Tout être qui ne tend pas la main à l’autre qui se noie EST un barbare!...

Nous sommes tous migrants. L’avons été. Le sommes. Le serons. L’Humain voyage, se transporte. Parfois contre sa volonté.

Barbarie contemporaine…

Ce texte s'adresse à une amie... Il fait partie d'un - éventuel - futur livre...

Je  l'adresse à Monsieur Castaner, auteur récent de propos dont il aurait  pu, dont il aurait du, nous épargner l'horreur du contenu!

(A  l’issue de cette lecture, vous pouvez écouter Sto Perigiali, de Mikis  Théodorakis. Par Maria Farantouri. Exclusivement… Vous pouvez lancer la  chanson une fois atteint l'astérisque)

https://youtu.be/SoGdeg2K81c

Nous  sommes tous migrants. L’avons été. Le sommes. Le serons. L’Humain  voyage, se transporte. Parfois contre sa volonté. L’africain à fond de  cale débarqué en Amérique du nord pour être vendu, chaînes aux pieds.  Esclave de la civilisation !

Comment  dis-tu ? « C’était il y a longtemps » ? Pourtant je te parle  d’aujourd’hui ! Les esclaves contemporains sont ceux des nouveaux  barbares. Des barbaries contemporaines. Enfants, femmes, hommes que l’on  dresse à penser en startuper. Objectif ? Surtout pas profiter, ni  mettre à profit. Non… FAIRE du profit. Encore ! Encore ! Encore !  Jusqu’à la jouissance ! Et on recommence ! Même notre président de la  République a donné le ton, le La :

« Je  veux que la France soit une nation « start-up », signifiant une nation  qui travaille à la fois avec et pour les start-up, mais aussi une nation  qui pense et qui avance comme une start-up »

C’était lors d’un salon. « Viva Tech » un jour de juin 2017. Il nous dit comment il veut que nous pensions… Un barbare !

Pendant  que le barbare indique le chemin, des humains se noient en  Méditerranée, berceau de civilisations, de religions. Et le barbare  refuse à un navire rempli de nouveaux esclaves d’approcher les côtes du  pays qu’il gouverne. Sans que cela révolte grand-monde d’ailleurs car le  ver est dans l’esprit. Depuis des années, les porte-paroles de la haine  et du racisme ont confisqué la parole, donc le pouvoir. Ils ont micros  ouverts partout. Sans contradicteurs écartés par prudence. Moins le  débat est possible, plus la barbarie s’installe.

Loin  de la beauté, de la démocratie, de l’égalité. Autant de valeurs  démodées, mises à l’écart des poètes. Car même les poètes, surtout les  poètes, sont dangereux en barbarie.

Les  esclaves contemporains ne voient plus leurs chaînes. Pourtant on ne les  leur a pas ôtées. Elles ont changé de nature. Du métal froid cisaillant  cous, poignets et chevilles, on est passé au glacial consumérisme  obligatoire, aux algorithmes décidant pour vous, à la souplesse exigée  dans le travail, à la compétitivité glorifiant les vainqueurs, oubliant  les vaincus. La loi du marché… Du marché aux esclaves.

Tu  trouves que je suis trop poète ? Sans doute… Peut-être… La traite des  humains, à l'échelle mondiale, c’est un profit d’environ 32 milliards de  dollars par an. Pas très poétique en effet... Mais tellement  contemporain. « Traite » « Echelle » « Profit » « Milliards »  « Dollars » Une vision du monde… L’esthétisme du cauchemar…

Nous  roulons vers Paris. Nous sommes à l’abri de tout. Dans un pays loin de  Lampedusa… Sauf que c’est Lampedusa qui se rapproche de nous. Malgré  tous les interdits, toutes les lois « asile-immigration », toutes les  frontières barbelées, tous les populismes qu’ils soient de gauche, de  droite ou du centre

Lampedusa est là ! Et cela ne cessera pas ! Ne  doit pas cesser ! Ces enfants, ces femmes, ces hommes, ces humains sont  chez nous, donc ils sont chez eux. Ou alors, je ne suis plus un humain !  Je deviens barbare !

Tout être qui ne tend pas la main à l’autre qui se noie EST un barbare !

Je ne me rendrai jamais complice de la barbarie. Toi non plus, je le sais.

Les  étincelles de la raison éclaireront les brasiers à venir. Nous les  allumerons ensemble. On n’y brûlera rien. On s’y réchauffera entouré des  corps trempés de celles et ceux qui auront échappé à la mort certaine  promise par les barbares inconscients.

*

Nous  finirons nos verres jusqu'à leurs dernières larmes pour les remplir  encore de vin et de poèmes, de rires et d'espérances, de miel et de  caresses, de chants et de mots tendres…

Entourés des naufragés de la « start-up nation » ayant eu pour seul tort de croire aux mensonges d’un apprenti démiurge… Mais toujours moins en danger que ceux échoués sur nos plages, refoulés à nos frontières...

À Lampedusa… À Calais… À Samos… À Paris… À New York… À Casablanca…

Partout où des humains voudront fuir les barbaries contemporaines…

Dans tes yeux, je regarderai briller les lumières dans la nuit… Crépitantes…

Christophe Chartreux

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