Pour un espace médiatique de réflexion longue destiné au plus grand nombre...

L'article remarquable de Samuel Gontier dans Télérama pose bien le(s) problèmes(s) que l'opposition - mais pas qu'elle - a et aura vis-à-vis de "certains" médias qui, de plus en plus s'éloignent de leur "cœur de cible" (informer) pour s'enfermer et nous enfermer dans un "système médiatico-politique" divisant les citoyens de ce pays en deux catégories.

L' article remarquable de Samuel Gontier dans Télérama (Voir lien ci-dessous) pose bien le(s) problèmes(s) que l'opposition - mais pas qu'elle -  a et aura vis-à-vis de CERTAINS médias qui, de plus en plus s'éloignent de leur "cœur de cible" (informer) pour s'enfermer et NOUS enfermer dans un "système médiatico-politique" divisant les citoyens de ce pays en deux catégories. J'y reviendrai.

L'opposition face à ce tsunami de commentaires/chroniques est inaudible. Le "grand public", le citoyen lambda - je le vérifie chaque jour dans les discussions que je peux avoir avec des amis éloignés de la politique - n'ont comme références que les chroniqueurs, les sondeurs (Brice Teinturier omniprésent) et quelques émissions populistes hélas très écoutées; je pense aux Grandes Gueules sur RMC et toujours sur RMC le très médiocre - je parle de ses propos - Eric Brunet (qui sévit souvent aussi chez Ardisson puisque ce "petit monde" se connait, se mélange, se croise.). Dans peu de temps, j'exagère à peine, Cyril Hanouna servira de "phare" à la pensée politique pour les français les moins politisés, les moins "éclairés" (ce n'est pas péjoratif).

Car il existe aujourd'hui - très schématiquement  - deux catégories de téléspectateurs/auditeurs/lecteurs:

- les "informés", politisés, curieux, hyper connectés, plutôt CSP+, abonnés à Télérama, Le Monde, Le Figaro et Mediapart. En très gros traits évidemment.

- les "non éclairés" que des médias - qui sont des entreprises devant faire de l'audience, donc de l'argent - attirent avec les "GG" sur RMC, les multiples talk show dont celui de Ruquier par exemple ou le "show" permet, grâce à une petite phrase extraite d'une heure d'antenne d'effacer la totalité du "talk" dans un buzz effréné qui s'étire jusqu'au samedi suivant.

Pour ce public-là, nul besoin de réflexion longue, de sujets "creusés". Du "prêt-à-penser" versant dans la facilité, voire la médiocrité paresseuse. Pire même, des erreurs monumentales, des approximations permanentes sont assénées sans la moindre correction, sans la moindre contradiction. Ou, comme chez Bourdin, des contradictions surjouées plus spectaculaires qu'informatives. Pour ce public, un politique peut se "planter" pendant 10 minutes sans que cela dérange qui que ce soit. (Je me souviens de ce passage cataclysmique d'Edouard Philippe chez Bourdin. Il fut "nul de chez nul" mais personne ne lui a adressé le moindre reproche. Très curieusement, il fut BEAUCOUP plus pointu sur le plateau de Médiapart. Il y a les émissions "nobles" et celles "populaires". La caviar contre le hamburger.

En clair, il y a - comme au restaurant - l'info 4 étoiles réservée à quelques-uns et l'info "gargote" pour les autres.

C'est ce public-là, "les autres", qu'il va falloir aller chercher. Ce n'est pas une entreprise facile tant ces français sont happés par les mâchoires de la facilité. Je le redis: ce ne sont pas des imbéciles. Mais quelques médias les prennent pour des imbéciles, voire en FONT des imbéciles.

Deux anecdotes pour finir: je prends parfois un café le matin en allant chercher mes journaux dans un bar du port. Il y a là des pêcheurs, des gens très simples avec lesquels j'aime parler et que j'aime écouter. Ils sont du "bon sens", parfois excessifs dans leurs propos mais il est intéressant de les entendre. Ici à Dieppe on penche beaucoup à gauche. C'est une ville communiste historique avec un bassin d'emplois TRES défavorisé. Ces gens-là souffrent avec dignité. J'ai beaucoup d'admiration pour eux. Et écoutant, ce matin, une conversation entre pêcheurs, j'ai entendu l'un d'entre eux, approuvé par les autres, tenir des propos "politiques" qu'il illustrait, sans rire, en citant...Hanouna et Téléstar!

Autre expérience vécue: AUCUN de mes élèves de 3e n'a jamais entendu parler de Médiapart, Télérama, l'Observateur. Je veux bien l'accepter. MAIS aucun n'a jamais entendu parler non plus du Monde, du Figaro ni de L'Express ou du Point. Leurs seules références "médias" sont des émissions de télévision (les plus populistes), "Les Infos dieppoises" (bi hebdo local) et pour certains, Paris-Normandie.

Ce n'est pas pourtant pas faute de les inciter à lire autre chose. Et pas seulement à l'occasion de la semaine de la presse au collège. Mais nous - les enseignants - ne sommes plus LA référence. Nous sommes entrés - depuis quelques temps - dans un monde qui informe, voire forme, les élèves par le biais d'outils qui nous échappent. Et évidemment, nous retrouvons les deux France dont je parlais:

- les élèves informés par des parents éclairés;

- les élèves "désinformés" par des parents qui le sont moins

Et la vie continue...

Il faudra trouver, construire, renforcer, faire connaitre des outils qui permettent d'aller vers cette dernière catégorie.

Sachant qu'il sera très difficile. de contrebalancer l'influence des "machines à buzz et à clics".

Celle ou celui qui proposera un tel espace de réflexion longue et d'échanges aura tout mon soutien.

Christophe Chartreux

http://www.telerama.fr/television/en-2018,-emmanuel-macron-sera-plus-a-gauche-%28que-georges-marchais%29,n5425439.php

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