CHRIS YAPI TÉMOIGNE : LA SÉPULTURE DISPUTÉE DE CHARLES KOFFI DIBY.

Les obsèques du Ministre Charles Koffi Diby ont été l’objet d’une dispute entre Bedié et Ouattara à Bouaflé.

CHRIS YAPI TÉMOIGNE : LA SÉPULTURE DISPUTÉE DE CHARLES KOFFI DIBY. 

 

deuil-diby-koffi

En Afrique, les funérailles sont généralement l’occasion de retrouvailles et de réconciliation. Hélas, la sépulture de Charles Koffi Diby n’aura pas réussi à calmer le contentieux entre les présidents ADO et Bédié. Les deux Chefs d’État se sont soigneusement évités durant ses obsèques. Il est important de bien comprendre les enjeux qui ont entouré les funérailles de ce serviteur de l’État. Charles Koffi Diby est mort de maladie, mais aussi et surtout de stress et d’amertume. Ses intimes affirment que M. Diby est mort en maudissant le Président Ouattara qui, selon lui, le mettait dans une horrible posture. M. Diby n’a jamais compris pourquoi le Président Ouattara le forçait à renier ses convictions politiques, c’est-à-dire celles du PDCI-RDA.

 

En effet, ADO avait donné un ultimatum au Ministre Charles Koffi Diby : il devait obligatoirement, soit rejoindre le RHDP et avoir la vie sauve (en quelque sorte), soit démissionner du Conseil Économique, Social et Environnemental. Cela signifiait donc de trahir son épouse, le PDCI et son mentor, le Président Bédié. Il est clair que le Ministre Diby a ressenti cela comme une grosse humiliation et une atteinte à sa dignité. Son honneur n’a pu supporter cela et M. Diby est mort. Le croque-mort Alassane Ouattara, non content d’avoir achevé le supplicié Diby, a voulu honteusement faire une récupération de sa dépouille. Feu Houphouët-Boigny avait raison lorsqu’il disait que « les morts n’ont pas droit à la parole ». 

 

C’est donc une véritable bataille qui allait se jouer autour de la dépouille du Ministre Diby entre le PDCI-RDA et le RHDP unifié, mais avec des objectifs et enjeux différents. 

ADO voulait utiliser la mort de M. Diby pour faire la campagne électorale de son poulain Amadou Gon dans le centre du pays, tandis que Bédié voulait tout simplement enterrer dignement son fils. Affecté par cette perte, le Président Bédié qui n’avait pas l’âme à jouer la comédie a refusé de croiser ADO à ces obsèques. Les deux hommes se sont alors évités. ADO qui croyait qu’il réussirait à humilier Bédié à l’enterrement du Ministre Diby à Bouaflé a dû se raviser. 

À ce sujet, le Président Alassane Ouattara confiait à son clan : « Oh, vous savez, Bédié est ruiné. Il ne pourra rien contre moi. Je donnerai 50 millions et les Baoulés qui aiment l’argent vont le huer. » J’ai modestement rapporté cette confidence à un proche du Président Bédié. Je leur ai humblement suggéré de faire un don supérieur à celui d’ADO, sinon cela paraîtrait quelque peu bizarre. Je remercie mon interlocuteur qui a fait passer le message. Parfois, quelques petites missives peuvent sauver une situation.

 

Donc, le jour des obsèques, ADO pensait sortir le grand jeu en annonçant à ses ministres qu’il avait expressément demandé au Président du Togo de venir aux obsèques de M. Diby. Il fallait en mettre plein la vue au Président Bédié qui ne serait pas capable d’avoir un Chef d’État comme hôte. Mais tout cela était faux ! Rien que de la poudre de perlimpinpin. Sachez que le Président Faure est venu à ces funérailles, non pas à cause de Ouattara, mais bien à cause des enfants du défunt Charles Koffi Diby.

En effet, les enfants du Président Faure et ceux de feu Koffi Diby sont très liés et vivent aux USA où ils étudient tous. Ils sont si liés que ce sont eux qui, les premiers, ont informé leur père du décès du Ministre Diby.

Après les salamalecs et le départ des présidents, ce sont les familles Bédié et Diby qui se sont rendues au cimetière. Puis, c’est en vrai chef Baoulé que le Président Bédié a réuni tout Bouaflé dans la cour familiale des Diby et a fait un don 67 millions de FCFA dans la pure tradition baoulé.

Depuis lors, les propos tenus à Bouaflé sont d’une extrême gravité. Toute la ville est unanime sur le fait que c’est le Président Alassane Ouattara qui est responsable de la mort de leur fils Charles Koffi Diby. Tous vous diront que c’est le stress et l’humiliation que Ouattara lui a infligés qui l’ont achevé, car c’était demandé l’impossible à un fils de trahir son « père ». Une ignominie de plus du pouvoir Ouattara !

 

Il y a un autre fait qui est presque passé inaperçu, mais que les yeux de Chris Yapi ont pu capter. C’est la passe d’armes entre le Ministre Amon-Tanoh et le Président Ouattara. Contrairement aux habitudes, le Ministre des Affaires étrangères n’est pas venu dans le cortège officiel du Président. Mieux, le Ministre Amon-Tanoh s’est rendu aux obsèques en tant que membre de la famille Diby.

Il faut dire que les deux hommes, Amon-Tanoh et Diby étaient très proches. Ils se vouaient une amitié sincère et un respect mutuel. Ainsi, le Ministre Amon-Tanoh et son épouse étaient vêtus de l’uniforme des funérailles et tous aussi émus que la veuve éplorée. Le Ministre a assisté Mme Béatrice Diby jusqu’au bout.

 

À l’arrivée du Président sur les lieux où étaient présentées les condoléances, les deux hommes se sont à peine salués, comme s’ils étaient des étrangers. On aurait pu penser que c’était à cause du coronavirus qu’ils ne s’étaient pas embrassés. Mais que nenni. Ce fut une froide poignée de mains. 

Fait notable, lorsque le Président, son hôte, le Président Faure et tout le gouvernement se sont retiré chez le Préfet pour le déjeuner, le Ministre Amon-Tanoh s’est refusé à les rejoindre et est resté avec la veuve chez qui il a pris son repas. Autant dire que l’atmosphère était électrique en l’absence du Président Bédié.

 

Par ailleurs, notons qu’entre Amon-Tanoh et ADO, c’est devenu presque de l’animosité. Pour être franc, le Ministre Amon-Tanoh est un homme de caractère, comme diraient certains : « un vrai Agni fier et digne ». 

En effet, convoqué plusieurs fois par Ouattara pour qu’il se rallie à la candidature de Gon, celui-ci a opposé un refus catégorique. Il estime qu’il est autant méritant qu’Amadou Gon. D’abord, il est son aîné et en plus, il a toujours été fidèle à ADO. Il est un des fils du PDCI et son père était un compagnon de Félix Houphouët-Boigny. Il a abandonné sa famille politique naturelle pour suivre ADO, à un moment où aucun sudiste n’osait le faire. Pourtant, aujourd’hui, il est payé en monnaie de singe.

 

Longtemps Directeur de cabinet d’ADO, aussi bien dans l’opposition qu’à la magistrature suprême et pourvoyeur de fonds, Amon-Tanoh n’a hélas joué que des seconds rôles depuis la prise de pouvoir de Ouattara. En tant que Directeur de cabinet, il a souffert le martyr et a été humilié à de maintes reprises à la Présidence sous les ordres d’un certain Secrétaire général de la Présidence, M. Amadou Gon, qui ne le ménageait guère. 

En plus de cela, le budget de la Présidence lui était interdit, alors il était obligé de se contenter de subsides, lorsque des dépenses somptuaires se faisaient sous ses yeux, là où l’argent coulait à flots. Le seul poste honorable qu’il a pu avoir a été celui de Ministre des Affaires étrangères.

 

En toute honnêteté, Amon-Tanoh a été un vrai supplicié. Même lorsqu’il a voulu le titre de Ministre d’État, ADO lui a préféré son jeune frère Hamed Bakayoko. C’est la mort dans l’âme qu’il a dû se contenter de ce strapontin. Franchement, on aurait pu faire d’Amon-Tanoh un Ministre d’État et le gouvernement en aurait eu deux, mais non. Malheureusement pour lui, il a été victime du concept de rattrapage ethnique d’ADO.

 

Aujourd’hui, Amon-Tanoh est décidé à jouer sa carte. Il est candidat à l’élection présidentielle de 2020 et rien ne changera cela. D’ailleurs, vendredi prochain, il est sensé lancer son propre mouvement et commencer à mettre en branle son équipe de campagne. 

Il est l’une des personnalités politiques ivoiriennes à bien connaître ADO et ses manœuvres dilatoires. 

Aussi, quand ADO a voulu marchander en lui proposant sur le tard, le Conseil Économique, Social et Environnemental, Amon-Tanoh a refusé. Cela lui paraissait indécent, car on ne remplace pas comme ça un ami et frère décédé dans les conditions qu’on sait.  Charles Koffi Diby et Amon-Tanoh étaient deux hommes malmenés et frustrés par le clan Ouattara. 

En plus, Amon-Tanoh a interprété cela comme de la moquerie. Être Président du Conseil Économique pour les sept prochains mois, en sachant que dès qu’Amadou Gon serait élu, il serait l’une des premières personnes à en payer les frais. Alors, autant jouer son destin. 

 

L’on se souviendra que le Ministre Amon-Tanoh a fait un pied de nez à ADO en n’allant pas au dernier Conseil politique du RHDP.

Aux dernières nouvelles, il a remis sa démission du gouvernement, mais ADO ne l’a pas encore acceptée. Le Président tente par tous les moyens de le retenir dans le giron. Mais, Amon Tanoh n’en a cure.  Il a démissionné et c’est pour de bon. 

Les réactions ne se sont pas faites attendre. Amadou Gon a instruit le Ministre Mamadou Touré d’activer les cyberactivistes du RHDP pour salir et menacer Amon-Tanoh de représailles, voire de prison ou d’exil. C’est mal le connaître. Amon-Tanoh n’est pas homme à se laisser intimider. 

 

D’ailleurs, avant de quitter Bouaflé, il s’est longuement entretenu avec Mme Henriette Bédié (une heure d’horloge durant). Qu’est-ce qu’ils se sont dit ? Chris Yapi ne le sait pas. Mais, le temps nous le dira. Pour Amon-Tanoh, en pays Agni, on ne joue pas avec l’honneur. 

 

Wait and see. 

 

CHRIS YAPI EST PARTOUT ET NE MENT JAMAIS  !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.