«Cette marche n’est pas celle de la famille d’Adama Traoré, c’est la vôtre»

Samedi dernier, pour l'acte 36, la marche historique du Comité Adama a réussi son pari : réunir des milliers de militants différents contre l’autoritarisme et les violences policières. Le début de cette convergence pose la question de la forme organisationnelle du mouvement, et des modes d’action collective à venir. Le Comité appelle à se re-mobiliser à la rentrée.

Gilets Jaunes aux pancartes contre les violences policières, Marche Adama, 20 juillet 2020 © Chloé Valls Gilets Jaunes aux pancartes contre les violences policières, Marche Adama, 20 juillet 2020 © Chloé Valls

Une diversité d’acteurs pour une lutte commune.

Ce samedi 20 juillet à 14 h 30 à Beaumont-sur-Oise, il y a des individus qui ne se réunissent pas d’habitude. C'est le résultat d'un an de travail et de déplacements des militants du Comité Adama à travers la France, pour créer des synergies. Militants des quartiers populaires, Gilets Jaunes venus de plusieurs régions, Gilets Noirs, écologistes, Antifas, associations, mais aussi députés, étudiants et sociologues. Des milliers de manifestants se sont déplacés loin de chez eux, loin de Paris. Certains manifestants venus en bus témoignent avoir été intimidé par des gendarmes qui les ont contrôlés et ont relevé leur identité. 

En jaune et noir dans le cortège, on retrouve Amnesty International, qui dénonce depuis plusieurs années les violences policières et l’existence d’une culture d’impunité de fait pour les policiers en France. Les slogans “Où est Steve ?” retentissent. Steve Maia Caniço a disparu dans la Loire à Nantes le soir de la Fête de la musique, suite à une charge de police. Geneviève Bernanos, fidèle au Comité Adama, est aussi dans le cortège. Co-fondatrice des Mères solidaires et maman du militant Antifa Antonin Bernanos qui est en prison, elle dénonce : “On est face à une répression politique menée par la police, la justice et le pénitentiaire”. Tous marchent au côté des familles de victimes et des habitants de la ville. Pour Assa Traoré et Youcef Brakni du Comité, cette marche est le premier pas vers une convergence plus large, notamment sur la question écologique.

Geneviève Bernanos, mère d'Antonin Bernanos, et co-fondatrice des Mères Solidaires, Marche Adama, 20 juillet 2019. © Chloé Valls Geneviève Bernanos, mère d'Antonin Bernanos, et co-fondatrice des Mères Solidaires, Marche Adama, 20 juillet 2019. © Chloé Valls

Une organisation interne informelle, et une volonté de ne pas se faire approprier.

Sur la scène, les prises de parole des familles de victimes se succèdent avec une émotion contagieuse. La dimension intergénérationnelle que l’on voit sur scène se retrouve dans la composition interne du Comité. Le 11 mai dernier, lors de la réunion d’organisation publique de la marche, à la Bourse du travail de Paris, une grande diversité de militants avait répondu présents. Le manifeste qui énumère les revendications précises de la marche avait circulé pour qu’il soit approuvé par le vote. Assa Traoré explique que le mélange des individus dans la marche est un tournant, mais que ce n’est que le début.

Les enfants sur scène, Marche Adama, 20 juillet 2019. © Chloé Valls Les enfants sur scène, Marche Adama, 20 juillet 2019. © Chloé Valls

“Cette marche n’est pas celle de la famille Traoré, c’est la vôtre. Vous pourrez dire que vous étiez là, vous serez dans l’Histoire. (...) On pourra dire : aujourd’hui, les Gilets Jaunes étaient là.” Assa Traoré, soeur d'Adama Traoré et voix du Comité.

Quand le Gilet Jaune, “Fly Rider”, de son nom Maxime Nicolle, prend la parole, il précise tout de suite qu’il n’est pas un représentant. Pour lui, contrairement à ce que les médias tentent de montrer, le mouvement des Gilets Jaunes n’a pas de leader. Son intervention tiendra en quelques mots coup de poing :

“Je m’excuse parce que depuis des années vous vivez des choses qu’on vit depuis neuf mois (...) Pardon de ne pas avoir su, pardon de ne pas avoir entendu, pardon d’avoir cru ce que les médias disaient”. Maxime Nicolle alias Fly Rider, Gilet Jaune.

Les exemples de la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 et de SOS racisme, sont présents dans la mémoire des militants du Comité Adama. Ils ne veulent pas que leur lutte soit appropriée par un parti politique qui pourrait s’en servir pour servir ses intérêts propre, plutôt que ceux des individus directement concernés. De nouveaux résultats des investigations demandées par l’avocat de la famille Traoré, Yassine Bouzrou, devraient émerger à la rentrée. Le Comité appelle toutes les forces réunies à continuer le combat.

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