L'école de la confiance? Une école où doit régner l'ordre... Le silence...

Ils ne veulent qu'une École sans rires,sans pleurs, sans enthousiasme, sans naïvetés, sans disputes, sans amours, sans sourires...

De l'ordre...

Aux balbutiements d'un XXIème siècle angoissant, chaotique, échevelé, dirigé par deux maîtres, la Finance et la Vitesse, nous - chacun à notre place, parents, élèves, enseignants, citoyens en général - avons tendance à réclamer non pas un ralentissement, non pas du recul, non pas le temps de la réflexion nécessaire à la compréhension d'un monde d'une incroyable complexité, mais de l'ordre pour un siècle, un monde, des sociétés que nous estimons en "désordre".

Une salle de classe quelque peu agitée est un concentré idéal de "désordre" parfois. Au milieu de ce petit chaos, le maître de cérémonie, le professeur, réclame, intime, impose l'Ordre! Il l'obtient souvent. Contrairement aux légendes - le monde et l'esprit ont besoin de légendes pour survivre - nos établissements scolaires ne sont pas à feu et à sang. Ils ne le sont que dans quelques esprits chagrins portés par la volonté de véhiculer quelques caricatures faciles convoquées au banquet des démonstrations hallucinantes de mauvaise foi. Je pense à un Brighelli ou à une Mara Goyet. Du talent, certes, au service de l'ordre...

Qu'est-ce que l'ordre?

Souvenons-nous de Goethe osant dire : «Je préfère une injustice à un désordre »... Terrifiant ! Sans parler de l' «ordre juste » cher à une candidate à la Présidence de la République. L'ordre, toujours l'ordre. Ce Graal, très exactement et notamment dans nos salles de classes, est d'une dangerosité extrême car il cache beaucoup plus qu'il ne révèle. Il cache les soucis de cet élève silencieux, oh si respectueux de l'ordre imposé qu'il ne peut être que «sans souci». En tout cas il n'en pose pas. A vous. Le maître... Il dissimule les lacunes passées sous silence. L'ordre et le silence vont si bien ensemble.

Le professeur est heureux. Il a vaincu le désordre. Il fait du «maintien de l'ordre». Il est une «force de l'ordre». Il passe dans les rangs. On entendrait une mouche voler. Il s'arrête un instant, contemple les têtes penchées sur les cahiers. Fier. Derrière lui, ou devant, ou à coté, il ne voit ni n'entend le désordre immense, le chaos total, l'enfer que vivent ces quelques enfants perdus au beau milieu des pires incompréhensions qu'on leur imposera de retrouver lors des «devoirs-maisons».

Je ne fais pas ici le procès de l'ordre ni l’apologie du désordre. Mais celui de la bêtise portée par quelques-uns voulant faire croire que LA solution des problèmes incontestables de l’École - car ne nous y trompons pas: c'est l’École qui est en crise, pas les élèves - serait d'y ramener l' ordre. Ceux-là en fait ne veulent pas le retour à l'ordre.

Ils ne veulent qu'une École sans rires,sans pleurs, sans enthousiasme, sans naïvetés, sans disputes, sans amours, sans sourires...

Une École «en ordre» ou la grande illusion d'une école dite "de la confiance"...

Christophe Chartreux

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