Portrait partiel d'un(e) candidat(e) de gauche pour 2022

Portrait partiel d'un(e) candidat(e) de gauche...

Voilà deux ans et trois mois que la France est gouvernée, au-delà d'un homme, par un système de type "libéral anglo-saxon" fondé sur la croyance:

- que la compétition est un mode de vie;

- que "gagner" est une philosophie (les vaincus étant priés de se faire oublier);

- que l'égalité n'est qu' "égalitarisme".

Le tout teinté de mépris de classe assumé.

La rentrée politique voit se dessiner un "Macron nouveau". Pas moins inquiétant que le précédent. Les éléments de langage ont été décidés "en-haut". Ils sont déclinés sagement et méthodiquement par les élus, militants et sympathisants macronistes:

- réconciliation entre les français ("Macron le rassembleur" versus "manifestants violents et diviseurs")
- dialogue et participation des corps intermédiaires (maires et syndicats tout à coup revenant en grâce
- les réformes continuent (image de l'action, de la France en mouvement perpétuel, chantier dont le chef de travaux est évidemment le Président de la République).

Le tout enveloppé dans un packaging coloré, très imagé. Le macronisme est un narcissisme échevelé. L'important n'étant pas tant de démontrer que de montrer. Montrer n'importe quoi (Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer sont très forts en ce domaine) mais "donner à voir et à commenter".

Un président donc:

- très "ancien monde" ayant endossé le costume élimé de l' "homme providentiel";
- très "tradi" en de nombreux domaines: économique, éducatif, social, sociétal. Qu'on me cite un exemple, un seul, de décision ayant rompu avec tel ou tel dogme libéral. En matière de politique éducative, sous le vernis du "progrès" (les neurosciences), rien, absolument rien de neuf avec des "réformes" empruntant au passé;

Observant cela se dessine peu à peu un portrait du candidat 2022 qui devra rompre avec le précédent.

Ce candidat (par commodité j'emploie le masculin; évidemment je pense tout autant à une candidate), ne devra en aucun cas se présenter en "homme providentiel" ayant une solution pour tout accompagnée d'une promesse pour chaque dossier. Les français, quelque génération que ce soit, ne croient plus en ce type de candidature "couteau suisse".

Il devra (et son équipe avec lui/elle) proposer des pistes de travail commun (y associant les corps intermédiaires/le monde associatif/les initiatives individuelles à intégrer et amalgamer/etc...) bien plus qu'un projet clef en main.

Il devra cultiver l'humilité en ayant le courage de dire aux français: "Ce que je vous propose n'est pas destiné à ME faire gagner mais à VOUS faire gagner. "C'est notre projet et vous allez me faire gagner"/E Macron 2017. Plus jamais! "C'est notre projet et nous allons bosser ensemble pour vous faire gagner une vie meilleure dans un monde incertain". Moins tonitruant mais cela parlera davantage aux français.

Il ne devra pas mépriser les "puissants", leur faisant comprendre qu'ils auront eux-aussi intérêt à conjuguer plus souvent le verbe "partager" que le verbe "gagner". A pratiquer le "faire ensemble" bien plus que le trop vague "vivre ensemble". Et qu'à ces conditions, ils seront des "gagnants" d'un genre nouveau.

Il devra proposer des réformes parfois radicales (on ne PEUT PLUS enseigner ce que j'enseigne depuis 34 ans, de la manière dont je l'enseigne, dans les locaux où j'enseigne. C'est une aberration!).

Des réformes radicales:

- qui résolvent les problèmes les plus urgents et que chacun connait;
- qui projettent les français à l'horizon 2030/2050. Le/la candidat/e ne pourra pas, ne devra pas faire l'impasse sur les enjeux et les défis environnementaux, notamment humains. Les réfugiés climatiques seront de plus en plus nombreux, quoi qu'il arrive. Les mouvements de population vont aller en s'amplifiant. Tout cela doit être anticipé.

Il devra évidemment être un rassembleur de la gauche car la France a BESOIN de gauche, ne serait-ce que pour recréer du DEBAT dans un pays que la Macronie a voulu sans clivage. Ce faisant elle n'a fait que créer des ruptures, que provoquer des conflits, que diviser les français. Tout cela avec les conséquences que nous connaissons.

Une gauche qui devra tourner le dos à ses défauts et vieux démons. Nous les connaissons aussi.

Enfin, il/elle devra inciter chacune et chacun à devenir acteur de la vie publique en fournissant, en créant les outils facilitant la réalisation des initiatives. (Dans ce domaine, les "quartiers" regorgent de mise en pratique d'idées novatrices qui mériteraient d'être développées).

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2022... Cap sur la culture… LES cultures!

Le/La candidat-e qui osera affirmer que la France est d'essence multiculturelle se fera assassiner par le Rassemblement National et Les Républicains. Pourtant il/elle devra avoir ce courage de vérité historique.

Depuis ce constat, il/elle devra développer un projet politique de soutien aux cultures vivantes comme aux structures de culture(s) plus traditionnelles: musées et autres lieux de conservation DES patrimoines de notre pays.
La gauche doit reconquérir les coeurs de nos artistes. Certes, il ne faudra pas commettre l'erreur de vouloir accaparer la culture pour en faire un "objet de gauche". La culture n'est ni de gauche ni de droite. Mais par "capillarités d'âme", les chanteurs, acteurs, peintres, bref les artistes qu'ils soient de rue ou confirmés sont des révoltés, des écorchés vifs, des empêcheurs de penser en rond, des anti conformistes. Autant de sensibilités qu'on peine à trouver au RN, LR ou LREM quand même.
Le/la candidat(e) devra s'emparer du "symbolique" - l'art - pour le rendre accessible à toutes et à tous. A commencer par l'école qui doit révolutionner son approche de l'enseignement des arts en général. Aussi talentueux et dévoués soient nos collègues d'arts plastiques et d'éducation musicale, il leur est impossible de concurrencer les "marchands d'arts au kilomètre" qui sévissent sur les chaines de télés, radios et réseaux internet. Ce "symbolique" existe en pratique dans de nombreux endroits, y compris dans les quartiers et cités, trop oubliés par la Macronie actuelle. Que de talents! Que d'initiatives inconnues et porteuses d'espoirs! Que de choses apprises hors l'école mais laissées en friches trop rapidement! Autant d'endroits à "porter" et à montrer en exemples de "faire ensemble" (bien plus que "vivre ensemble").
La Macronie en asséchant le débat (Plus de clivages/Ni droite ni gauche/"Réconcilions-nous") a asséché la culture. Or la culture, c'est le début de l'apprentissage du débat; c'est un permanent prétexte à débats. Le/la candidat(e) de la gauche devra rendre aux français l'amour de la "dispute" par le biais, entre autres, de la culture à portée de mains, de la circulation permanente des idées.
Parfois je me demande - crainte exagérée? - si Emmanuel Macron, qui pourtant saupoudre ses discours de citations nombreuses, n'a pas évacué la culture parce qu'elle EST débat. Je serais en effet bien incapable de définir la ligne politique culturelle suivie par ce gouvernement.
Enfin il conviendra de rapprocher l' "Art" de ce que l'on appelle parfois avec condescendance le "socio-culturel". Le dialogue, les "aller-retour" entre les deux "espaces" - qui pour moi ne font qu'un - doivent être permanents. Je me souviens de Catherine Trautmann et du travail qu'elle avait mené à la tête du Ministère de la culture. Il serait bon de s'inspirer de ce qu'elle n'avait hélas pas eu le temps de mener à terme.

Christophe Chartreux

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