#college2016: latin et grec... Mais que voulons-nous exactement?

Au collège, l'option latin était offerte depuis la rentrée 1996 aux élèves à partir de la cinquième: l'étude du latin s'était stabilisée autour de 20% d'élèves au début des années 2000, mais est en baisse depuis 2006 pour atteindre seulement 18% en 2013, avec une érosion de plus en plus significative tout au long du collège. Ils ne sont plus que 15% à continuer cette matière en troisième.

Le latin (et le grec), étendard des opposants irréductibles à la réforme du collège, serait mis en danger par cette même réforme.

Qu'en est-il exactement?

D'abord les faits. Chiffrés et incontestables dans leur réalité brutale. Je les emprunte à un journal que l'on ne peut soupçonner de complaisance à l'endroit du gouvernement, encore moins à celui de Najat Vallaud-Belkacem.

Il s'agit du Figaro en date du 12 mai 2015:

Extrait:

Une baisse de 18% de latinistes en 15 ans

Au collège, l'option latin était offerte depuis la rentrée 1996 aux élèves à partir de la cinquième: l'étude du latin s'était stabilisée autour de 20% d'élèves au début des années 2000, mais est en baisse depuis 2006 pour atteindre seulement 18% en 2013, avec une érosion de plus en plus significative tout au long du collège. Ils ne sont plus que 15% à continuer cette matière en troisième. Mais l'écrasante majorité des élèves «lâchent» le latin lors du passage en seconde: ils sont à peine 4% à passer l'épreuve au baccalauréat.

Cliquez ici pour agrandir l'infographie

L'apprentissage du latin est plus fréquent dans l'enseignement privé (21,9% ) que dans le public (16,8%) . L'option de grec ancien ne peut être étudiée qu'à partir de la classe de troisième. Elle reste toujours très faiblement suivie, par 1,5 % des élèves des établissements publics et privés.

L'érosion progressive du latin est-elle inéluctable? Pas si sûr. Le taux d'élèves prenant le latin n'était que de 20% au début des années 1970. Avec le collège unique et la généralisation de l'option par la réforme Bayrou, le nombre de latinistes n'avait cessé de croitre jusqu'à atteindre près de 28% au début des années 1990. Ce chiffre a ensuite à nouveau baissé pour retomber à 18% en 2012. De 511 007 élèves en 1999, on est passé à 429 866 en 2013, soit une érosion de 18% en moins de 15 ans.

L'élitisme ne passe plus par le latin, mais par les mathématiques

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette désaffection à l'égard des langues anciennes. L'étude du grec et du latin a été pendant longtemps réservée à une élite: la classe A' (selon la distinction mise en place en 1902) qui cumulait latin grec et sciences était celle de la super élite. C'est dans les années 1950 que la tendance s'inverse, et que ce sont les sciences, et plus les lettres qui deviennent le marqueur de la réussite scolaire. «L'élitisme ne passe désormais plus par le latin mais par les mathématiques», comme l'explique sur son blog le latiniste Philippe Cibois, avec un prestige croissant accolé à la filière «S».

Pourtant le latin a continué à rester le moyen d'une stratégie d'évitement social réduite à quelques heures. En d'autres termes, si les parents font faire du latin à leurs enfants, ce n'est plus par passion pour Ovide et amour des déclinaisons, mais bien parce qu'il s'agit d'un choix qui place l'enfant parmi «les meilleurs».

Cette stratégie d'évitement (choisir une matière pour aller dans les meilleures classes) s'est progressivement déportée sur d'autres disciplines avec l'explosion des «options» et des classes européennes ou bilingues. La concurrence des langues étrangères, notamment la montée en puissance du chinois (croissance annuelle moyenne de 14%) est un facteur déterminant dans cette désaffection.

(...)

L'article est à lire ci-dessous dans son intégralité

Le latin, une discipline en perte de vitesse qui concerne un demi million de collégiens

Le latin, une discipline en perte de vitesse qui concerne un demi million de collégiens

INFOGRAPHIE - L'enseignement des langues anciennes est au cœur de la polémique autour de la réforme du collège. Quelle est l'évolution de l'apprentissage des langues anciennes en France ? ...

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/05/12/01016-20150512ARTFIG00098-le-latin-une-discipline-en-perte-de-vitesse-qui-concerne-un-demi-million-de-collegiens.php

Ces chiffres, terribles dans leur réalité je le redis, connus depuis des années, n'ont pas soulevé d'inquiétudes majeures ni aussi visibles que celles observées ces derniers mois. Il eût pourtant été utile de les observer avanc davantage d'attention au lieu de donner la fâcheuse impression de s'en contenter.

Ces chiffres ne me procurent aucune satisfaction. Je suis un "latiniste/helléniste" des années 1970. J'ai même étudié le grec par correspondance avec le CNED (aujourd'hui CNTE) lors de mes "années marocaines" avant de poursuivre en lycée. Nous étions quatre élèves en terminale. Je n'ai RIEN contre le latin ni le grec. Bien au contraire. J'ai toujours, et je continue et continuerai de le faire, encouragé mes élèves à choisir cette option. Hélas seulement option et donc "réservée" à quelques-uns quand il aurait fallu l'ouvrir. Lorsque sur des banderoles je lis: "Oui au latin/grec pour tous!", j'applaudis des deux mais! A condition que dans les faits, ce soit vraiment pour tous...

Passons...

Qu'en est-il dans la réforme?

La réponse est fort simple et j'invite chacun à lire (peut-être à découvrir) les PROGRAMMES dédiés aux langues anciennes. (Comment pourrait-on éliminer une discipline en lui consacrant un programme?)

Ils sont consultables ICI

Alors évidemment, il s'agit d'enseigner cette discipline (qui n'a rien d'une "discipline de complément", le terme est pour le moins maladroit. Les collègues sauront très bien réparer ce choix discutable dans et par leurs pratiques) de manière différente. C'est sans doute ce qui inquiète.

Mais que veut-on exactement?

- poursuivre "comme avant" où tout semble désormais si parfait quand chaque jour les salles de professeurs bruissaient des plus vives et légitimes critiques à l'encontre du collège, ce "maillon faible"?

ou bien:

- nous engager ensemble dans la réforme, nous l'approprier, la rendre vivante et active pour nos élèves sans la condamner a priori, sans annoncer l'apocalypse ni "la fin de la civilisation" avant même toute tentative de mise en oeuvre?

Je laisse ces interrogations ouvertes... Chacun peut et doit y réfléchir...

Vive le latin/grec! Pour tous!

Christophe Chartreux

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.