La "blanquérisation" de l'éducation - Radioscopie d'un "système"...

Lorsque Najat Vallaud-Belkacem transmit les "clefs" du bureau occupée par elle, Benoit Hamon et Vincent Peillon à son successeur, elle ne se doutait pas tenir la porte, non seulement à un Ministre, mais aussi et surtout à un "système" qu'il serait fort dangereux de moquer et de ne pas prendre au sérieux.

Lorsque Najat Vallaud-Belkacem transmit les "clefs" du bureau occupé par elle, Benoit Hamon et Vincent Peillon à son successeur, elle ne se doutait pas tenir la porte, non seulement à un Ministre, mais aussi et surtout à un "système" qu'il serait fort dangereux de moquer et de ne pas prendre au sérieux.

Qu'est-ce qu'un "système"? C'est, si l'on se fie à sa définition scientifique communément admise, un ensemble de règles, d’éléments, interagissant entre eux.

Depuis l'arrivée de Jean-Michel Blanquer rue de Grenelle, la communauté éducative a assisté, avec enthousiasme pour certains, avec indifférence pour d'autres, mais surtout médusée et sidérée, à la "blanquérisation" de l'éducation.

En six mois, parfois quotidiennement, de nombreuses annonces et décisions ont dessiné les contours d'une politique qui, sans le dire, se construit sur quelques messages dont voici ceux principalement répétés:

- l' "égalitarisme" est source d'injustices;

- le "pédagogisme" est source d'échecs;

- les fondamentaux ont été oubliés;

- l'école primaire doit retrouver les 4 jours hebdomadaires;

- les symboles (Fables/Dictées/Redoublements/Uniformes) doivent marquer une rupture avec le "laxisme" passé;

Le tout saupoudré de deux mesures "sociales":

- les études du soir (Devoirs faits);

- le dédoublement des CP en REP+;

Le but tacitement avoué des fondations du "système" est ici évident:

il s'agit de construire sur la confiance aveugle des parents qui, après avoir été bombardés pendant 5 ans d' "informations" véhiculées par les plus réactionnaires des "experts" autoproclamés en éducation, ont acquis la certitude que vouloir être juste, que vouloir réduire les inégalités socio-scolaires n'étaient en fait que laxisme de gauche, dangereux pour l'élite, inquiète d'un supposé "nivellement par le bas".

Il s'agit aussi - c'est tellement visible et audible - de donner des gages aux forces de droite, jusqu'aux plus réactionnaires d'entre elles. Aucune ne se prive de tresser des lauriers à la politique éducative actuelle. Pas une semaine sans que des Luc Ferry, Nadine Morano, Michel Onfray, Alain Finkielkraut, et même Marine Le Pen, n'adressent leurs félicitations au locataire du Ministère de l'Education Nationale.

Voilà rapidement dressé le "portrait" d'une politique éducative. Elle se veut rassurante, traditionnelle, seulement audacieuse par sa sympathie affichée pour les "neurosciences".

Rassurante, traditionnelle et "scientifique" mais tournant le dos à tout ce qui se fait de mieux chez nos voisins proches au sein de l'Union Européenne. Ce qui ne laisse pas de surprendre lorsqu'on connait la fibre très sincèrement européenne du Président de la République.

Comment ne pas être inquiet d'assister impuissant à cette "blanquérisation", fondée sur un passé qui a échoué - souvenons-nous des errements des de Robien, Ferry, Darcos, Chatel - et que pourtant l'on copie-colle à quelques variantes près? Comment ne pas être effrayé devant la certitude affichée d'une "école franco-française" repliée sur ses - mauvaises - habitudes anciennes?

Lorsqu'on est Ministre, disait récemment François Hollande, "il ne faut pas chercher à être populaire. Il faut chercher à être juste". Le système qui, petit à petit, installe une école des "premiers de cordée" risque fort de plaire encore quelques temps.

Je crains néanmoins, pour l'école que je sers modestement mais fidèlement depuis plus de trente ans, d'assister à la construction d'un édifice connu. Il y a longtemps. Dans les années 1960.

Cet édifice qui savait si bien sélectionner les meilleurs sans jamais dire clairement ce que l'on faisait des autres.

Et cela, il convient de le prendre au sérieux. Très au sérieux!

Car les conséquences néfastes en seront, à terme, absolument redoutables pour le pays.

Christophe Chartreux

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