Les rues du centre de Rio en flammes

Face à la montée et à la répétition des manifestations qui n´en finissent pas au Brésil, certains investisseurs se sont réunis début octobre avec la Présidente Dilma Rousseff pour faire part de leurs préoccupations en vue des événements qu´ils organisent en marge des matchs de football de la prochaine coupe du monde. Les autorités se devaient donc de donner une réponse rapide non seulement pour ces investisseurs mais aussi sur le plan politique en vue des prochaines élections présidentielles en 2012. Comme en France où le débat se focalise sur l´extrême droite, un professeur interrogé par un journaliste soulignait que cette répétition de manifestations exaspérait une partie de la population et qu´une montée de l´extrême droite allait se traduire dans les urnes.

La manifestation du 15 octobre avait été prévue de longue date. En effet, au Brésil, le jour du professeur y est célébrée et c´était un moyen de commémorer cette date spéciale. Des dizaines de manifestations se déroulaient presque au même moment dans les principales capitales régionales. Les objectifs étaient d´une part, les améliorations autour du secteur de l´éducation et d´autre part, une augmentation des salaires et revalorisations.

À Sao Paulo, des étudiants et des professeurs de l´Université Fédérale (principale université du pays) défilaient  tranquillement et pacifiquement. À Rio de Janeiro où la grève des professeurs du réseau municipal d´éducation dépasse les deux mois de grève, reconduite à l´unanimité dans la matinée, des défilés avaient été organisés à l´appel du syndicat des professionnels de l´éducation et se déroulaient dans une ambiance bon-enfant autour de débats organisés à même la rue au nom de « camarades ». Cependant, petit à petit, d´autres types de manifestants s´aggloméraient et s´installaient en tête des différents cortèges, les Black Blocs, les manifestants les plus radicaux habillés en noir le plus souvent cagoulés de manière à cacher leur visage et qui n´hésitent pas à affronter la Police et à s´attaquer aux symboles du monde libéral : les vitrines des agences bancaires saccageant les DAB/GAB, les vitrines des concessionnaires de voitures,celles des chaînes de grands magasins, celles des magasins de luxe, etc.

En face, une véritable armada de policiers lourdement armés, très mal formés issus de tous les corps de Police, bataillons de choc, C.R.S., Police militarisée, etc. prêts à en découdre avec les manifestants sans protéger et distinguer ceux qui défilent pour défendre leurs droits à une meilleure éducation et ceux qui résistent et se radicalisent face aux méthodes répressives de la Police provoquant un fort sentiment d´indignation entre tous les manifestants.

Les deux plus grandes manifestations se déroulaient à Sao Paulo et à Rio. À Sao Paulo, tout a dégénéré rapidement vers 19h quand les policiers en grand nombre sont intervenus à l´aide de gazs lacrymogènes et de bombes pour disperser la foule. Les étudiants, professeurs de l´USP et blacks blocs ont paniqué et se sont alors réfugiés dans un grand magasin de décoration. Une grande confusion a éclaté, retransmis en direct à la télévision GLOBO News. Les policiers sont entrés et on a vu une dispersion de la foule qui courait dans tous les sens. Certains réussissaient à s´échapper, d´autres étaient arrêtés par la police, allongés par terre, menottés et arrêtés pour être ensuite emmenés au poste de police. Au même moment, à Rio de Janeiro, les autorités avaient décidé de faire place nette. Alors que la manifestation se déroulait pacifiquement et tranquillement, des bombes tous azimuth tombés du ciel, jetées par des policiers placés sur les toits des immeubles mais aussi des policiers placés dans la rue pour protéger la chambre municipale. La dispersion des manifestants était rapide et une grande confusion régnait. Ondéplorait quelques blessés, d´épaisses fumées blanches et on voyait certains manifestants s´armés de tolles, de planches retirés des magasins alentour qui craignaient avec raison des actes de vandalisme. La police mettait fin très rapidement à la résistance avec une violence disproportionnée. Les rues du centre de Rio étaient en flamme, les sirènes des voitures de police retentissaient et un flux d´images incessant à la télé était impressionnant. On assistait en direct au Big Brother de la violence à Rio avec des caméras placés partout au centre ville, des vues d´hélicoptère, des images des médias alternatifs sur Internet à travers les journalistes qui filmaient tout. La Police avançait mais les manifestants résistaient.

Très vite, les plus courageux et déterminés reprenaient place sur les estrades de la Chambre Municipale de Rio. Une bombe explosait de nouveau et les manifestants se dispersaient et certains en profitaient pour incendier une voiture de la Police, casser des téléphones publics, des vitrines des banques, casser des distributeurs automatiques, etc. Après de vives  confrontations entre les manifestants et les différents corps de Police, la violence augmentait de part et d´autre. Au même moment, le Ministre du Suprême Fédéral annonçait la décision de supprimer le non-versement des salaires des professeurs de Rio comme cela avait été décidé la semaineprécédente.

Le Maire de Rio de Janeiro, Eduardo Paes, intransigeant et systématiquement hué parmi tous les manifestants se dit prêt à s´installer à la table des négociations à condition que la grève des professeurs prenne fin. Le matin même, près de 5000 professeurs décidaient du contraire. C´est un bras de fer qui dure où on voit d´un côté une résistance et une détermination à toute épreuve incarnés par les professeurs et les Blacks Blocs qui la semaine dernière avaient reçu officiellement l´appui du syndicat de professeurs dans une lettre qui les remerciait de manière inconditionnelle et de l´autre des autorités qui refusent d´écouter, menacent et utilisent des moyens répressifs pour mettre fin à n´importe quel prix aux revendications légitimes d´amélioration du système d´éducation et de placer cette priorité au coeur du débat national. Au Brésil, aucun débat n´est proposé sur les principales chaînes de télévision.

Dans un troisième acte, après avoir par deux fois repoussé les manifestants devant la chambre municipale des conseillers municipaux de Rio, devant les policiers qui reculaient, le bataillon de choc est entré en action, a agressé et frappé des journalistes. La confusion s´est accrue, des policiers ont pointé leurs armes vers les manifestants, cela devenait incontrôlable et d´une tension extrême. Un cordon de policiers s´est formé et ont encerclé les manifestants qui s´étaient de nouveau assis sur les strades. Le bataillon de choc les a tous arrêtés. On a vu alors 7 bus emmenés tous les manifestants fouillés systématiquement et les manifestants criaient un slogan provocateur : « on doit étudier, on doit étudier pour ne pas devenir policier ». Les avocats de l´OAB de Rio (ordre des avocats du barreau de Rio) se voyaient refuser l´accès aux manifestants qui étaient emmenés de force pendant qu´ils hurlaient leur indignation et leur révolte. Les héros du jours n´étaient pas des footballeurs qu´on emmenait à la finale de la coupe du monde mais des êtres humains dignes qui veulent simplement de meilleures conditions d´éducation. Une mère hurlait pour passer et voir son fils mineur fait prisonnier. La Police l´empêchait de le voir, le commandant du bataillon refusait de lui parler et dans une ultime tentative, la mère essayait de se faire arrêter en insultant délibérement les policiers… sans succès. Le convoi de bus forçait le passage au milieu des autres manifestants solidaires.

Selon un journaliste « MediaNinja », un des médias alternatifs qui s´est créé pourcontrebalancer la mainmise du média Globo créé en 1965 pendant la dictature, qui a su prospérer grâce aux faveurs politiciennes et qui est détesté par une grande partie de la population pour son traîtement orienté de l´information, les manifestants allaient être accusés de crime en bande organisée (formação de quadrilha). Depuis août 2013, une loi a été approuvée, elle permet de condamner les manifestants et ils risquent de 3 à 8 ans de prison. Le journaliste montrait également un manifestant qui avait réussi à récupérer deux douilles de tir à balles réelles. Ces deux douilles allaient faire l´objet d´une expertise. Les avocats allaient déposer plainte pour agression. Pendant ce temps là, deux camions à bennes se chargaient de tout nettoyer au plus vite.

Manifestation et répression policière à Sao Paulo : http://www.youtube.com/watch?v=x9Vt9acnDOk

À Rio : http://www.youtube.com/watch?v=-u_gF1ntbQY

 

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