Médias - Les "assis" et les "curieux"...

J'ose espérer que les "assis" sauront en tirer les leçons et rejoindront les "curieux". Rejoindront Zola, Albert Londres et Camus. Rejoindront la grande et si nécessaire famille des journalistes, ces éclaireurs de l'actuel, cet autre nom du vrai.

Quelle tristesse et quelle colère, au pays du "J'accuse" de Zola, d'entendre des "journalistes" faire cause commune contre Mediapart en accusant ses équipes d'être des délateurs!

Soutenu par un Président de la République parlant très imprudemment de « République de la délation ».

L’affaire de Rugy a au moins eu le mérite de surligner un phénomène qui se dessine depuis environ un an : le paysage médiatique et l’accueil fait par le public à tel ou tel média sont en plein bouleversement.

Le paysage médiatique français se divise - à grands traits - en deux "familles":

- les "assis", ceux qui organisent des plateaux de talk-show au kilomètre, ne quittent jamais les studios sinon pour des directs interminables et sensationnalistes. Jamais ils ne "sortent" aucune affaire, accompagnant l'information bien plus qu'ils ne l'analysent, soutenant dans leur immense majorité les pouvoirs et lobbies libéraux. Jamais leurs interviews avec des ministres ou élus de la majorité ne dépassent les limites de la complaisance.

Depuis l'élection du Président de la République, les "assis" on tenu le haut du pavé. Ces chaines et stations dites d' "information en continu" ont abreuvé les français de débats médiocres offrant des heures d'antennes aux populismes de tous bords. Multidiffusées, ces chaînes sont de véritables rouleaux compresseurs de l' "info" et, souvent, de la propagande libérale la plus décomplexée. Je ne connais aucun hôtel ne diffusant pas BFMTv dans son hall d'accueil.

- les "curieux", ceux qui investiguent, cherchent la vérité, franchissent le périphérique pour sortir de leur zone de confort. Ceux-là sont ciblés par le pouvoir. Souvenons-nous de ces journalistes du Monde convoqués par la DGSI (Service de renseignements français), cherchant à connaître les sources de ces journalistes enquêtant à propos de l'affaire Benalla. Ils sont ces "délateurs" qu'Emmanuel Macron aimerait voir remplacés par des journalistes plus conformes, plus malléables, plus en phase avec la politique menée.

Heureusement, depuis le début de l'année 2019, un basculement salutaire semble enfin s'opérer. Les "curieux" - France Inter; France Culture; Médiapart et quelques autres - sont passés devant les "assis". Les résultats publiés par Médiamétrie le démontrent et le confirment.

Il était temps!

J'ose espérer que les "assis" sauront en tirer les leçons et rejoindront les "curieux".

Rejoindront Zola, Albert Londres et Camus.

Rejoindront la grande et si nécessaire famille des journalistes, ces éclaireurs de l'actuel, cet autre nom du vrai.

Christophe Chartreux

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