Pourquoi j'ai choisi de marcher avec le Comité Adama

Cette tribune s’adresse à la classe blanche aisée de notre pays. Le Comité pour Adama organise une marche nationale à Baumont-sur-Oise à 14h30, contre les violences policières et l’autoritarisme, au côté des Gilets Jaunes. Venez les écouter.

Ce comité a été créé après de la mort d’Adama Traore, 24 ans, à la suite d’une interpellation. Porté par la famille de la victime, le Comité se bat depuis plus de deux ans pour que justice soit faite.

J’ai pris la violence policière en pleine face alors que je marchais pacifiquement avec les Gilets Jaunes. Cela m’a poussé à aller écouter ceux qui subissent ces violences et les dénoncent depuis plus de 50 ans. Mais il serait triste que l’expérience de la violence soit la seule condition à un élan solidaire. C'est ce qui me conduit à vous écrire. Blanche et aisée, la manière dont m’ont traité les agents de la fonction publique depuis mon plus jeune âge n’est pas la même que pour un individu noir ou arabe habitant un quartier populaire. Les comportements offensifs des policiers, la disproportion de leur violence, les méthodes et les armes létales utilisées, constituent des pratiques quotidiennes ancrées dans la gestion policière des quartiers populaires. Elles sont parfois légitimées par la loi, qui s’est durcie ces dernières années. Les contrôles au faciès réguliers et les accusations pour outrage et rébellion sont utilisés par la police quand les individus refusent leurs méthodes. Cette réalité est souvent invisibilisée, de même que la vulnérabilité de tout un chacun face à la police dans une affaire judiciaire.

A cause de mon genre, en manifestation ou ailleurs, je suis victime de violences. Je suis régulièrement harcelée et j’ai été plusieurs fois agressée. Pourtant, en droit, c’est illégal. Comme le racisme, et les violences policières corollaires. Cela n’exclut pas que ça existe. L’objectivation de la réalité sexiste, à travers notamment #metoo, a suscité une forte médiatisation, de la compassion, mais aussi de la résistance, du déni, de l’agacement et parfois de la haine. Les mêmes dynamiques sont à l’oeuvre lorsque des militants noirs ou arabes issus des quartiers populaires dénoncent le racisme, et surtout celui de la police. Un individu étranger à ces violences, imaginera que la personne interpellée est toujours coupable. Pas la police. Logique : l'état de droit et le monopole de la violence légitime le confortent dans l'idée que la police fait ce qui est juste. C’est pourquoi il est nécessaire d’écouter les témoignages de ceux qui vivent une réalité différente.

Ces discriminations sont profondément ancrées dans nos modes de fonctionnement individuels et collectifs, à tel point qu’ils peuvent devenir invisibles à nos yeux. Il est ardu de s’extraire d’une société sexiste et raciste, et ce même quand on s’applique à être juste et ouvert d’esprit. C’est tout aussi vrai pour des policiers censés représenter la République et avoir un comportement exemplaire. 

En mars 2019, alors qu’un non-lieu allait être prononcé concernant la mort d’Adama Traore, l’avocat de la famille a obtenu une nouvelle expertise médicale, et début juillet, les premiers résultats d’investigation ont été communiqués. Ils contredisent la version des experts désignés par le juge d’instruction. Adama n’aurait couru que 450 mètres à vol d’oiseau. Il n’aurait donc pas fourni d’effort intense. Sa mort ne serait en rien liée à la maladie. Le plaquage ventral des gendarmes aurait provoqué l’asphyxie due à sa mort. Pour qu’il ne soit pas mort en vain, marchons pour Adama. 

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