Des enseignants "preneurs d'otages"... Ou quand tout dérape...

Non monsieur le Président, les enseignants grévistes ne sont pas des "preneurs d'otages".

Lors d'un entretien en préambule de la finale de Coupe du monde féminine de football, le Président de la République a prononcé ces mots:

« Les choses sont sous contrôle, je respecte chacun, mais à la fin des fins on peut pas prendre nos enfants en otage, quand on est professeur, on a des devoirs, quand on a un examen de fin d'année, notre devoir c'est d'être au rendez-vous, il peut y avoir des désaccords, mais en aucun cas ces désaccords ne peuvent se faire en prenant nos jeunes et leur famille en otage» (Fin de citation)

Ces mots ont choqué TOUTE la communauté éducative, mais aussi parents et élèves.

Non monsieur le Président, les enseignants grévistes ne sont pas des "preneurs d'otages".

En français, vous le savez parfaitement, les mots ont un sens. Un preneur d'otage enlève quelqu'un, physiquement, par la force. Dans le cas de mes collègues grévistes, s'agit-il de cela? Évidemment pas.

Pour rappel, toutes les copies ont été corrigées. Le travail a été fait comme il se doit. La seule revendication des enseignants était la suivante: "Ouverture d'un dialogue avec le Ministère". Manifestement, c'était trop demander. Pourtant, et toute la communauté éducative le constate chaque jour - que les journalistes viennent observer et écouter ce qui se passe et se dit dans les salles des maîtres et des professeurs - ce dialogue n'a lieu que sous une forme biaisée: "Nous vous avons écoutés. Merci beaucoup. Mais nos réformes se poursuivront". Étrange conception du "dialogue".

Pour second rappel, la "réforme" contestée a été rejetée par le Conseil Supérieur de l'Education (CSE), instance certes seulement consultative mais dont l'avis n'est depuis deux ans jamais pris en compte. Illustration, encore une fois, d'un "dialogue" totalement rompu.

Un président ne devrait pas dire ça...

Les mots très forts, l'accusation portée contre les enseignants grévistes, par le plus haut représentant de l'Etat, resteront dans les mémoires. Les professeurs ont souvent une mémoire d'éléphant.

Jamais le Président de la République n'aurait du se permettre cet écart de langage.

Pourtant, et je m'exprime ici en mon seul nom, si j'avais eu à corriger les épreuves du baccalauréat 2019, je n'aurais pas retenu les copies. Ce qui n'aurait pas fait de moi un soutien aux réformes en cours, réformes dont je conteste et l'opportunité et l'utilité depuis... deux ans.

J'entends déjà mes contradicteurs: "Mais vous ne voulez rien changer! Vous êtes toujours contre tout! Qu'avez-vous à proposer?"

Chacun sait que moi-même et tant d'autres, opposés aussi aux réformes en cours, ont proposé, proposent et proposeront encore et toujours.

La preuve en cliquant sur ce lien

http://demain-lecole.over-blog.com/2019/07/je-propose-un-nouveau-lycee.pour-un-nouveau-bac.et-non-l-inverse.html 

Je ne me fais cependant aucune illusion. Ces propositions ne vont pas dans l'air du temps. Le matraquage médiatique des médias "en vue", ceux qui tournent en boucle partout, des halls d'aéroports ou hall d'accueil des hôtels en passant par les cafés et restaurants, interdit tout espoir de voir un jour s'installer en Macronie ce débat d'IDEES contradictoires que le Président de la République lui-même a caricaturé jusqu'au ridicule dans le si mal nommé "Grand Débat National".

Pourtant je ne perds pas et ne perdrai jamais espoir.

Monsieur le Président, c'est à vous que je m'adresse. Respectueusement car je n'ai jamais participé au concert d'injures qui inondent les réseaux dits "sociaux".

Respectueusement donc, le fonctionnaire que je suis, conscient de ses droits ET de ses devoirs, vous le (re)dit: les enseignants, grévistes présents et je crois, à venir, ne sont pas des "preneurs d'otages". Si certains d'entre nous sont allés jusqu'à retenir des notes, c'est par exaspération. Par désespoir pour beaucoup.

Écoutez la colère! Écoutez les découragements! Écoutez ces femmes et hommes dévoués qui ne font pas grève par plaisir! Certains ont même voté pour vous au premier tour Monsieur le Président.

Ne vous exprimez pas comme un vulgaire "twittos". En vous entendant lors de ce malheureux entretien, j'ai cru un instant me retrouver dans ces "débats" médiocres qui font le tout-venant des disputes "internétiques". Vous êtes descendu, à ce moment-là de votre intervention, au niveau trop bas de ces médiocres "bisbilles".

Mais vous faites de la politique.

Nous ne faisons qu'enseigner et nous battre pour nos élèves.

Toutes et tous... Sans exception.

Christophe Chartreux, enseignant en collège rural depuis 35 ans...

 

 

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