"La France est schizophrène en matière de fraude fiscale"

Un interview intéressant dans le 24Heures de ce samedi 13 avril (journal romand- adresse web : www.24heures.ch) : celui d'Eric de Montgolfier, procureur général de la République (française). 

Au sujet de l'affaire Falciani (informaticien accusé d'avoir volé les fichiers de clients à la HSBC à Genève qui attend de savoir s'il sera ou non extradé vers la Suisse), le procureur livre quelques perles sur le fonctionnement de l'Etat français en matière d'argent. 

Notamment, que sans le Canard Enchaîné,  (encore une fois la presse) il aurait été obligé de remettre à la justice suisse (par le Ministère de la Justice français), les originaux de ces documents (empêchant ainsi de poursuivre les 8000 noms de contribuables français qui s'y trouvaient). Sur ces 8000 personnes, seule une avait déclaré ses avoirs à HSBC au fisc. Le Ministère de la Justice a autorisé le procureur à donner des copies à la Suisse et à garder les originaux suite à ce tapage médiatique. 

Il explique aussi, chose que j'ignorais mais qui me paraît scandaleuse vu de l'extérieur, est qu'en France, "c'est le ministre du Budget qui décide des poursuites en fraude fiscale, et non pas le procureur comme c'est le cas pour les autres infractions pénales (!!!!) Le procureur ne peut poursuivre que les cas de blanchiment de fraude fiscale (comme dans l'affaire Cahuzac)."


Il est donc normal que peu de personnes soient poursuivies pour fraude fiscale parmi les "copains" du ministre en place... et les copains des copains.... Du coup, on comprend mieux l'idéologie régnante de la fraude fiscale vue comme un "sport" plus que comme un délit. 

Et bien sûr, tant qu'on n'a pas assez d'argent pour entrer au club... on ne sait rien de tout ça et on baye aux corneilles. 

Alors journalistes français, vous sauvez l'honneur de la profession et obligez l'Etat à faire justice. C'est quand même le monde à l'envers.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.