La France macronienne manque singulièrement d'imagination...

"Seule la littérature peut donner forme à nos vies démantibulées".

J'écoute Camille Thomas et je rêve...

https://youtu.be/WnW6n2aviF4

La France, depuis mai 2017, depuis l’avènement « Macron », manque singulièrement d’imagination. Le débat d'idées est d'une affligeante pauvreté. La parole politique se complait dans la médiocrité. Comme me le disait très récemment Cécile Alduy:

"Seule la littérature peut donner forme à nos vies démantibulées".

Je m’amuse souvent sur les réseaux sociaux. Sur Twitter en particulier que je squatte plus que de raison. L’affaire « Benalla », pendant l’été 2018, plus récemment celle des diners interdits, ont provoqué un tsunami de micro messages. Parmi eux, ceux des soutiens du Président de la République. Quelle tristesse de lire cette suite de copiés-collés d’éléments de langage, sans même que les ministres, secrétaires d’Etat, députés, autres élus et soutiens divers prennent la peine d’inclure quelques variantes pour masquer la martingale. Certains de leur toute puissance, ils méprisent l’imagination. Ils l'assassinent!

Ce ne sont pas les « ouvrages » - gloire à l’inventeur des guillemets - parus après l’élection du dernier locataire de l’Elysée qui ont relevé le niveau. Les Brice Couturier, Régis Debray, Olivier Duhamel, Pierre-André Taguieff, Philippe Reynaud, Alain Touraine ont tous taquiné leur souris – on ne trempe plus sa plume – pour proposer des dithyrambes plus ou moins enamourés. Laissant peu de place au rêve, la « Macronie » a installé sa « start-up nation » qui est à l’imagination ce qu’André Rieu est au violon : une faute de goût.

Pour tuer l’imagination, le pire des crimes, le candidat Macron a usé d’un subterfuge à dénoncer et à démonter.

Ce subterfuge tient en une expression : « En même temps ». Celle-ci élimine de fait l’altérité, la confrontation, le débat contradictoire. Vous vous trouvez embrassés dans une opinion généralisante, enveloppante, attrape-tout. Cette expression, tic de langage mais aussi arme de destruction massive, fut reprise par la journaliste Apolline de Malherbe pour titrer une émission régulière de BFM TV. C’est dire son succès.

Le candidat et Président Macron, c’est l’homme « favorable à une intervention militaire en Syrie et, en même temps, qui refuse le départ immédiat de Bachar el Assad ».

Qui « invite à renforcer nos frontières et, en même temps, à répondre pleinement de notre devoir d’accueil »

Qui «  veut multiplier les investissements d’avenir et, en même temps, faire preuve de sérieux budgétaire. »

Je pourrais écrire un livre entier en collationnant les phrases prononcées ou écrites par Emmanuel Macron, utilisant toutes l’expression « En même temps ». La pandémie de covid fourmille de ces exemples devenus marques de fabrique et, en même temps, de ridicule.

L’imagination, l’invention, le débat, la dispute disparaissent peu à peu dans un monde neutre, plat. Une banquise uniforme, monocolore. « Ni droite ni gauche »… « Plus de clivages »… Ne pas adhérer à la Macronie, c’est être déviant. C’est ne pas comprendre que l’avenir n’appartient pas à celles et ceux qui s’opposent, qui contredisent, qui projettent autre chose que l’horizon d’attente imposé par le « chef ». Le déviant contestataire n’a pas sa place en France macronienne. Il empêche la construction d’un pays lisse d’où sont absents les opposants, tous rangés dans le camp des extrémistes. D’où est absente l’imagination… C’est dangereux l’imagination pour un pouvoir tel que celui installé sous nos yeux.

Il est pourtant si doux, si nécessaire et vital, dans un monde où souvent la réalité est sombre, de coudre ensemble les fils de l’élégance, de la poésie et du rêve. 

A la place de l’imagination, Emmanuel Macron et ses affidés nous proposent le « rien ». A l’intérieur de ce « Rien », la Macronie offre des images auxquelles nous sommes priés d’adhérer. Images qui nourrissent les médias et réseaux sociaux. Elles provoquent immanquablement des commentaires au kilomètre, aussi inutiles et vains que les images elles-mêmes. Mais elles occupent des « parts de cerveaux disponibles » pour reprendre une formule devenue tristement célèbre. La critique s’efface. Le rêve disparait. Vive la start-up nation, ses slogans et son peuple de « collaborateurs » ! Soyez consentants, ne vous occupez de rien, nous créons POUR vous ! Malheur évidemment aux vaincus. Car il y en aura mais de ceux-là, il n’est jamais question en Macronie. Comme ont disparu les presque 100 000 morts de la crise sanitaire qui a déferlé sur la France, comme sur le monde, depuis un an.

Un cauchemar ! Le petit monde de l’arrivisme érigé en système ayant pour seules « valeurs » l’activisme et l’efficacité.

Un cauchemar ! Le petit monde où ne règnent plus que les trois « extrêmes » : l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre macronien.

Un cauchemar où, sans que personne encore s’en soit alarmé, le Président de la République est imposé comme « le maître des horloges » ! Il faut avoir entendu les macroniens utiliser cette expression ! Même le temps serait donc prétentieusement à leurs bottes

Que reste-t-il quand l’imagination est morte ? Tout ! Tout ce que celles et ceux voulant s’ opposer à un modèle de société à ce point éloigné de l’humain auront à proposer.

A commencer par ces mots que j’écris… A commencer par la capacité qu’ont les français de refuser ce qu’on leur impose… A commencer par dénoncer la prétention du « maître des horloges.

A commencer par ton regard croisé un jour… Ce jour où nous avons compris que les mots seraient souvent inutiles. Sauf la littérature.

Nous ne maîtrisons rien mais nous comprenons tout…

Il nous reste une vie à imaginer...

Christophe Chartreux

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