Macron et la peur de l'étranger - Déconstruire son discours... Et de toute urgence!

Il convient urgemment de déconstruire les discours "macroniens" pour permettre à la France et à l'Union Européenne d'en finir avec les peurs entretenues, des peurs insensées qui ne peuvent nous conduire, toutes et tous, qu'à des catastrophes auprès desquelles les "dangers" des flux migratoires sembleront bien dérisoires.

Emmanuel Macron et son gouvernement, depuis l'élection du Président de la République mais aussi pendant la campagne électorale du ministre/candidat, construisent, fabriquent un discours emprunté à la droite la plus décomplexée.

L'exemple des réfugiés et de ce navire humanitaire, l'Aquarius, abandonné par la France et par son Président pourtant généreux lorsqu'il était candidat, est particulièrement signifiant.

"Accueillir des migrants en France créerait immanquablement un appel d'air".

C'est absolument faux.

Non seulement les pays qui accueillent bien davantage de réfugiés que la France (qui n'en accueille aucun des 9000 promis par le candidat Macron) n'ont jamais souffert de ce supposé "appel d'air", mais ils ont observé un ralentissement très sensible des arrivées "massives". En effet, depuis deux ans, les flux migratoires sont en baisse. Tous les organismes spécialisés dans l'observation de ces flux l'affirment, preuves chiffrées et statistiques à l'appui.

Mais le Président de la République et son gouvernement surfent sur les peurs ancestrales:

peur de "l'autre qui n'est pas moi";

peur de "l'étrange étranger".

Ces peurs se répandent jusque dans le "désert français" où aucun migrant n'a mis ni ne mettra jamais les pieds.

N'ont-ils pas, notre président et notre gouvernement, le culot monstrueux d'affirmer:

"Regardez tous ces bateaux qui convergent vers l'Europe!".

Omettant, en même temps, de nous dire que si ces milliers de "migrants/réfugiés" arrivent effectivement, au péril de leur vie, par la mer, c'est parce que toutes les voies terrestres se ferment les unes après les autres. Comment s'étonner alors de voir les flux migratoires, pourtant ralentis à la source, se bousculer en Méditerranée provoquant des tragédies évitables. Évitables si le Président de la République prenait soin de ne pas regarder ailleurs quand la mer lui demande d'accorder aux malheureux qu'elle "transporte" quelque attention.

L'Histoire retiendra qu'un mois de juin 2018, la France humaniste a, par son Président, assumé la honte du regard détourné.

Pour le Président Macron et son gouvernement, la crise migratoire serait donc une crise des flux. Cela les arrange bien de tenir ce discours. Il évite la vérité: celle d'oser dire qu'il ne s'agit plus d'une crise des flux, mais bien d'une crise des états. Ces états européens incapables de s'unir, abandonnant l'Italie pour le résultat politique récent que l'on sait.

Où est donc aujourd'hui le candidat Macron?

Que sont devenus ces discours européens enflammés?

Où donc est son projet hurlé il y a un an?

Sans doute se dissimule-t-il derrière ses discours désormais ancrés dans une tradition de droite à l'ancienne. Ces discours qui alimentent les peurs schizophréniques de nos concitoyens en agitant les chiffons noirs de l' "invasion" migratoire. Un sentiment utilisé pour plaire à la frange la plus réactionnaire de l'électorat d'Emmanuel Macron.

Un calcul qui, peut-être, s'avèrera payant à court terme mais se retournera contre lui dès 2022.

Pour quel résultat? Pour quelle aventure hasardeuse? Pour quelle tragédie?

Nul ne peut répondre. Mais il convient urgemment de déconstruire les discours "macroniens" pour permettre à la France et à l'Union Européenne d'en finir avec les peurs entretenues, des peurs insensées qui ne peuvent nous conduire, toutes et tous, qu'à des catastrophes auprès desquelles les "dangers" des flux migratoires sembleront bien dérisoires.

Christophe Chartreux

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