Il faut repolitiser notre jeunesse...

Sans la jeunesse, absente de plus en plus souvent des scrutins successifs, notamment la jeunesse rurale et des périphéries, la politique risque fort de n'être plus que ce qu'elle devient sous nos yeux: une friche au milieu de laquelle s'entre-dévorent populistes et libéraux. On ne peut pas dire que ce soit un "programme" très enthousiasmant.

74% des jeunes français disent qu'ils n'iront pas voter le 26 mai.

Ceci confirme le fait que notre jeunesse soit "dépolitisée".

C'est tragique!

Il faut très rapidement "repolitiser" la jeunesse. Ne plus interdire aux enseignants d'aborder des problèmes politiques en classe. Ne plus avoir peur de donner à la jeunesse le goût de la PRATIQUE politique. Réintroduire le débat contradictoire dès le collège, la "disputatio". C'est une urgence éducative.

Je me souviens de mes années collège/lycée. J'ai 61 ans. Nous étions toutes et tous très politisés. De droite comme de gauche. Nos enseignants ne s'interdisaient rien. Ne nous interdisaient rien. TOUS les sujets étaient abordés. La guerre du Vietnam, les dictatures sud américaines, la françafrique, la liberté de parole dans les lycées, la contraception naissante, que sais-je encore? Tout!

Cela a-t-il fait de nous d'abominables gauchistes ou de méchants réac'? Peut-être. Mais au moins étions-nous concernés par la "chose publique". Nous avions conscience d'être des citoyens dans la "Cité" et nous voulions participer. Naïvement parfois sans doute, mais nous aimions la politique. Elle nous passionnait. Sans exception. Par classe et génération entières!

Aujourd’hui, que faisons-nous de notre jeunesse?

Une infime partie accède à Sciences Po. Je n'ai rien contre. Cette jeunesse-là se voit offrir les clefs de la politique - au sens large. Les autres jeunes filles et garçons sont appelés à aller voter, à manifester pour le climat. Sans clefs de compréhension. "On ne parle pas de politique en classe!". Et l'on s'étonne qu'ils n'y aillent pas, qu'ils ne répondent pas aux sommations effarouchées des adultes: "Mais enfin, soyez responsables! Allez voter!". Quand la pratique politique est montrée du doigt comme une pratique honteuse, quand elle est interdite dans les enceintes scolaires - ou réservée à quelques-uns après bien des difficultés pour ne serait-ce qu'afficher un tract - il ne faut pas être surpris de constater l'effacement de la jeunesse du paysage politique.

Oui vraiment, il est urgent de réarmer notre jeunesse. La réarmer pour lui ouvrir le champ du débat politique, respectueux des différences, à l'écoute des autres. Et bien au-delà des heures consacrées à l'Education Morale et Civique dans le premier comme dans le second degré.

Sans la jeunesse, absente de plus en plus souvent des scrutins successifs, notamment la jeunesse rurale et des périphéries, la politique risque fort de n'être plus que ce qu'elle devient sous nos yeux:

une friche au milieu de laquelle s'entre-dévorent populistes et libéraux. On ne peut pas dire que ce soit un "programme" très enthousiasmant.

Un slogan de Mai-68 affirmait: "Sois jeune et tais-toi".

Je réponds:

"Sois jeune et prends la parole".

Mais pour cela, nous toutes et tous, enseignants ou pas, devons prendre la décision de permettre à TOUTE la jeunesse de réinvestir le champ de la politique.

Le blé en herbe est là. Il n'attend que la récolte...

Christophe Chartreux

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