte et rapide du gouvernement au début de la crise).

Si un tel scénario devait se confirmer, il n’est pas certain que les banquiers assis sur leurs bonus puissent longtemps échapper à une juste révolte sociale. Par contre, les gains politiques potentiels des républicains qui se montrent aujourd’hui peu coopératifs avec les mesures d’Obama sont élevés en cas d’échec du plan de relance. Mais parier sur la défaite à des fins électoralistes, surtout en temps de crise, est peut être encore plus irresponsable que puiser des millions de dollars dans le portefeuille du contribuable américain.

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