L'INTERROGATOIRE DES MILITAIRES DU CAMP BOIRO DE OUATTARA EN CÔTE D'IVOIRE!

Une purge militaire violente se déroule actuellement en Côte d'Ivoire. Alassane Ouattara s'évertue à y confisquer le pouvoir d'Etat. J'ai mené une enquête au coeur des interrogatoires musclés des militaires par les bourreaux de Ouattara. Un véritable camp Boiro à l'ivoirienne, de triste mémoire!

L’INTERROGATOIRE DES MILITAIRES DU CAMP BOIRO DE OUATTARA. 

 

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 L'enquête de Chris Yapi

 

Depuis le 23 décembre 2019, le régime de Ouattara s’est lancé dans une entreprise périlleuse : donner l’assaut à ses propres forces de sécurité et de défense. Faussement convaincu à dessein qu’une insurrection était en cours, le clan de Ouattara mal outillé s’est attaqué, et c’est peu dire, à l’armée ! Tout simplement parce que le clan Ouattara se sent surpuissant.

 

Après avoir écrasé l’opposition politique et broyé « son fils rebelle Guillaume Soro », les mots sont d’ADO, il se croit aujourd’hui invincible et risque de manger son totem comme on le dit en Côte d’Ivoire. L’histoire nous le démontre qu’il n’a été heureux, pour aucun régime, de s’attaquer frontalement à la grande muette.

L’on se souviendra de ce Chef d’État qui a tout benoîtement, un matin et par décret, limogé 8 généraux de l’armée. Eh bien, ces 8 généraux se sont concertés et l’ont limogé à leur tour par un coup d’État. Ouattara semble ne pas tirer de leçon de l’Histoire. C’est vrai qu’il n’est pas historien, mais tout de même !

 

Tout près de nous, c’est bien l’acharnement de Guéï Robert et sa poudrière à Akouedo, dirigée par le tristement célèbre Boga Yapi, où il massacrait des éléments des forces militaires qui ont causé sa chute. Si ADO a entrepris depuis belle lurette d’exécuter incognito des soldats, surtout ceux qui l’ont mis au pouvoir et beaucoup sont morts, il semble bien mal inspiré de s’attaquer aux officiers de cette même armée. Sous le prétexte fallacieux d’une prétendue atteinte à la sûreté de l’État, ADO a décidé de s’attaquer aux éléments militaires de la sécurité de Guillaume Soro. Ne vous leurrez point. Il s’agit pour le sécurocrate Téné Birahima Ouattara dit Photocopie et le Général Touré Apalo, Commandant supérieur de la gendarmerie, de trouver après-coup, des éléments pour attester la thèse d’un coup d’État ou d’une insurrection ourdie par Guillaume Soro. 

 

Près de deux mois d’investigation n’ont pas permis d’établir des preuves probantes. Les motifs de l'arrestation des éléments de la sécurité de Guillaume Soro sont incroyables ! Tentative de déstabilisation du régime et attentat à la sûreté de l'État, rien de moins !

En ce qui concerne Fofana le chauffeur de Soro, il lui est reproché d'avoir utilisé le véhicule de JB Kouamé (chef de la sécurité) pour convoyer des armes sur Assinie.

Quant à Logbo Guy Armand, un civil et frère de l’épouse de Guillaume Soro qui tombe des nues, il lui est reproché également d'avoir utilisé une bâchée pour convoyer des armes sur Assinie. Des accusations franchement ubuesques, sans l’ombre d’un soupçon de preuve !

 

Concrètement, que cherche-t-on donc depuis tout ce temps ?

⁃ La preuve que des armes ont été transportées de la résidence de Marcory de Guillaume Soro pour aller les déverser dans la résidence de Guillaume Soro à Assinie. Quelle idiotie ! 

⁃ La preuve que Guillaume Soro a encore des caches d’armes dissimulées partout sur le territoire national.

⁃ La preuve que Guillaume Soro et les éléments de sa sécurité préparaient le 23 décembre dernier un coup d’État.

 

Pour ce faire, voici les questions que le Colonel Dosso, en rapport avec Photocopie et les Généraux Vagondo et Apalo, ont régulièrement posé aux militaires arrêtés, au grand désarroi de ceux-ci :

 

Quels sont leurs liens avec Soro ? 

Depuis quand sont-ils à son service ? 

Ont-ils signé un pacte avec lui ? 

De qui reçoivent-ils leurs instructions ? 

Ont-ils d'autres activités (fermes, transports, plantations et autres qui leur rapportent de l'argent) ? 

Pourquoi sont-ils attachés à leur patron ? 

Est-ce qu'il leur donne suffisamment d'argent ? 

Ont-ils mené des actions de propagande pour sa candidature ? 

Ont-ils des armes cachées chez eux ? 

Guillaume Soro a-t-il des caches d'armes ?

Etc. 

 

Jugez-en par vous-mêmes et faites-vous votre propre opinion. À la première question, si la situation n’était pas aussi tragique, on aurait pu en rire. Vous constaterez vous-mêmes que Guillaume Soro est absent du pays depuis le mois de mai 2019 et que sa résidence de Marcory est restée inhabitée depuis lors, mais sous surveillance des éléments de la sécurité qui se relaient. 

C’est seulement durant la première semaine de décembre 2019 que les services de communication ont annoncé son retour.

Raison pour laquelle le chef de la garde rapprochée, Jean Baptiste Kouamé a battu le rappel de ses troupes. C’est là qu’il a constaté avec effarement que les armes de dotation à la résidence avaient été subtilisées. 

 

Une enquête interne a permis de soupçonner le Sergent-Chef Coulibaly Zié Issouf sans pouvoir le confondre par des preuves. Il est interrogé par le Commandant Jean Baptiste Kouamé et le Commandant de gendarmerie Koné Herman, le 17 décembre. Mais l’intéressé nie les faits. 

Pire, le 22 décembre, Jean Baptiste Kouamé découvre stupéfait que les armes ont été sabotées. Le 23 décembre, l’arrivée de Guillaume Soro est avortée. Le soir même, un mandat d’arrêt est lancé contre lui et sa garde est démantelée. Deux jours après, des armes ont été découvertes à Assinie comme par enchantement, dans la lagune, en face de sa maison.

 

La pertinente question qui aurait dû être posée, non pas au Commandant Jean Baptiste Kouamé, mais plutôt au Sergent-Chef Coulibay Zié était de savoir où étaient passées les armes volées à la résidence de Marcory et pour lesquelles il a été soupçonné ? Non, le Sergent-Chef Coulibaly Zié est vite entendu et relâché. 

Au surplus, comment les éléments de la sécurité de Guillaume Soro qui étaient en rupture de stocks d’armes le jour de son arrivée, idiotement, auraient-ils pris des armes de sa résidence de Marcory, alors qu’elle était déjà assiégée depuis le matin, comme l’attestent les vidéos de cette folle journée, pour aller les déposer dans la lagune en face de la maison d’Assinie de leur patron ? Mystère.

 

En ce qui concerne les supposées caches d’armes que Guillaume Soro posséderait encore, comment comprendre que malgré la surveillance accrue dont il fait l’objet ainsi que ses hommes, on n’ait rien découvert depuis mai 2017 ? Absolument rien, malgré les drones dont on nous disait pourtant qu’ils étaient de la dernière génération et capables de découvrir des armes même enfouies dans le sol ? Ces drones, trois ans durant, n’ont rien découvert. 

 

Enfin, la troisième accusation est la plus farfelue. On accuse Guillaume Soro de vouloir faire une insurrection avec pour seul élément au dossier, une bande sonore enregistrée depuis 2017 par un certain Olivier Bazin, une barbouze bien connue qui n’est pas à son premier fait d’armes. Comment expliquer que depuis 2017 rien n’ait été entrepris pour dénoncer Guillaume Soro et qu’il ait fallu attendre qu’il se déclare candidat après avoir créé un mouvement politique ? Mieux, pour les experts en sécurité, tout le monde sait qu’une insurrection est la chose la plus aléatoire qu’il soit. On ne décrète pas une insurrection,  généralement elle ne relève pas d’un mot d’ordre. C’est le peuple qui se soulève spontanément.

 

La partie est rude pour le Général Apalo qui a le rôle de Ponce-Pilate, puisqu’on lui demande de trouver de quoi accuser Guillaume Soro. Je vous l’avais dit : les colonels Kobo et Yeo seraient interrogés et arrêtés, ce mardi 17 mars 2020. Peu ont cru à mes propos. Les faits, cependant me donnent raison. 

Mais, bien qu’ayant été prévenus, fuir aurait accrédité les mensonges et la thèse du complot selon eux. Ces braves soldats ont donc choisi d’affronter leur destin. Si servir la République est un crime, alors que cela soit !

Ces officiers qui ont été dans la rébellion et à un moment donné affectés à la sécurité de Guillaume Soro ont été interrogés sur la prétendue cache d’armes et l’insurrection que Soro fomentait supposément.

 

Ce qu’il faut savoir, c’est que depuis le mois de janvier 2019, ces deux officiers avaient été relevés de leurs fonctions auprès de Guillaume Soro. À cette époque déjà, on cherchait à dépouiller Guillaume Soro de sa sécurité et le rendre plus vulnérable à toute tentative d’assassinat. C’est d’ailleurs pourquoi, ce dernier se sentait plus en sécurité à l’extérieur qu’en Côte d’Ivoire.

 

Revenons à la journée de ce mardi 17 mars 2020. Le Colonel Kobo a été longuement interrogé de 9h à 18h sans interruption. On lui demandait d’avouer et de dire tout ce qu’il savait de Guillaume Soro : ses connexions,  ses supposées d’armes et ses intentions. Ensuite, ce fut au tour du Colonel Yeo, d’être cuisiné aux alentours de 18h jusqu’à 1h du matin.

 

Après ces interrogatoires, le cruel Colonel Dosso en charge de l’enquête fit venir le Commandant Jean Baptiste Kouamé et le Capitaine Konda pour faire des confrontations entre ces officiers supérieurs. Il les a soumis à des humiliations jamais vécues dans notre armée. 

Ce qui révolte la troupe, c’est le silence coupable de la hiérarchie militaire, notamment le Chef d’État-major, le général Doumbia Lassina. C’est triste de voir qu’il laisse des Officiers supérieurs se faire malmener et humilier par des gendarmes zélés, sans foi ni loi et parfois moins gradés qu’eux. Les militaires de Côte d’Ivoire se sentent humiliés par ces enquêtes à n’en point finir. La division est grande dans l’armée et le Général Touré Apalo aura tôt ou tard du soucis à se faire. Une grogne sourde commence à se faire sentir depuis l’annonce de la non-candidature d’ADO. Les soldats se sentent trahis par le Président, car il leur avait promis à maintes reprises, surtout aux « huit mille quatre cents », une villa comme récompense pour l’avoir installé au pouvoir. Au lieu de cela, c’est la torture et la prison qui leur sont servies.

 

À 7 mois du départ d’ADO de la Présidence de la République, les soldats se rendent compte qu’il ne tiendra pas sa promesse, pire il est en train de les mettre aux arrêts et surtout tout porte à croire que les charismatiques ex-chefs de guerre seront arrêtés tous sous de faux prétextes. 

 

Je vous le dis encore, tous les chefs militaires qui ont servi avec Guillaume Soro seront arrêtés. Après les interrogatoires des Colonels Kobo et Yeo, le prochain sur la liste est le Colonel Vétcho pour avoir été le Chef d’État-major particulier de Guillaume Soro. Il se dit qu’il en sait beaucoup et qu’il aurait, lui aussi, des caches d’armes. 

Avec certitude, le Capitaine Soro Yacouba, le réputé armurier fera l’objet d’une convocation dans les heures qui suivent. Même, le colonel Chérif Ousmane ne sera pas épargné, car on le dit sournois. Je l’ai déjà dit, tous les chefs de guerre seront arrêtés, à l’exception de Koné Zacharia qui est l’homme lige du régime Ouattara. Il est passé maître dans l’art de dénoncer ses frères d’armes. Si ADO voulait entendre raison, il ferait mieux d’être précautionneux avec l’armée. On ne touche pas impunément à la grande muette, surtout aux Officiers.

 

En dernière minute, nous apprenons que les Colonels Kobo et Yeo ont été relâchés in extremis aux environs d’1h du matin, mais demeurent à la disposition des enquêteurs. Cela signifie qu’ils peuvent à tout moment faire l’objet de nouvelles convocations et possiblement d’arrestations. Quant au Commandant Jean Baptiste Kouamé, il est retourné dans sa cellule où il vit le supplice depuis un mois et demi.

 

 CHRIS YAPI NE MENT PAS.

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