SECRETS DE CÔTE D’IVOIRE : ÉPISODE 2 : LA GRANDE FAMILLE BROU

LES ENQUÊTES-ENTRETIENS DE CHRIS YAPI ET DE MONSIEUR BÊTA.SECRETS DE CÔTE D’IVOIRE : ÉPISODE 2 : LA GRANDE FAMILLE BROU. Dans le premier épisode de cette série sur les secrets d’état, M. Bêta a entrepris de nous parler de Mme Marie-Thérèse Brou, épouse de Feu Félix Houphouët-Boigny. J’ai été très surpris d’entendre que le père de cette dernière était un fils de la royauté Baoulé

Dans le premier épisode de cette série sur les secrets d’état, M. Bêta a entrepris de nous parler de Mme Marie-Thérèse Brou, épouse de Feu Félix Houphouët-Boigny. J’ai été très surpris d’entendre que le père de cette dernière était un fils de la royauté Baoulé, alors M. Bêta décida de me donner quelques précisons sur la grande famille Brou. 

- La grande famille Brou était liée au pouvoir central traditionnel baoulé. Elle est de Gbofia, un village situé dans la sous-préfecture d‘Angoda, à 18 km de la commune de Toumodi, dans la région du Bélier, dans le village royal de Sakassou. Cette famille est apparentée à la grande dynastie Ahoua du Walèbô. Le Walèbô a été fondé par une reine, Nana Akoua Boni, qui régna sur le Walèbô de 1730 à 1750 et qui a étendu le royaume Baoulé dans sa configuration géographique actuelle. C’était une dame influente, un véritable chef d’État. Vous voyez qu'il est faux de penser que les Africains n’accordaient guère de considération aux femmes. 
 
Je repris la parole : 

- Désolé de vous interrompre, Monsieur Bêta, mais dans nos livres d’histoire, nous avons plutôt appris que le royaume Baoulé a été fondé en Côte d’Ivoire par la reine Abla Pokou ! La légende nous a dit que, fuyant la guerre au Ghana voisin, elle a dû jeter son enfant dans le fleuve Comoé. À la surprise générale, des hippopotames apparurent à la surface de l’eau et firent un pont de leurs dos, ce qui permit au peuple de la reine Pokou de passer, sans encombre sur l'autre rive. 
 
- Pas si vite, Monsieur Yapi ! Un peu de patience. D’ailleurs, il me faut vous dire qu’une légende peut en cacher une autre. Je vous l’ai dit. Il y a toujours deux vérités. Ici, il y a celle que nous avons appris dans les livres d’histoire, un peu arrangée et celle qui était véhiculée par la tradition orale jusqu’au début des années 70. Mais ça, c’est tout autre chose ! Si vous le voulez bien, je vous raconterais la vraie légende des Baoulés, un peu plus tard, au cours de notre conversation. Ne nous perdons pas. 

Ma curiosité était éveillée, alors je fis un commentaire sceptique :

- Monsieur Bêta, vous voulez insinuer que la légende de la reine Abla Pokou écrite et enseignée dans nos classes est fausse ?

Et M. Bêta qui ne se laisse pas démonté par mon incrédulité répond :

- Mon bon ami, sachez que pour les besoins de la cause et surtout dans l’intérêt général, il arrive souvent qu’on ruse avec la vérité et qu’on accommode la réalité. Juste de tous petits mensonges. Mais, je vous ai promis que je révélerai tout. D’ailleurs, il me faut vous parler, pour être complet, de l’appellation incorrecte BAOULÉ, la tribu de la reine Abla Pokou venue du Ghana. En principe, ce mot devrait s’écrire BAOULI, selon cette même légende. Ce sont les colons qui ont écrit indûment le mot BAOULÉ, car ce mot est un mot bambara ou malinké, qui correspond à une autre réalité ! Mon cher Yapi, je vous vois écarquiller les yeux ! Ne faites pas un infarctus, s’il vous plaît.
 
Et M. Bêta de partir dans un fou rire irrésistible et moi de suffoquer au point d’avoir le vertige. Comment est-ce possible que le peuple BAOULÉ tienne son nom ou son appellation d’une langue malienne ? C’est tout simplement impossible. Oh là ! M. Bêta se paye ma tête, sans aucun doute et ça, je ne peux l’accepter. Je suis pour une fois en colère contre lui. Aussi, prenant la parole avec une grosse irritation à peine contenue, je lui dis : 

- Alors, Monsieur sait tout, dites-moi comment les BAOULÉ, une ethnie de la Côte d’Ivoire que les plus grands historiens nous disent venir du Ghana, peuvent-ils tenir l’appellation de leur tribu d’un mot bambara ou malinké ? 
 
Essuyant ses larmes de rire, M. Bêta me regarde avec la fierté visible de l’homme qui a choqué son interlocuteur par le savoir du secret et il répondit tranquillement : 

- Eh oui, mon bon ami Yapi ! C’est encore une des bizarreries de la vie et de la colonisation. J’ai dit qu’il ne fallait pas confondre les deux différents mots. Il y a LE Baoulé et LA Baoulé et j’ai raison. Le premier mot, qui est masculin, désigne la tribu BAOULÉ avec la légende de la reine Abla Pokou qui, fuyant le Ghana, prononça le mot BA-OU-LI, qui veut dire « l’enfant est mort » et ce mot s’écrira plus tard BAOULÉ et désignera également l’ethnie parlée par cette tribu. En revanche, le deuxième mot qui est féminin, est un mot de l’ethnie bambara ou malinké au Mali. C’est en réalité le nom d’une rivière, LA Baoulé dont la signification est BA-OULÉ, c’est-à-dire la rivière rouge ou l’eau rouge. 

Je n’en crois pas mes oreilles. À ceux des auditeurs, qui, comme moi sont stupéfaits, je les invite à faire les mêmes recherches que moi sur Internet. Mais, pour l’heure revenons au récit de M. Bêta et à ce qu’il m’apprend. 

- Ce nom, ba-oulé, a été attribué à cette rivière parce que pendant la période d’hivernage, appelée chez nous grande saison des pluies, la latérite qui en tapisse le fond, remonte à la surface. La Baoulé est une rivière d'Afrique de l'Ouest qui traverse la Côte d'Ivoire et le Mali. Côté Côte d’Ivoire, un de ses bras naît au sud de Tiémé, dans le nord-ouest du pays. Côté Mali, l’autre bras naît dans les collines situées au sud-ouest de ce pays, près de la frontière guinéenne, effectuant de larges méandres dans toutes les directions, sur des centaines de kilomètres. Dans toute cette zone de méandres, la limite nord de la rivière Baoulé au Mali est le Parc national de la Boucle de la Baoulé. La Baoulé est un affluent constitutif du fleuve Bani en rive gauche donc, un sous-affluent du fleuve Niger et un affluent du fleuve Bakoyé en rive droite donc, un affluent du fleuve Sénégal. Vous voyez, mon cher Yapi, pour une histoire de fleuve, le colon a vite fait de faire la confusion dans la retranscription entre la rivière et la tribu, deux mots voisins à l’oreille.
Au fait, où en étions-nous ? Ah, oui ! Je parlais de l’ascendance du père de Marie-Thérèse N’Goran Brou. Je disais donc que, la reine Akoua Boni, qui a régné sur le Walèbô de 1730 à 1750 et qui a étendu le royaume Baoulé dans sa configuration géographique actuelle, était la « successeur » de la reine Abla Pokou, fondatrice du royaume Baoulé ! De ce fait, les descendants de la famille Brou sont des héritiers de la grande royauté Baoulé. Vous comprenez maintenant ? À ce titre, le père de Marie-Thérèse était un noble, un privilégié qui a eu droit à l’école des blancs. Mais, ce n’est pas fini. Je vais vous parler, à présent, de la mère de Marie-Thérèse. Elle se nommait Suzanne Aya Folquet. 
 
- Folquet ! C’est quel nom ça ? Est-ce du terroir ? Rétorquai-je ?
 
- Non, non. Ce nom est français ! 
 
- Alors, Marie-Thérèse est donc métisse française ? Pourtant, ça ne se voit pas sur ses photos ! 
 
- Vous êtes bien impatient, Monsieur Yapi. Alors, je vais faire court. Feue la mère de Marie-Thérèse est née en 1906, juste un ou deux ans après le Président Félix Houphouët-Boigny, du moins officiellement. En ce temps-là, on n’était pas forcément précis sur les dates de naissance. L’état civil existait à peine et quelquefois, il fallait vous compter les dents pour vous donner un âge approximatif. Mais, passons. Elle est la descendante d’un colon du nom de Louis Folquet, établit ici dans le protectorat Côte d’Ivoire, de 1875 à 1925, en provenance du Gabon, où il avait précédemment servi. À ce titre, Marie-Thérèse est donc une quarteronne, puisqu’ayant un quart de sang blanc, venant de son grand-père maternel. Il se raconte, d'ailleurs que Louis Folquet a également eu une descendance au Gabon. Il se pourrait donc, que Marie-Thérèse ait de la parenté côté gabonais mais ça, il faudra le lui demander directement. En effet, les colons abusaient des femmes indigènes et laissaient de la progéniture, là où ils servaient. Ils les abandonnaient à leur retour en France, car il se trouve qu’ils y étaient le plus souvent, déjà mariés. 
 
Sur ce point des propos de M. Bêta, j’ai fait mes propres recherches et j’ai découvert en Côte d’Ivoire de nombreux cas similaires. Il est fréquemment arrivé en Afrique que des colons qui, bien qu’ayant des épouses et des enfants en Europe, ne se privaient pas de prendre comme concubines des jeunes filles en Afrique et d’avoir avec elles des enfants qu’ils abandonnaient par la suite. En Côte d’Ivoire, l’administration coloniale avait même créé un centre où ceux-ci étaient recueillis : le Foyer des métis de Bingerville. Ce centre abritait les enfants issus de relations illégitimes, extra-conjugales ou forcées entre colons et Africaines. Ce foyer des métis est devenu plus tard l’Orphelinat de Bingerville. La chaîne de télé française France 24 y a consacré un important documentaire intitulé : « Enfants cachés de la France coloniale ». Regardez plutôt ... https://www.youtube.com/watch?v=Iv7tseuu8HY
 
En République Démocratique du Congo (RDC), l’affaire a également fait grand bruit. La chaîne télévisée Canvas (VRT) a publié une enquête intitulée : « Les enfants de la colonisation ». Je vous propose un extrait du résumé de ce reportage, diffusé dans le magazine « 64 mn » de TV5 Monde Afrique. https://www.youtube.com/watch?v=u2a_lOj1HZw
 
Sur ce point, vous conviendrez avec moi que les dires de M. Bêta se confirment. On peut lui en donner crédit. Fin du second épisode. À la semaine prochaine pour la suite des enquêtes-entretiens de Chris Yapi et de M. Bêta.

CHRIS YAPI NE MENT PAS.


Voir d’autres vidéos en lien avec celle-ci : 

REPORTAGES 
- Enfants cachés de la France coloniale - https://www.youtube.com/watch?v=Iv7tseuu8HY
- Les enfants de la colonisation - https://www.youtube.com/watch?v=u2a_lOj1HZw
 
SECRETS DE CÔTE D’IVOIRE.
- ÉPISODE 1 : MME MARIE-THÉRÈSE N’GORAN BROU, ÉPOUSE HOUPHOUËT-BOIGNY - https://youtu.be/SWquJaFq9_o

LES ALBINOS DE TÉNÉ BIRAHIMA OUATTARA
- ÉPISODE 1 : MA RENCONTRE AVEC MONSIEUR BÊTA - https://youtu.be/35fhprUZln0
- ÉPISODE 2 : L’AFRIQUE, SES MYSTÈRES ET SES CROYANCES ! : https://youtu.be/n6VZEy7Zh4M
- ÉPISODE 3 : LE VOYAGE DE KONG : LÀ OÙ TOUT A COMMENCÉ - https://youtu.be/LAulz_HJ6J0
- ÉPISODE 4 : LES ALBINOS DE TÉNÉ BIRAHIMA OUATTARA - https://youtu.be/et4IksC3nnA
- ÉPISODE 5 ET FIN : SACRIFICE RITUEL POUR LE POUVOIR. L’IMMOLATION DES ALBINOS DE KONG - https://youtu.be/3S8hVvXmDp8

TOUTE LA VÉRITÉ SUR LA DÉLIVRANCE DES PASSEPORTS DE M. LAURENT GBAGBO
- ÉPISODE 1 : TOUTE LA VÉRITÉ SUR LES PASSEPORTS DE M. LAURENT GBAGBO - https://youtu.be/g_BNbosLpIo
- ÉPISODE 2 : ALPHA CONDÉ, SASSOU-NGUESSO ET LES PASSEPORTS DE LAURENT GBAGBO - https://youtu.be/VdSFWPEs75g
- ÉPISODE 3 ET FIN : TOUTE LA VÉRITÉ SUR LA DÉLIVRANCE DES PASSEPORTS DE M. LAURENT GBAGBO - https://youtu.be/FQI6EQTZwXY

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