Vers la création d' "individus performants"?...

Le pouvoir en place depuis maintenant sept mois semble avoir décidé, sous l'impulsion jupitérienne du Président de la République Emmanuel Macron, l' "état de performance", comme il a été décidé un "état d'urgence".

Le pouvoir en place depuis maintenant sept mois semble avoir décidé, sous l'impulsion jupitérienne  du Président de la République Emmanuel Macron, l' "état de performance", comme il a été décidé un "état d'urgence".

Tout dans notre République est désormais tourné vers la performance maximale. Il FAUT, c'est un dogme, "performer" en tout. Tout individu, groupe et sous-groupe refusant ou n'étant pas en capacité de réaliser ces objectifs est immédiatement mis de coté, considéré comme un dangereux déviant. Dangereux car susceptible d'empêcher ou de ralentir la course vers les objectifs fixés d'en-haut. "Vae victis" disait-on, le pouce baissé, dans les cirques romains de l'Antiquité. "Mort aux loosers" croit-on entendre dans le grand cirque de la macronie triomphante.

Loosers, echoués, décrochés dont il n'est jamais question dans aucun discours présidentiel, dans aucune intervention ministérielle. Les perdants ont disparu du champ des intérêts gouvernementaux, ceux-ci se portant uniquement, exclusivement sur les "performants", ceux capables d'écrire les "success stories" voulues par le pouvoir, relayées par une partie de la presse complaisante - Paris-Match et BFMTV en sont les plus éclatants représentants -  exemplaires de cette "France first", reflet d'un président n'ayant jamais connu l'échec. A tel point qu'il est permis de se demander si Emmanuel Macron est seulement capable d'imaginer qu'il puisse exister en France des individus malheureux, brisés, écartés. Très éloignés de l'égalité révolutionnaire, traduite en "égalitarisme" - Pouah! Quelle horreur! - dans un pays de plus en plus séduit par les "bienfaits" de l'inégalité.

La France macronienne se veut pragmatique. Le pragmatisme, cet outil glacial qui élimine les clivages gauche/droite, les débats d'idées, les réflexions contradictoires fondées sur des valeurs et illustrées par elles.

Au diable les valeurs! Ou plus exactement vive la valeur "efficacité", seule capable de déterminer le degré d'intérêt porté sur un individu, un groupe ou une idée. Personne ne semble s'apercevoir que les plus performants, pragmatiques et efficaces sont toujours les mêmes: ceux nés avec un capital - financier et culturel - important. Quant aux autres, les loosers, ils ne peuvent espérer qu'un ruissellement sans jamais - vous l'aurez remarqué - être invités à la table du festin. Ni à devenir les "premiers de cordée". Mesdames et messieurs les perdants, dégustez les restes. Restez à votre place. Cela vous suffira bien.

L'école qui se construit sous nos yeux est à l'image de ce qui vient d'être dit. Afin d'éliminer tout débat interne et, notamment, celui qui oppose depuis des décennies les républicains aux pédagogues - rebaptisés "pédagogistes" par le Ministre de l'Education Nationale en personne - il est fait appel à un troisième "larron" dont la mission, pragmatique et politique, est d'éliminer les deux autres: les neurosciences.

Obnubilées par les capacités "performatives" du cerveau de nos élèves, elles évitent habilement d'autres problématiques. Au diable les ennuyeuses questions sur le but de l'école, les causes des inégalités scolaires, la sociologie de l'éducation, l'école que nous voulons pour nos enfants et les enfants que nous voulons pour la société qui vient, le sort des "échoués"! Tout cela disparait. DOIT disparaitre!

Au nom d'un seul credo:

faire de l'enfant/individu un être performant.

Je refuse de m'engager dans cette voie. Elle est d'une dangerosité redoutable!

Christophe Chartreux

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