Le prisonnier politique français Antonin Bernanos, va être libéré

La décision est tombée hier : pas de prolongation de la détention provisoire du militant antifasciste Antonin Bernanos. Jeudi à 14h se tenait son audience, alors qu'il était enfermé depuis avril dernier, après une bagarre de rue avec des militants d’extrême droite. Les nombreux soutiens venus au tribunal dénoncent l’acharnement politique des juges et l'autoritarisme du gouvernement.

Geneviève Bernanos, Amal Bentounsi et Yessa Belkhodja au micro de Révolution Permanente, jeudi 1er août, devant le tribunal de Grande Instace de Paris après l'audience du militant antifasciste Antonin Bernanos. © Chloé Valls Geneviève Bernanos, Amal Bentounsi et Yessa Belkhodja au micro de Révolution Permanente, jeudi 1er août, devant le tribunal de Grande Instace de Paris après l'audience du militant antifasciste Antonin Bernanos. © Chloé Valls

"Prisonnier politique", "isolement médiatique", "baluchonnage".

Ces mots sont prononcés par l’avocat d’Antonin Bernanos, Arié Alimi. Il dénonce les mesures judiciaires et de détention exceptionnelles d'Antonin depuis 3 mois et demie. Selon lui, le parquet veut exercer une pression et une intimidation politique sur le militant, pour dissuader plus largement les militants des mouvements sociaux opposés au gouvernement. La décision d’hier de ne pas prolonger sa détention provisoire après le 17 août est un soulagement. Antonin sortira de prison et sera assigné à résidence avec un bracelet électronique. Toutefois, la possibilité d’appel du parquet n’est pas à exclure et la défense appelle à rester vigilant.

En Avril dernier, une bagarre de rue a lieu entre des militants antifascistes dont fait partie Antonin Bernanos, et des militants d’extrême droite de Génération Identitaire et des Zouaves. L’un d’eux, blessé, porte plainte contre Antonin, qui clame son innocence. Quatre des militants antifascistes sont relâchés et placés sous contrôle judiciaire, mais Antonin est détenu à la prison de Fresnes depuis le 18 avril.

Accusé de  “violence commise en réunion” et de “vol avec violence”, il a été à l’isolement deux mois sans voir personne, puis déplacé à la prison de la Santé et un éventuel transfert hors île-de-France était envisagé. Ces mesures exceptionnelles, appelées "baluchonnage", viseraient à briser le moral du détenu. La possibilité d’un éloignement avec bracelet électronique avait été validée dès le début, mais le juge ne l’a pas considérée. Normalement, la détention provisoire est décidée en attente du procès final, quand il y a un risque que l’accusé s’enfuie ou qu’il mette en danger les témoins. La mère du prévenu, Geneviève Bernanos, accuse aussi la juge de ralentir la procédure judiciaire.

“C’est exceptionnel, parce que pour une simple bagarre de rue, et un dossier qui est profondément vide, ne pas considérer qu’un éloignement avec bracelet électronique est suffisant, personnellement, j’ai rarement vu ça”. Arié Alimi, son avocat, au micro de Quartier Interdit.

La dénonciation d’un pouvoir judiciaire dépendant du pouvoir exécutif, avec le rôle des procureurs.

Des 80 personnes présentes en soutien au tribunal hier après-midi, une quinzaine a pu entrer dans la salle, trop petite. Mais l’audience s’est finalement tenue à huis clos. La procureure, représentante du gouvernement, a demandé une réquisition spéciale, validée par la juge des libertés et de la détention, Isabelle Lemaire.

“Quand des juges, des magistrats, décident de mener leur débat à huis clos, c’est qu’on ne veut pas rendre de compte au peuple des arguments qui sont avancés.” a déclaré Geneviève Bernanos à Taha Bouhafs, journaliste à Là-bas si j'y suis.

Au tribunal de grande instance de Paris, sa famille et le collectif des Mères Solidaires, co-fondé par la mère d'Antonin et Agnès Méric, mère de Clément Méric tué lors d'une rixe avec des militants d'extrême droite le 5 juin 2013, étaient accompagnés de nombreux soutiens.

Amal Bentounsi soeur d’Amine Bentounsi tué par la police le 21 avril 2012, du collectif Urgence notre police assassine; Yessa Belkhodja du Collectif de Défense des Jeunes du Mantois, les 152 lycéens interpellés à Mantes-la-Jolie; Le Comité Adama avec Youcef Brakni; des Gilets Jaunes et de nombreux militants étaient présents. Ces différents acteurs de la société civile sont là eux aussi pour dénoncer ce “procès politique”; mais pas seulement.

Ils dénoncent des pratiques autoritaires et fascistes de la police et du pouvoir judiciaire, notamment dans les quartiers populaires et lors de manifestations. Pour rappel, le bilan de la répression policière depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes est de 2 morts, 5 mains arrachées, 211 blessés à la tête dont 24 éborgnés, et de nombreuses arrestations et emprisonnements, aux procédures souvent invisibles.

Le précédent juge de cette affaire, Charles Prats, avait clairement ciblé les militants antifascistes sur son compte Twitter, qu’il appelle les “nervis d’extrême gauche” et la “peste brune”. Il avait décidé de prolonger la détention d’Antonin Bernanos en s’appuyant notamment sur la marque du pull qu’il portait, pour décrédibiliser son engagement antifasciste et anticapitaliste.

La mère d’Antonin dénonce la proximité de ce juge avec les milieux d’extrême droite, et le fait que les militants d’extrême-droite impliqués dans l'affaire soient libres. Elle exprime sa colère de voir qu’aujourd’hui il est impossible pour son fils de s’exprimer librement, sans que son engagement politique le conduise en prison. Rappelons qu’en France, les procureurs sont nommés par le pouvoir exécutif. 

“Il y a donc un acharnement judiciaire, une volonté de frapper fort, de tétaniser tous ceux qui veulent montrer un autre regard, une autre expression de ce monde qui se prépare à nous. (...) On a des magistrats qui mettent en avant leurs idées politiques, mettent en avant la défense du gouvernement, on l’a vu dans l’affaire Geneviève Legay, où le procureur de Nice a accepté de dire qu’il avait menti pour protéger Monsieur Macron.” Geneviève Bernanos à Taha Bouhafs.

"Toute personne a le droit à la liberté et à la sûreté". La police évacue les individus présents pour soutenir Antonin Bernanos devant la salle d'audience 4.08 du Tribunal de grande instance de Paris, jeudi 1er août. © Chloé Valls "Toute personne a le droit à la liberté et à la sûreté". La police évacue les individus présents pour soutenir Antonin Bernanos devant la salle d'audience 4.08 du Tribunal de grande instance de Paris, jeudi 1er août. © Chloé Valls

 

Le précédent de l'affaire du Quai Valmy et l'acharnement politique.

Déjà incarcéré dix mois en 2016 dans l’affaire du Quai Valmy, Antonin Bernanos serait victime d’acharnement politique, dans deux affaires aux dossiers vides; selon ses avocats. A l’époque, on lui reprochait d’avoir mis le feu à une voiture de police où il y avait deux policiers, lors d’une manifestation contre la loi travail. Cette accusation n’avait qu’un seul témoin anonyme. Suite à une erreur de procédure, on apprendra que le témoin était un policier des renseignements de la préfecture de police. Sur une vidéo de l’attaque, la couleur du caleçon d’Antonin Bernanos, qui aurait été identifiée, sert de preuve.

Concernant l’affaire en cours, selon Libération l’administration pénitentiaire répond à l’accusation d’isolement médiatique que :

“Dans la prison de Fresnes, il y a simplement une zone, isolée du reste de la détention, où l’on place des personnes qui pourraient être prises pour cible par la population pénale, à cause de leur aspect médiatique, ou des raisons de leur incarcération. (...) Il (Antonin Bernanos) a effectivement demandé à ne plus être placé dans cette zone isolée. Voilà pourquoi nous l’avons en juin transféré à la prison de la Santé, beaucoup plus moderne, qui est un établissement moins concerné par la surpopulation”.

Une procédure spéciale qui n'est pas légale selon son avocat Arié Alimi, et dont la décision est laissée aux mains des directeurs de la prison. Déterminés, l’avocat, la famille, les proches et les soutiens d’Antonin maintiennent leurs efforts pour rendre visible ce qu’ils identifient comme des pratiques dangereuses pour les citoyens, la liberté d’expression, et L’État de droit. L'affaire de la mort de Steve Maia Caniço, l'enquête de l'IGPN qui blanchit la police et la rhétorique du gouvernement sur le sujet, font écho ce jeudi dans les murs du tribunal.

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