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Billet de blog 22 déc. 2015

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Défendre un collège qui fonctionne pour une minorité d'élèves? Tant pis si tous les élèves n'ont pas le bon goût de réussir?...

En associant l'école du socle à un jeu d'options plus ou moins choisies, cette réforme permettra de surmonter l'épreuve majeure de l'école démocratique de masse: comment garder tous les enfants de la République tout en tenant compte de la diversité et de la singularité de ces élèves.

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Les contradictions du collège unique sont inscrites dès sa naissance en 1975: il accueille tous les élèves dans le prolongement de l'école élémentaire. Il est défini comme l'antichambre du "lycée bourgeois", par ses programmes comme par sa pédagogie. Il prépare au lycée d'enseignement GENERAL où la moitié des élèves ne mettra jamais les pieds. Quant au résultat, il est indiscutable et indiscuté: il creuse les inégalités et à 15 ans, les élèves français sont loin d'être les meilleurs.

Dès lors, la crise se poursuit. Pour les uns il faut en finir avec le collège unique sans savoir quoi faire des professeurs et élèves qui n'y seraient plus. Pour les autres, il ne faut pas renoncer à l'excellence pour tous au prix de dérivations et dispositifs pour les élèves en échec.

Coté excellence, le collège unique fonctionne fort bien grace à la carte scolaire, aux choix des langues,  des classes européennes, à la stabilité des équipes éducatives.

Coté défavorisé, le collège unique est moins exigeant, avec des équipes éducatives plus jeunes et moins stables, des options moins prestigieuses et l'on s'épuise à courir après une excellence inaccessible car irréaliste.

La dénonciation de cet état de chose n'empêche pas de la soutenir dans les faits: les familles informées fuient les établissements "difficiles", les jeunes enseignants sont nommés là où s'accumulent les difficultés, et il est hors de question de transiger sur les horaires disciplinaires, l'ambition des programmes ou la manière de noter.

S'il est facile de dénoncer tout et le contraire de tout en permanence, il convient aujourd'hui de défendre la réforme du collège proposée par la Ministre Najat Vallaud-Belkacem afin de sortir le collège de ses contradictions.

La réaffirmation du socle commun (ou culture commune) n'abaisse pas le niveau. La priorité donnée au socle conduit à fixer les mêmes objectifs pour tous les élèves. On peut exiger l'acquisition du socle par tous. On ne peut pas exiger l'excellence pour tous!

Certains élèves ne parviendront pas à acquérir ce socle, d'autres voudront aller au-delà et la plupart auront besoin de se confronter à des apprentissages plus actifs, plus collectifs, plus proches de leurs goûts et intérêts. Les élèves ne sont ni semblables ni parfaitement égaux. Le bon élève d'un collège populaire trouvera des réponses dans un établissement lui offrant des modules de lettres classiques ou de sciences sans être amené à fuir les lieux; l'élève faible d'un collège favorisé sera soutenu dans son établissement sans être mis à l'écart. Les meilleures performances des uns ne pénaliseront pas les autres puisque la logique du socle est de garantir le meilleur niveau possible à tous. Un modèle moins injuste que celui que nous connaissons.

En associant l'école du socle à un jeu d'options plus ou moins choisies, cette réforme permettra de surmonter l'épreuve majeure de l'école démocratique de masse: comment garder tous les enfants de la République tout en tenant compte de la diversité et de la singularité de ces élèves.

Comment faire du latin, du grec et plus de mathématiques sans en faire des modes de regroupement social? Pour rappel, la majorité des latinistes de collège abandonne massivement cette option au lycée quand la sélection ne passe plus par ce biais. Comment valoriser informatique et musique sans en faire des outils de séparation entre élèves? En choisissant une part de leurs apprentissages, les élèves pourraient apprendre à savoir ce qu'ils aiment plutôt que de confier leur avenir à la seule addition de leurs notes.

Cette réforme n'est pas une révolution. Bien des établissements "expérimentaux" fonctionnent déjà de cette manière. Elle induit d'autres manières de travailler et de faire travailler. Entre "classes disciplinaires", "modules disciplinaires" et "modules pluridisciplinaires", les enseignants diversifieront leurs tâches, ce que beaucoup font déjà avec bonheur.

On peut déjà anticiper les oppositions à ce projet:

- il faut défendre les horaires disciplinaires classiques;

- il faut défendre les classes élitistes où se joueraient l'avenir culturel du pays et, surtout, la reproduction des élites;

- il faut dénoncer le pédagogisme rampant qui ruinerait l'école de Jules Ferry et imposerait un "collège light".

En clair, défendons un collège qui fonctionne si bien pour une minorité  d'élèves et obtenons plus de moyens pour persévérer dans la même voie. Tant pis si tous les élèves n'ont pas le bon goût de réussir!

L'Histoire du Ministère de l'Education Nationale est jonchée de réformes avortées, noyées. Toutes les réformes n'étaient évidemment pas bonnes mais certaines sont passées plus facilement que d'autres: la semaine de quatre jours à l'école élémentaire en 2008 par exemple. Aujourd'hui l'air du temps est au conservatisme avec des français auxquels on fait croire que "c'était mieux avant".

Cette réforme, modeste, ne doit pas être rejetée. Elle appelle d'autres manières de travailler, nous sort des impasses dans lesquelles nous nous enfermons en dénonçant leurs conséquences.

Résumé de l'article de François Dubet, in Le Monde  p 15 en date du 29/30 mars 2015

Christophe Chartreux

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